šāmaʿ שָׁמַע
Strong H8085 · verbe · entendre, écouter, obéir · 1153 occurrences
Entendre, écouter, prêter attention, et par conséquent obéir : l'hébreu n'a pas de mot distinct pour l'obéissance. Le verbe ouvre la grande confession d'Israël, le Shema, « Écoute, Israël ! », et dit aussi que Dieu entend et exauce la prière.
Racine et étymologie
La racine š-m-ʿ est commune à presque toutes les langues sémitiques : akkadien šemû, ugaritique, araméen, arabe samiʿa. Elle désigne la perception par l'oreille. En hébreu biblique, šāmaʿ est l'un des verbes les plus fréquents, avec une présence particulièrement forte dans Jérémie, Ésaïe, le Deutéronome et les Psaumes : les prophètes et le Deutéronome ne cessent d'appeler Israël à écouter, et les psalmistes de demander à Dieu de les entendre.
Le trait décisif est que le verbe glisse naturellement de « entendre » à « obéir ». Construit avec la préposition « à » ou avec « la voix de », šāmaʿ signifie se conformer à ce que l'on a entendu. L'hébreu biblique n'a pas d'autre mot pour l'obéissance : écouter vraiment, c'est faire. À l'inverse, celui qui entend sans agir est décrit comme n'ayant pas écouté. Le verbe signifie aussi « comprendre » (Gn 11.7, où les bâtisseurs de Babel n'« entendent » plus la langue les uns des autres, c'est-à-dire ne la comprennent plus), et, au hifil, « faire entendre, proclamer ».
Plusieurs noms propres en dérivent : Siméon (Gn 29.33, « l'Éternel a entendu »), Samuel, souvent rattaché au même verbe, et Ismaël, « Dieu entend ». Le nom šēmaʿ, « ce qu'on entend, la nouvelle », et šemûʿāh, « rumeur, message », appartiennent à la même famille.
Sens et emplois
Écouter : le Shema
L'impératif qui ouvre la confession de foi d'Israël, récitée matin et soir dans le judaïsme. Écouter est la première attitude demandée au peuple.
« Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »Dt 6.4, Segond 1910
Obéir à la voix
« Écouter la voix » de quelqu'un, c'est faire ce qu'il dit. La bénédiction des nations est liée à l'écoute d'Abraham sur le mont Moria.
« parce que tu as obéi à ma voix. »Gn 22.18, Segond 1910
L'écoute vaut mieux que le sacrifice
Samuel rappelle à Saül que l'obéissance est le cœur du culte. Le même verbe y est employé deux fois.
« Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, »1 S 15.22, Segond 1910
L'écoute du disciple
La disponibilité de celui qui attend la parole. La réponse du jeune Samuel est devenue le modèle de la prière d'écoute.
« Parle, car ton serviteur écoute. »1 S 3.10, Segond 1910
Dieu entend et exauce
Dieu est souvent sujet du verbe : il entend le cri des opprimés et la prière de son peuple. Segond traduit alors par « exaucer ».
« Exauce du lieu de ta demeure, des cieux, exauce et pardonne! »1 R 8.30, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit šāmaʿ surtout par ἀκούω, « entendre », et, quand le sens d'obéissance domine, par εἰσακούω ou ὑπακούω, « écouter en se soumettant ». Ce dernier verbe, formé sur ἀκούω, a donné le nom ὑπακοή, « obéissance », dont le Nouveau Testament fait grand usage : le grec garde visible le lien hébreu entre écouter et obéir. Paul parle ainsi de « l'obéissance de la foi » (Rm 1.5) et affirme que « la foi vient de ce qu'on entend » (Rm 10.17).
Le Shema traverse directement dans les évangiles. Interrogé sur le premier commandement, Jésus cite Deutéronome 6.4-5 : « Ecoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur » (Mc 12.29). Lors de la transfiguration, la voix venue de la nuée ordonne : « écoutez-le ! » (Mt 17.5), reprenant la promesse d'un prophète comme Moïse (Dt 18.15). La Vulgate traduit par audire et oboedire ; Segond varie entre « entendre, écouter, obéir, exaucer, comprendre ».
Le débat
Que confesse exactement le Shema : que Dieu est « un » en lui-même, ou que l'Éternel est le « seul » Dieu d'Israël ?
- L'unicité de Dieu (lecture juive et chrétienne traditionnelle) : La formule « l'Éternel est un » (ʾeḥād) affirme qu'il n'existe qu'un seul Dieu et qu'il n'est pas divisé. Le judaïsme rabbinique en a fait l'expression centrale du monothéisme ; Jésus la cite comme le fondement du premier commandement (Mc 12.29).
- L'exclusivité de l'alliance (exégèse historico-critique) : Dans le contexte du Deutéronome, la phrase signifierait d'abord « l'Éternel est notre Dieu, l'Éternel seul ». Elle exige qu'Israël ne serve aucun autre dieu, à la manière du premier commandement, sans traiter encore la question théorique de l'existence d'autres divinités. Le verset suivant, « tu aimeras… de tout ton cœur », va dans ce sens.
- Une confession tournée vers l'avenir (Rachi, XIe siècle) : Dans son commentaire du Deutéronome, Rachi lit : l'Éternel, qui est maintenant notre Dieu et non celui des nations, sera un jour l'Éternel unique pour tous, comme le promet Zacharie 14.9. L'unicité confessée par Israël anticipe la reconnaissance universelle.
Le texte hébreu, quatre mots après l'impératif, permet plusieurs constructions. Le contexte du Deutéronome insiste sur l'exclusivité de l'attachement à l'Éternel, et cette exclusivité contient en germe l'affirmation de l'unicité. Segond (« le seul Éternel ») tient les deux ensemble.
Portée théologique
Šāmaʿ révèle une conviction fondamentale : la foi biblique est d'abord une religion de l'écoute. Au Sinaï, Israël « n'a vu aucune figure » mais a entendu une voix (Dt 4.12). Le Dieu d'Israël ne se laisse pas représenter ; il parle, et l'homme répond en écoutant. C'est pourquoi la confession centrale ne commence pas par « crois » ni par « vois », mais par « Écoute ».
Comme écouter et obéir sont le même verbe, l'obéissance n'apparaît pas comme une contrainte extérieure, mais comme l'aboutissement normal d'une écoute véritable. Les prophètes dénoncent un peuple qui a des oreilles et n'entend pas (És 6.9) ; Samuel rappelle que l'écoute vaut mieux que les sacrifices. Salomon, au début de son règne, demande littéralement « un cœur qui écoute » pour juger avec discernement (1 R 3.9), là où Segond traduit « un cœur intelligent ».
Le verbe dit enfin que Dieu écoute. Il entend le cri des esclaves en Égypte, la prière d'Anne, la supplication au temple. Pour la prédication, šāmaʿ invite à une double écoute : celle du croyant, appelé à recevoir la parole et à la faire, et celle de Dieu, qui prête l'oreille à la prière. La voix de la transfiguration, « écoutez-le ! », désigne désormais le Fils comme celui qu'il faut entendre.
Chaîne : Écouter et obéir
- Gn 22.18 Abraham a obéi à la voix : « Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix. »
- Ex 19.5 Si vous écoutez ma voix : « Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m'appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi; »
- Ex 24.7 Nous ferons et nous obéirons : « Il prit le livre de l'alliance, et le lut en présence du peuple; ils dirent: Nous ferons tout ce que l'Éternel a dit, et nous obéirons. »
- Dt 6.4 Écoute, Israël : « Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »
- 1 S 3.10 Ton serviteur écoute : « L'Éternel vint et se présenta, et il appela comme les autres fois: Samuel, Samuel! Et Samuel répondit: Parle, car ton serviteur écoute. »
- 1 S 15.22 Mieux que les sacrifices : « Samuel dit: L'Éternel trouve-t-il du plaisir dans les holocaustes et les sacrifices, comme dans l'obéissance à la voix de l'Éternel? Voici, l'obéissance vaut mieux que les sacrifices, et l'observation de sa parole vaut mieux que la graisse des béliers. »
- 1 R 3.9 Un cœur qui écoute : « Accorde donc à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le bien du mal! Car qui pourrait juger ton peuple, ce peuple si nombreux? »
- Jr 7.23 Écoutez ma voix : « Mais voici l'ordre que je leur ai donné: Ecoutez ma voix, Et je serai votre Dieu, Et vous serez mon peuple; Marchez dans toutes les voies que je vous prescris, Afin que vous soyez heureux. »
- Mt 17.5 Écoutez-le ! : « Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection: écoutez-le! »
- Mc 12.29 Le premier commandement : « Jésus répondit: Voici le premier: Ecoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur; »
Mots apparentés
- dābār דָּבָר : parole ; chose, affaire
- tôrâ תּוֹרָה : instruction, loi
- ʾāhav אָהַב : aimer
- rāʾāh רָאָה : voir
- akouō ἀκούω : entendre, écouter
- ʾeḥād אֶחָד : un, seul, unique
- yādaʿ יָדַע : connaître, savoir
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- logos : parole, compte, raison
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- graphē : écrit, Écriture
- alētheia : vérité
- apokalypsis : révélation, dévoilement
- sophia : sagesse
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, 1906, art. « šāmaʿ ». voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, art. « šmʿ ». voir sur Amazon
- Theological Dictionary of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, art. « šāmaʿ ». voir sur Amazon
- Gerhard Kittel, art. « ἀκούω », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1. voir sur Amazon
- Gerhard von Rad, Deuteronomy: A Commentary, Old Testament Library, Philadelphia, Westminster Press, 1966. voir sur Amazon
- Rachi, Commentaire sur le Deutéronome, Dt 6.4. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de šāmaʿ (H8085) dans la concordance biblique