mēʾāh מֵאָה

Strong H3967 · nom de nombre féminin · cent · 574 occurrences

Le nombre cent, avec ses multiples (deux cents, trois cents…) et un emploi fractionnaire, « le centième ». Il compte les années des patriarches, les soldats, les talents du sanctuaire, et sert d'image pour une abondance ou un excès : « le centuple », « cent fois ».

Racine et étymologie

Le mot mēʾāh est un nom de nombre sémitique commun : on retrouve la même forme en akkadien (meʾat), en ougaritique (mʾit), en arabe (miʾa) et en araméen biblique (meʾāh, H3969, utilisé huit fois dans Esdras et Daniel). Il n'a pas d'étymologie connue au-delà de cette parenté ; comme la plupart des noms de nombre, il appartient au fonds le plus ancien de la langue.

Grammaticalement, c'est un nom féminin. À l'état construit, il devient meʾat, forme très fréquente dans les généalogies : « cent trente ans » se dit littéralement « trente ans et cent d'années ». Le duel mātayim signifie « deux cents », et le pluriel mēʾôt sert aux centaines supérieures : « quatre cents ans » (Gn 15.13), « trois cents hommes » (Jg 7.7). Les grands nombres s'écrivent en toutes lettres, sans chiffres ; l'ordre des éléments varie d'un livre à l'autre, ce qui aide les spécialistes à dater les textes.

Le mot peut aussi désigner une fraction : en Néhémie 5.11, « le centième » est l'intérêt mensuel que les nobles exigeaient de leurs frères appauvris, soit sans doute un pour cent par mois. Enfin, une unité militaire, « la centaine », est commandée par un śar mēʾôt, « chef de cent », titre qui annonce le centurion romain des Évangiles.

Sens et emplois

  1. L'âge des hommes

    Le mot apparaît d'abord dans les généalogies, qui donnent des âges impressionnants. Il souligne la longueur de la vie avant le déluge et sa réduction progressive après.

    « Adam, âgé de cent trente ans, engendra un fils à sa ressemblance, »Gn 5.3, Segond 1910
  2. Le terme fixé par Dieu

    Dieu fixe une limite aux jours de l'homme : cent vingt ans. C'est aussi l'âge de Moïse à sa mort, ce qui fait de lui l'homme qui a accompli toute la mesure prévue.

    « et ses jours seront de cent vingt ans. »Gn 6.3, Segond 1910
  3. L'impossible promis

    Le nombre souligne l'impossibilité humaine : un fils à cent ans. La promesse faite à Abraham passe par ce qui semble ridicule, et le rire devient le nom d'Isaac.

    « Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans? »Gn 17.17, Segond 1910
  4. Le petit nombre choisi

    Les centaines servent aussi à compter les hommes. Avec Gédéon, Dieu réduit l'armée à trois cents pour que la victoire ne soit pas attribuée à la force d'Israël.

    « C'est par les trois cents hommes qui ont lapé, que je vous sauverai »Jg 7.7, Segond 1910
  5. Le centuple, image d'abondance

    Cent devient une figure de surabondance ou d'excès : la récolte bénie d'Isaac, les « cent coups » inutiles sur l'insensé, le pécheur qui fait « cent fois » le mal.

    « il recueillit cette année le centuple; car l'Éternel le bénit. »Gn 26.12, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit mēʾāh par le grec hekaton, « cent », que l'on retrouve dans « hécatombe », sacrifice de cent bœufs. Dans le Nouveau Testament, hekaton est rare mais marquant : la brebis perdue parmi cent (Lc 15.4), le grain qui donne « cent » dans la bonne terre (Mt 13.8) et la promesse du « centuple » faite à ceux qui ont tout quitté (Mc 10.30, avec le dérivé hekatontaplasiōn). L'image du centuple d'Isaac (Gn 26.12) passe ainsi de la bénédiction agricole à la promesse du Royaume.

L'unité militaire hébraïque des « chefs de cent » trouve un écho dans le hekatontarchēs ou centurion, officier romain qui commandait une centurie. Plusieurs centurions jouent un rôle de premier plan dans les Évangiles et les Actes, depuis celui de Capernaüm jusqu'à Corneille. La Vulgate emploie « centum », d'où « centaine », « centième » et « centenaire ».

Le débat

Les « cent vingt ans » de Genèse 6.3 fixent-ils la durée maximale de la vie humaine ou le délai accordé avant le déluge ?

La formule « ses jours » renvoie ailleurs à la durée d'une vie, ce qui favorise la seconde lecture ; mais l'application n'est pas immédiate, puisque les patriarches vivent encore longtemps. Le texte affirme surtout que la vie appartient à Dieu, qui en fixe le terme, et non à des êtres qui chercheraient à forcer la frontière du divin.

Portée théologique

Un nombre peut paraître étranger à la théologie. Pourtant, mēʾāh porte plusieurs leçons. Les âges des généalogies rappellent que la vie est un don mesuré : Dieu en fixe la durée, et le Psaume 90 en tirera la prière « Enseigne-nous à bien compter nos jours ». Le fils né à un homme de cent ans montre que la promesse de Dieu ne dépend pas des forces humaines ; Paul en fera l'argument de la foi d'Abraham, qui « ne considéra point que son corps était déjà usé » (Rm 4.19).

Les trois cents de Gédéon enseignent la même logique : Dieu sauve avec peu pour que personne ne se glorifie. À l'inverse, le centuple dit la générosité débordante de Dieu, de la moisson d'Isaac aux promesses de Jésus. Ésaïe, enfin, imagine un monde nouveau où celui qui meurt à cent ans sera encore jeune : le nombre devient signe d'une vie rendue à sa plénitude. Pour la prédication, ces textes invitent à lire les chiffres bibliques non comme une comptabilité froide, mais comme des repères dans l'histoire de la fidélité de Dieu.

Chaîne : Compter les jours et les dons

  1. Gn 5.3 Les années d'Adam : « Adam, âgé de cent trente ans, engendra un fils à sa ressemblance, selon son image, et il lui donna le nom de Seth. »
  2. Gn 6.3 Cent vingt ans : « Alors l'Éternel dit: Mon esprit ne restera pas à toujours dans l'homme, car l'homme n'est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans. »
  3. Gn 15.13 Quatre cents ans d'exil : « Et l'Éternel dit à Abram: Sache que tes descendants seront étrangers dans un pays qui ne sera point à eux; ils y seront asservis, et on les opprimera pendant quatre cents ans. »
  4. Gn 17.17 Un fils à cent ans : « Abraham tomba sur sa face; il rit, et dit en son cœur: Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle? »
  5. Gn 26.12 Le centuple d'Isaac : « Isaac sema dans ce pays, et il recueillit cette année le centuple; car l'Éternel le bénit. »
  6. Dt 34.7 La mort de Moïse : « Moïse était âgé de cent vingt ans lorsqu'il mourut; sa vue n'était point affaiblie, et sa vigueur n'était point passée. »
  7. Jg 7.7 Les trois cents de Gédéon : « Et l'Éternel dit à Gédéon: C'est par les trois cents hommes qui ont lapé, que je vous sauverai et que je livrerai Madian entre tes mains. Que tout le reste du peuple s'en aille chacun chez soi. »
  8. 1 R 18.4 Cent prophètes cachés : « et lorsque Jézabel extermina les prophètes de l'Éternel, Abdias prit cent prophètes qu'il cacha cinquante par cinquante dans une caverne, et il les avait nourris de pain et d'eau. - »
  9. És 65.20 Mourir jeune à cent ans : « Il n'y aura plus ni enfants ni vieillards Qui n'accomplissent leurs jours; Car celui qui mourra à cent ans sera jeune, Et le pécheur âgé de cent ans sera maudit. »
  10. Mc 10.30 Le centuple promis : « ne reçoive au centuple, présentement dans ce siècle-ci, des maisons, des frères, des sœurs, des mères, des enfants, et des terres, avec des persécutions, et, dans le siècle à venir, la vie éternelle. »
  11. Lc 15.4 Une brebis sur cent : « Quel homme d'entre vous, s'il a cent brebis, et qu'il en perde une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve? »

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Bibliographie

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