duo δύο

Strong G1417 · adjectif numéral, indéclinable (datif δυσί) · deux · 134 occurrences

Le nombre deux. Au-delà du simple compte, il porte dans la Bible trois idées fortes : le témoignage valable, qui exige deux voix ; l'union de deux en une seule chair ; et le choix entre deux voies ou deux maîtres, qui oblige à trancher.

Racine et étymologie

Le grec δύο remonte à un nom de nombre indo-européen très stable, que l'on retrouve dans le latin duo, le sanskrit dvā, le gotique twai et l'anglais two. Le français « deux », « duo », « duel » ou « double » en sont les héritiers directs. En grec classique, le mot gardait des traces de l'ancien « duel », une forme grammaticale spéciale pour les paires (δυοῖν). Dans le grec de la koinè, il est devenu presque indéclinable : δύο sert au nominatif, à l'accusatif et souvent au génitif, seul le datif δυσί(ν) subsistant.

La même racine fournit de nombreux dérivés : δεύτερος, « second », que l'on retrouve dans le nom du Deutéronome, la « seconde loi » ; δίς, « deux fois » ; διπλοῦς, « double » ; δώδεκα, « douze », littéralement « deux et dix ». Le préfixe δι- (« en deux ») se retrouve dans δίψυχος, « à l'âme partagée », l'homme hésitant de l'Épître de Jacques.

Comme tout numéral, δύο semble neutre. Pourtant, l'usage biblique lui donne un relief particulier : le deux est le nombre minimal de la relation, du témoignage et du choix. Un seul ne peut ni attester, ni s'unir, ni hésiter ; à deux commencent la communauté et la décision.

Sens et emplois

  1. Le simple compte

    Le plus souvent, δύο compte des personnes ou des objets : deux poissons, deux pièces, deux fils. Ces mentions apparemment banales donnent aux récits leur précision concrète.

    « Il dit encore: Un homme avait deux fils. »Lc 15.11, Segond 1910
  2. Deux témoins pour établir un fait

    Reprenant la règle du Deutéronome, Jésus exige plus d'une voix pour régler un conflit dans la communauté. Le témoignage n'est valable que s'il est confirmé.

    « afin que toute l'affaire se règle sur la déclaration de deux ou de trois témoins. »Mt 18.16, Segond 1910
  3. Les deux qui deviennent un

    Citant Genèse 2.24 d'après la Septante, qui ajoute « les deux », Jésus fonde l'indissolubilité du mariage sur l'unité créée par Dieu entre deux personnes.

    « Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. »Mt 19.6, Segond 1910
  4. Deux maîtres, deux voies : l'exigence du choix

    Le deux peut signifier l'alternative irréconciliable. On ne peut servir deux maîtres : la dualité oblige à choisir.

    « Nul ne peut servir deux maîtres. »Mt 6.24, Segond 1910
  5. Deux à deux : la mission partagée

    Jésus envoie ses disciples par paires. Le binôme assure le soutien mutuel et donne au message la valeur d'un témoignage confirmé.

    « Alors il appela les douze, et il commença à les envoyer deux à deux, »Mc 6.7, Segond 1910
  6. La présence promise au plus petit rassemblement

    Deux suffisent pour former une Église : la présence du Christ n'est pas liée au nombre, mais au nom dans lequel on se réunit.

    « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. »Mt 18.20, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, δύο traduit l'hébreu šənayim (H8147), « deux », qui est lui-même une forme de duel. Le grec reprend ainsi tout un ensemble de règles et d'images de la Bible hébraïque : les deux tables de la Loi, l'arche où les animaux entrent deux par deux, la règle des « deux ou trois témoins » (Dt 17.6 ; 19.15), et la sagesse de l'Ecclésiaste : « Deux valent mieux qu'un » (Ec 4.9).

Le cas de Genèse 2.24 est instructif. Le texte hébreu dit simplement : « ils deviendront une seule chair ». La Septante précise « les deux » (οἱ δύο), et c'est cette forme que citent Jésus (Mt 19.5 ; Mc 10.8) et Paul (Ep 5.31). Un petit mot ajouté par les traducteurs devient ainsi le point d'appui d'un enseignement sur l'unité du couple. Paul l'étend même à l'Église, où Christ crée « avec les deux un seul homme nouveau », Juifs et païens réconciliés (Ep 2.15).

Le débat

Qui sont les « deux témoins » de l'Apocalypse (Ap 11.3) ?

Les traits de Moïse et d'Élie sont indéniables, mais le symbole des chandeliers et le langage de l'Apocalypse orientent vers une lecture collective. Le nombre deux n'y est pas un détail : il signifie un témoignage complet et recevable, celui que l'Église doit rendre jusqu'au bout.

Portée théologique

Le nombre deux dit d'abord que l'homme n'est pas fait pour être seul. Dès la création, Dieu forme un vis-à-vis, et les deux deviennent une seule chair. Cette unité ne supprime pas la différence : on reste deux pour pouvoir être un. Jésus en tire l'exigence de fidélité dans le mariage, et Paul l'élargit au mystère de l'Église, où des peuples séparés deviennent un seul homme nouveau.

Le deux est aussi le nombre de la vérité partagée. La Loi refuse qu'un seul témoin suffise à condamner : la vérité doit être confirmée. Jésus applique cette règle à la vie de la communauté, envoie ses disciples deux à deux, et promet sa présence là où deux ou trois sont réunis en son nom. La foi chrétienne n'est pas une expérience solitaire ; elle se vit et se témoigne à plusieurs.

Enfin, le deux oblige à choisir. Il y a deux maîtres, deux chemins, deux fils dans la parabole, l'un pris et l'autre laissé. La prédication peut rappeler que l'Évangile ne laisse pas de place à l'indécision : on ne peut servir Dieu et Mamon.

Chaîne : Le nombre du témoignage et de l'union

  1. Gn 2.24 Une seule chair : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
  2. Dt 19.15 Deux ou trois témoins : « Un seul témoin ne suffira pas contre un homme pour constater un crime ou un péché, quel qu'il soit; un fait ne pourra s'établir que sur la déposition de deux ou de trois témoins. »
  3. Ec 4.9 Deux valent mieux qu'un : « Deux valent mieux qu'un, parce qu'ils retirent un bon salaire de leur travail. »
  4. Mt 6.24 Deux maîtres : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »
  5. Mt 18.20 Deux ou trois en mon nom : « Car là où deux ou trois sont assemblés en mon nom, je suis au milieu d'eux. »
  6. Mt 19.6 Ils ne sont plus deux : « Ainsi ils ne sont plus deux, mais ils sont une seule chair. Que l'homme donc ne sépare pas ce que Dieu a joint. »
  7. Mc 6.7 Envoyés deux à deux : « Alors il appela les douze, et il commença à les envoyer deux à deux, en leur donnant pouvoir sur les esprits impurs. »
  8. Lc 24.13 Les disciples d'Emmaüs : « Et voici, ce même jour, deux disciples allaient à un village nommé Emmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades; »
  9. Jn 8.17 Le témoignage de deux hommes : « Il est écrit dans votre loi que le témoignage de deux hommes est vrai; »
  10. Ep 2.15 Un seul homme nouveau : « l'inimitié, ayant anéanti par sa chair la loi des ordonnances dans ses prescriptions, afin de créer en lui-même avec les deux un seul homme nouveau, en établissant la paix, »
  11. Ap 11.3 Les deux témoins : « Je donnerai à mes deux témoins le pouvoir de prophétiser, revêtus de sacs, pendant mille deux cent soixante jours. »

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Bibliographie

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