ʾarbaʿ אַרְבַּע
Strong H702 · adjectif numéral cardinal · quatre · 315 occurrences
Le nombre quatre. Très concret dans les mesures du sanctuaire et les généalogies, il devient chez les prophètes le chiffre de la totalité de l'espace : les quatre vents, les quatre extrémités de la terre, les quatre êtres vivants qui entourent la gloire de Dieu.
Racine et étymologie
Le numéral ʾarbaʿ repose sur la racine r-b-ʿ, commune à toutes les langues sémitiques : l'akkadien erbe, l'arabe ʾarbaʿ, l'araméen ʾarbaʿ. Le ʾaleph initial est une voyelle d'appui qui s'est ajoutée devant la consonne r. Comme les autres nombres de trois à dix, il suit une règle déroutante pour un francophone : la forme à terminaison féminine, ʾarbāʿāh, accompagne les noms masculins, et la forme courte, ʾarbaʿ, les noms féminins.
La même racine donne une famille cohérente autour de l'idée de « quatre » et de « carré ». Le verbe rābaʿ (H7251), au participe pual rubbāʿ, signifie « carré » : l'autel des holocaustes et le pectoral du grand prêtre sont carrés (Ex 27.1 ; 28.16). Le pluriel ʾarbāʿîm (H705) est le nombre quarante ; rĕbîʿî (H7243), « quatrième » ; rebaʿ, « quart ». Le nom propre Qiryat-Arba, « ville des Quatre », ancien nom d'Hébron (Gn 23.2), en vient aussi.
Le Strong H702 recouvre plus de trois cents emplois. Ézéchiel, l'Exode et les Nombres dominent, à cause des descriptions du sanctuaire, des visions et des recensements. Les passages araméens de Daniel emploient un mot distinct (H703), même s'il se prononce presque de la même manière.
Sens et emplois
Un nombre concret
Dans la plupart des cas, quatre est simplement une quantité : rois, années, agneaux à restituer. La loi sur le vol fixe une compensation précise, preuve que le chiffre sert d'abord à mesurer.
« il restituera cinq bœufs pour le bœuf et quatre agneaux pour l'agneau. »Ex 22.1, Segond 1910
Les quatre angles du sanctuaire
L'autel, l'arche, la table et le chandelier sont décrits par leurs quatre coins, anneaux ou pieds. Le carré exprime la stabilité et la plénitude de l'espace consacré.
« Tu feras, aux quatre coins, des cornes qui sortiront de l'autel; »Ex 27.2, Segond 1910
Les quatre directions du monde
« Les quatre vents » ou « les quatre extrémités » désignent toute l'étendue de la terre, d'où Dieu rassemblera les dispersés. Le chiffre dit ici la totalité de l'espace.
« Des quatre extrémités de la terre. »És 11.12, Segond 1910
Le chiffre des visions
Ézéchiel voit quatre êtres vivants, chacun à quatre faces et quatre ailes, qui portent la gloire de Dieu dans toutes les directions à la fois. Zacharie voit quatre cornes et quatre chars.
« Chacun d'eux avait quatre faces, et chacun avait quatre ailes. »Éz 1.6, Segond 1910
« Trois… et même quatre »
Les sages et les prophètes utilisent une gradation numérique : le second chiffre marque le comble. Chez Amos, la mesure des crimes est plus que pleine.
« À cause de trois crimes de Damas, Même de quatre, je ne révoque pas mon arrêt, »Am 1.3, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ʾarbaʿ par τέσσαρες (ou τέσσαρα au neutre), le numéral grec ordinaire. Il n'y a là aucune difficulté de traduction, mais la reprise des images prophétiques dans le Nouveau Testament est remarquable. Les « quatre vents » d'Ézéchiel et de Zacharie reviennent dans le discours de Jésus sur la fin : les anges « rassembleront ses élus des quatre vents » (Mt 24.31).
L'Apocalypse est le livre du Nouveau Testament où le chiffre pèse le plus : quatre êtres vivants autour du trône (Ap 4.6), qui reprennent les visages des êtres d'Ézéchiel ; quatre anges aux quatre coins de la terre retenant les quatre vents (Ap 7.1) ; une Jérusalem nouvelle bâtie en carré (Ap 21.16). Très tôt, Irénée de Lyon a rapproché les quatre visages des quatre évangiles. La Vulgate rend le nombre par quattuor.
Le débat
Faut-il donner au chiffre quatre une valeur symbolique fixe dans toute la Bible ?
- Un symbolisme systématique (E. W. Bullinger, Number in Scripture, 1894) : Chaque nombre aurait une signification constante : quatre serait le nombre du monde créé et de la terre. On en déduit le sens de nombreux passages à partir des chiffres qui y figurent.
- Un symbolisme limité et contextuel (John J. Davis, Biblical Numerology, 1968) : La plupart des nombres bibliques sont des quantités ordinaires. Une valeur symbolique n'est établie que là où le texte la suggère lui-même, comme dans les visions apocalyptiques. Il faut se garder de chercher un sens caché dans chaque chiffre.
La grande majorité des emplois de ʾarbaʿ sont arithmétiques : un compte de rois ou de coudées. Mais dans quelques ensembles bien délimités (les « quatre vents », les « quatre extrémités », les visions d'Ézéchiel, de Zacharie et de l'Apocalypse), le contexte impose une valeur symbolique claire : la totalité de l'espace terrestre. On peut lire ce symbolisme là où il est manifeste, sans l'étendre mécaniquement à tous les textes.
Portée théologique
Le chiffre quatre est d'abord un rappel salutaire : la Bible compte, mesure, construit. Le sanctuaire a des dimensions, les tribus sont dénombrées, les fautes réparées au quadruple. La foi biblique ne flotte pas au-dessus du réel ; elle s'inscrit dans des lieux et des quantités.
Mais le chiffre ouvre aussi sur une vision. Les quatre bras du fleuve d'Éden arrosent toute la terre ; les quatre vents d'Ézéchiel 37 apportent l'Esprit qui relève les ossements desséchés ; les êtres à quatre faces montrent que la gloire de Dieu n'est pas enfermée à Jérusalem mais se déplace en toutes directions, jusque chez les exilés. Dieu n'a pas de frontière.
Pour la prédication, la promesse d'Ésaïe 11.12, reprise en Matthieu 24.31, est la plus parlante : aucun exil n'est trop lointain, aucun coin de la terre hors de portée. Les dispersés « aux quatre vents » seront rassemblés « des quatre vents ». Le même chiffre qui dit la dispersion dit le rassemblement.
Chaîne : Les quatre directions de la terre
- Gn 2.10 Le fleuve aux quatre bras : « Un fleuve sortait d'Eden pour arroser le jardin, et de là il se divisait en quatre bras. »
- Ex 27.2 Les quatre cornes de l'autel : « Tu feras, aux quatre coins, des cornes qui sortiront de l'autel; et tu le couvriras d'airain. »
- És 11.12 Les quatre extrémités de la terre : « Il élèvera une bannière pour les nations, Il rassemblera les exilés d'Israël, Et il recueillera les dispersés de Juda, Des quatre extrémités de la terre. »
- Éz 1.6 Quatre faces, quatre ailes : « Chacun d'eux avait quatre faces, et chacun avait quatre ailes. »
- Éz 37.9 L'Esprit des quatre vents : « Il me dit: Prophétise, et parle à l'esprit! prophétise, fils de l'homme, et dis à l'esprit: Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Esprit, viens des quatre vents, souffle sur ces morts, et qu'ils revivent! »
- Za 2.6 Dispersés aux quatre vents : « Fuyez, fuyez du pays du septentrion! Dit l'Éternel. Car je vous ai dispersés aux quatre vents des cieux, Dit l'Éternel. »
- Za 6.1 Les quatre chars : « Je levai de nouveau les yeux et je regardai, et voici, quatre chars sortaient d'entre deux montagnes; et les montagnes étaient des montagnes d'airain. »
- Mt 24.31 Les élus rassemblés : « Il enverra ses anges avec la trompette retentissante, et ils rassembleront ses élus des quatre vents, depuis une extrémité des cieux jusqu'à l'autre. »
- Ap 4.6 Les quatre êtres vivants : « Il y a encore devant le trône comme une mer de verre, semblable à du cristal. Au milieu du trône et autour du trône, il y a quatre êtres vivants remplis d'yeux devant et derrière. »
- Ap 7.1 Les vents retenus : « Après cela, je vis quatre anges debout aux quatre coins de la terre; ils retenaient les quatre vents de la terre, afin qu'il ne soufflât point de vent sur la terre, ni sur la mer, ni sur aucun arbre. »
- Ap 21.16 La ville carrée : « La ville avait la forme d'un carré, et sa longueur était égale à sa largeur. Il mesura la ville avec le roseau, et trouva douze mille stades; la longueur, la largeur et la hauteur en étaient égales. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qōdeš : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- qorbān : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- ʿōlâ : holocauste, offrande qui monte
- mizbēaḥ : autel
- kōhēn : prêtre, sacrificateur
- šabbāt : sabbat, jour de repos
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- John J. Davis, Biblical Numerology, Grand Rapids, Baker, 1968. voir sur Amazon
- E. W. Bullinger, Number in Scripture: Its Supernatural Design and Spiritual Significance, Londres, 1894. voir sur Amazon
- Walther Zimmerli, Ezekiel 1, Hermeneia, Philadelphie, Fortress Press, 1979. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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