ḥāmēš חָמֵשׁ
Strong H2568 · adjectif numéral cardinal · cinq · 342 occurrences
Le nombre cinq. Le mot sert à compter des années, des personnes ou des objets, à mesurer les pièces du tabernacle et à fixer des montants de rachat ou de restitution. Il entre aussi dans les nombres composés comme quinze, vingt-cinq ou soixante-quinze.
Racine et étymologie
La racine ḥ-m-š est le nom du nombre cinq dans l'ensemble des langues sémitiques : akkadien ḫamšu, araméen ḥămēš, arabe ḫamsa. Certains l'ont rapprochée du nombre des doigts d'une main, ce qui serait naturel pour un nombre aussi lié au comptage manuel, mais aucun texte ancien ne le confirme ; il vaut mieux y voir simplement un nom de nombre très ancien.
Comme les autres nombres de trois à dix, ḥāmēš présente une particularité déroutante de la grammaire hébraïque : la forme sans terminaison (ḥāmēš) accompagne les noms féminins, tandis que la forme en -â (ḥămiššâ) accompagne les noms masculins. On lit ainsi « cinq coudées » (ḥāmēš, la coudée étant féminine) mais « cinq pierres » ou « cinq rois » avec la forme longue ou son état construit ḥămēšet. Ce jeu de formes explique la variété des graphies dans le texte.
De la même racine viennent ḥămîššîm (H2572), « cinquante », l'ordinal ḥămîšî (H2549), « cinquième », et le nom ḥōmeš, qui désigne aussi un cinquième : c'est la majoration d'un cinquième que la Loi impose à celui qui doit réparer un tort fait au sanctuaire (Lv 5.16). Un verbe dénominatif signifie « prélever le cinquième » (Gn 41.34).
Sens et emplois
Un nombre de personnes
Le sens le plus simple : compter des individus. Joseph choisit cinq de ses frères pour les présenter à Pharaon.
« Il prit cinq de ses frères, et les présenta à Pharaon. »Gn 47.2, Segond 1910
Une durée
Le mot compte les années, ici celles de la famine annoncée par Joseph, ou entre dans l'âge des patriarches.
« car il y aura encore cinq années de famine; »Gn 45.11, Segond 1910
Une mesure du culte
Les dimensions du tabernacle et de son mobilier sont souvent fixées par multiples de cinq : l'autel des holocaustes est un carré de cinq coudées.
« sa longueur sera de cinq coudées, et sa largeur de cinq coudées. »Ex 27.1, Segond 1910
Un montant de rachat ou de réparation
La Loi fixe en sicles le prix du rachat des premiers-nés et le montant des restitutions, ce qui donne au nombre une portée juridique.
« tu prendras cinq sicles par tête; »Nb 3.47, Segond 1910
Un petit nombre face à beaucoup
Dans les promesses et les menaces de l'alliance, cinq représente une poignée d'hommes capables d'en mettre cent en fuite, ou au contraire de faire fuir Israël infidèle.
« Cinq d'entre vous en poursuivront cent, »Lv 26.8, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ḥāmēš par πέντε (G4002), le nom grec ordinaire du nombre cinq, et ses composés par les formes correspondantes (πεντήκοντα, « cinquante » ; πέμπτος, « cinquième »). Le passage d'une langue à l'autre ne pose ici aucune difficulté de sens : la traduction est mécanique, ce qui est le propre des noms de nombre.
Dans le Nouveau Testament, πέντε apparaît dans des récits où l'arrière-plan de l'Ancien Testament affleure. Les cinq pains de la multiplication rappellent les pains que David reçoit du prêtre de Nob (1 S 21.3) ; la parabole des dix vierges, cinq sages et cinq folles, divise un groupe en deux moitiés égales ; Paul préfère « cinq paroles » intelligibles à dix mille en langue (1 Co 14.19), reprenant l'opposition entre petit et grand nombre qu'on trouve en Lévitique 26.8. Le nom de la fête de Pentecôte, « cinquantième » jour, vient de la même famille grecque et traduit le compte de Lévitique 23.16.
Le débat
Le nombre cinq a-t-il dans la Bible une valeur symbolique propre, ou n'est-il qu'une donnée de comptage ?
- Une lecture symbolique (Augustin, Traités sur l'Évangile de Jean, XXIV) : Commentant la multiplication des pains, Augustin voit dans les cinq pains d'orge les cinq livres de Moïse : la Loi, nourriture encore enveloppée, que le Christ ouvre et partage. La lecture allégorique des nombres est courante chez les Pères.
- Un nombre sans valeur propre (exégèse historico-critique) : Contrairement à sept, douze ou quarante, cinq n'est jamais présenté par un texte biblique comme porteur de sens. Il sert à compter, à mesurer et à fixer des montants ; son emploi dans le tabernacle s'explique par la commodité d'un système décimal.
Les textes eux-mêmes ne commentent jamais le nombre cinq, ce qui invite à la prudence. On peut cependant relever des usages réguliers : cinq comme petit nombre opposé à une multitude (Lv 26.8 ; És 30.17 ; 1 Co 14.19), et cinq comme moitié de dix dans les mesures du sanctuaire. Les lectures allégoriques des Pères relèvent de la méditation spirituelle plutôt que du sens premier.
Portée théologique
Un nom de nombre semble étranger à la théologie, et pourtant les emplois de ḥāmēš révèlent quelque chose de la manière dont Dieu agit. Abraham marchande avec Dieu de cinq en cinq justes pour sauver Sodome, et Dieu se laisse fléchir : l'intercession est prise au sérieux jusque dans les petits nombres. La Loi, elle, emploie le nombre pour chiffrer la justice : restituer cinq bœufs pour un, ajouter un cinquième à la réparation, payer cinq sicles pour racheter un premier-né.
Le cinq est surtout le nombre du peu que Dieu rend suffisant. David s'avance contre Goliath avec cinq pierres ; cinq Israélites fidèles en poursuivent cent ; cinq pains nourrissent une foule. Pour la prédication, ces textes rappellent que la Bible ne mesure pas la puissance de Dieu à l'ampleur des moyens humains : ce qui compte, c'est la confiance de celui qui offre le peu qu'il a.
Chaîne : Cinq dans l'Écriture
- Gn 18.28 Abraham intercède pour Sodome : « Peut-être des cinquante justes en manquera-t-il cinq: pour cinq, détruiras-tu toute la ville? Et l'Éternel dit: Je ne la détruirai point, si j'y trouve quarante-cinq justes. »
- Ex 22.1 La restitution du voleur : « Si un homme dérobe un bœuf ou un agneau, et qu'il l'égorge ou le vende, il restituera cinq bœufs pour le bœuf et quatre agneaux pour l'agneau. »
- Ex 27.1 L'autel des holocaustes : « Tu feras l'autel de bois d'acacia; sa longueur sera de cinq coudées, et sa largeur de cinq coudées. L'autel sera carré, et sa hauteur sera de trois coudées. »
- Lv 26.8 Cinq contre cent : « Cinq d'entre vous en poursuivront cent, et cent d'entre vous en poursuivront dix mille, et vos ennemis tomberont devant vous par l'épée. »
- Nb 3.47 Le rachat des premiers-nés : « tu prendras cinq sicles par tête; tu les prendras selon le sicle du sanctuaire, qui est de vingt guéras. »
- 1 S 17.40 Les cinq pierres de David : « Il prit en main son bâton, choisit dans le torrent cinq pierres polies, et les mit dans sa gibecière de berger et dans sa poche. Puis, sa fronde à la main, il s'avança contre le Philistin. »
- És 19.18 Cinq villes d'Égypte : « En ce temps-là, il y aura cinq villes au pays d'Égypte, Qui parleront la langue de Canaan, Et qui jureront par l'Éternel des armées: L'une d'elles sera appelée ville de la destruction. »
- Mt 14.17 Cinq pains et deux poissons : « Mais ils lui dirent: Nous n'avons ici que cinq pains et deux poissons. »
- Mt 25.2 Cinq folles et cinq sages : « Cinq d'entre elles étaient folles, et cinq sages. »
- Jn 4.18 La Samaritaine : « Car tu as eu cinq maris, et celui que tu as maintenant n'est pas ton mari. En cela tu as dit vrai. »
- 1 Co 14.19 Cinq paroles intelligibles : « mais, dans l'Église, j'aime mieux dire cinq paroles avec mon intelligence, afin d'instruire aussi les autres, que dix mille paroles en langue. »
Mots apparentés
- šālōš שָׁלֹשׁ : trois
- šebaʿ שֶׁבַע : sept
- mēʾāh מֵאָה : cent
- ʾelep̄ אֶלֶף : mille ; clan, contingent
- ʾarbaʿ אַרְבַּע : quatre
- šēš שֵׁשׁ : six
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qōdeš : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- qorbān : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- ʿōlâ : holocauste, offrande qui monte
- mizbēaḥ : autel
- kōhēn : prêtre, sacrificateur
- šabbāt : sabbat, jour de repos
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et C. A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Paul Joüon et T. Muraoka, A Grammar of Biblical Hebrew, Rome, Pontificio Istituto Biblico, 2006. voir sur Amazon
- Augustin d'Hippone, Traités sur l'Évangile de Jean, traité XXIV. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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