ṣāwāh צָוָה
Strong H6680 · verbe · ordonner, commander · 491 occurrences
Le verbe du commandement : donner un ordre, charger quelqu'un d'une mission, prescrire une conduite. Employé surtout de Dieu, il fonde la Loi de l'alliance, mais il dit aussi la parole souveraine qui crée, envoie la bénédiction et confie ses anges à la garde des siens.
Racine et étymologie
La racine ṣ-w-h n'est bien attestée qu'en hébreu et dans quelques dialectes araméens tardifs ; ses rapprochements avec d'autres langues sémitiques restent incertains. Le verbe n'existe pratiquement qu'au piel, le thème intensif, ce qui est rare pour un verbe aussi fréquent : on ne le trouve pas au qal. Au pual, il signifie « recevoir un ordre ». Ces données suggèrent un mot de la langue de cour ou d'administration, celle de l'ordre donné par une autorité.
Le verbe se construit de plusieurs façons. Avec un complément de personne, il signifie « donner un ordre à quelqu'un » ou « le charger de » ; avec la préposition ʿal, « établir quelqu'un sur » (comme chef ou intendant) ; avec un objet de chose, « prescrire » quelque chose. Il peut aussi précéder un discours direct : « L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme » (Gn 2.16), puis vient le contenu de l'ordre.
Le dérivé principal est miṣwāh, « commandement », l'un des grands mots de la Loi avec tôrāh, ḥuqqîm (« prescriptions ») et mišpāṭîm (« ordonnances »). Le judaïsme ultérieur comptera 613 miṣwôt dans la Torah, et le mot bar-miṣwāh, « fils du commandement », désigne le jeune garçon qui devient responsable de les observer. Le verbe ṣāwāh est donc à la source de tout un vocabulaire de l'obéissance.
Sens et emplois
Donner un ordre, prescrire
Le sens premier : une autorité ordonne une conduite. Le premier emploi biblique est un ordre de Dieu à l'homme, qui commence par un don généreux avant de poser une limite.
« L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; »Gn 2.16, Segond 1910
La formule d'exécution fidèle
La tournure « comme l'Éternel l'avait ordonné » revient comme un refrain dans l'Exode et les Nombres. Elle souligne l'exacte correspondance entre l'ordre divin et l'action humaine, depuis Noé jusqu'à la construction du tabernacle.
« C'est ce que fit Noé: il exécuta tout ce que Dieu lui avait ordonné. »Gn 6.22, Segond 1910
Les commandements de l'alliance
Dans le Deutéronome, le participe « que je te donne aujourd'hui » relie la Loi à un moment présent : l'ordre n'est pas une archive, il est adressé à chaque génération et doit habiter le cœur.
« Et ces commandements, que je te donne aujourd'hui, seront dans ton cœur. »Dt 6.6, Segond 1910
Charger d'une mission, encourager
Ordonner, c'est aussi confier une tâche et en garantir la réussite. L'ordre donné à Josué est un ordre d'avoir du courage, appuyé sur la présence de Dieu.
« Ne t'ai-je pas donné cet ordre: Fortifie-toi et prends courage? »Jos 1.9, Segond 1910
L'ordre souverain sur la création
Appliqué à Dieu agissant dans le monde, le verbe exprime une parole qui s'accomplit d'elle-même : il ordonne aux eaux, aux corbeaux, aux anges, et ce qu'il commande arrive.
« Car il dit, et la chose arrive; Il ordonne, et elle existe. »Ps 33.9, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ṣāwāh le plus souvent par ἐντέλλομαι (entellomai), « ordonner, prescrire », et son dérivé miṣwāh par ἐντολή (entolē), « commandement ». Ce couple passe tel quel dans le Nouveau Testament : quand un scribe demande à Jésus quel est le premier commandement, c'est entolē qu'il emploie, et Jésus lui répond par Deutéronome 6. La continuité du vocabulaire montre que le Nouveau Testament ne rejette pas l'idée de commandement, mais la recentre.
On le voit en Matthieu 28.20, où le Ressuscité envoie ses disciples enseigner « à observer tout ce que je vous ai prescrit » : le verbe est entellomai, celui que la Septante emploie pour Moïse donnant la Loi. Jésus parle ici comme celui qui donne lui-même les commandements, à la place de Moïse. Le même verbe apparaît dans la tentation (Mt 4.6), où le diable cite Psaume 91.11 : « Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet ». La Vulgate a fixé praecipere et mandatum, d'où nos « préceptes » et le « mandement ».
Le débat
Dans l'Ancien Testament, l'obéissance aux commandements est-elle la condition pour entrer dans l'alliance, ou la réponse à une alliance déjà donnée ?
- L'obéissance, condition du salut (Lecture du « légalisme » juif dans une partie de l'exégèse protestante ancienne) : Les commandements seraient le moyen par lequel Israël cherchait à mériter la faveur divine. Argument : les promesses de bénédiction du Deutéronome sont souvent formulées au conditionnel.
- Le « nomisme d'alliance » (E. P. Sanders, 1977) : Dans Paul and Palestinian Judaism, Sanders soutient que le judaïsme ancien n'enseignait pas le salut par les œuvres : on entre dans l'alliance par l'élection divine, et l'on y demeure par l'obéissance. Les commandements sont la forme de vie du peuple déjà élu.
- Ordre de grâce et ordre de vie (Lecture théologique canonique) : Le Décalogue commence par le rappel de la libération d'Égypte, et Genèse 2.16 commence par un don avant l'interdit. Le commandement suit toujours une grâce ; il en est la réponse, mais il engage réellement, sous peine de rupture.
Les textes donnent raison à ceux qui placent la grâce en premier : le premier ordre de la Bible commence par « Tu pourras manger de tous les arbres », et la Loi du Sinaï est précédée de l'Exode. Mais la réponse d'obéissance n'est pas facultative : le Deutéronome lie la vie et la bénédiction à la fidélité. Le commandement est le chemin de vie de ceux que Dieu a déjà libérés.
Portée théologique
Le premier commandement de la Bible est un ordre de largesse : « Tu pourras manger de tous les arbres du jardin » (Gn 2.16). L'interdit vient ensuite, comme une limite qui protège la vie. Cette structure éclaire tout l'usage de ṣāwāh : Dieu commande comme un Père qui donne et qui garde, non comme un maître qui écrase. Le Deutéronome, livre où le verbe est le plus fréquent, répète que les commandements sont donnés pour le bien du peuple et pour qu'il vive.
Le refrain de l'Exode, « comme l'Éternel l'avait ordonné », dit la joie d'une obéissance précise : Moïse examine le travail du tabernacle, constate que tout a été fait selon l'ordre reçu, et il bénit le peuple (Ex 39.43). L'obéissance n'est pas ici une contrainte subie, elle est la forme concrète de l'amour.
Enfin, le même verbe dit la souveraineté bienveillante de Dieu sur le monde. Il ordonne aux corbeaux de nourrir Élie, il donne des ordres à ses anges pour garder les siens, et en Sion « l'Éternel envoie la bénédiction » (Ps 133.3), littéralement il l'« ordonne ». Pour la prédication, ṣāwāh permet de présenter le commandement divin non comme un fardeau, mais comme la parole d'un Dieu qui crée, protège et bénit.
Chaîne : Le Dieu qui commande et donne
- Gn 2.16 Le premier ordre, un don : « L'Éternel Dieu donna cet ordre à l'homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin; »
- Gn 6.22 L'obéissance de Noé : « C'est ce que fit Noé: il exécuta tout ce que Dieu lui avait ordonné. »
- Gn 18.19 Abraham enseignera sa maison : « Car je l'ai choisi, afin qu'il ordonne à ses fils et à sa maison après lui de garder la voie de l'Éternel, en pratiquant la droiture et la justice, et qu'ainsi l'Éternel accomplisse en faveur d'Abraham les promesses qu'il lui a faites... »
- Ex 25.22 Les ordres donnés du propitiatoire : « C'est là que je me rencontrerai avec toi; du haut du propitiatoire, entre les deux chérubins placés sur l'arche du témoignage, je te donnerai tous mes ordres pour les enfants d'Israël. »
- Ex 39.43 Comme l'Éternel l'avait ordonné : « Moïse examina tout le travail; et voici, ils l'avaient fait comme l'Éternel l'avait ordonné, ils l'avaient fait ainsi. Et Moïse les bénit. »
- Dt 4.2 Ne rien ajouter, ne rien retrancher : « Vous n'ajouterez rien à ce que je vous prescris, et vous n'en retrancherez rien; mais vous observerez les commandements de l'Éternel, votre Dieu, tels que je vous les prescris. »
- Dt 6.6 Dans ton cœur : « Et ces commandements, que je te donne aujourd'hui, seront dans ton cœur. »
- Jos 1.9 L'ordre du courage : « Ne t'ai-je pas donné cet ordre: Fortifie-toi et prends courage? Ne t'effraie point et ne t'épouvante point, car l'Éternel, ton Dieu, est avec toi dans tout ce que tu entreprendras. »
- Ps 33.9 Il ordonne, et elle existe : « Car il dit, et la chose arrive; Il ordonne, et elle existe. »
- Ps 91.11 Des ordres à ses anges : « Car il ordonnera à ses anges De te garder dans toutes tes voies; »
- Ps 133.3 La bénédiction ordonnée : « C'est comme la rosée de l'Hermon, Qui descend sur les montagnes de Sion; Car c'est là que l'Éternel envoie la bénédiction, La vie, pour l'éternité. »
- Mt 28.20 Tout ce que je vous ai prescrit : « et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit. Et voici, je suis avec vous tous les jours, jusqu'à la fin du monde. »
Mots apparentés
- tôrâ תּוֹרָה : instruction, loi
- šāmaʿ שָׁמַע : entendre, écouter, obéir
- ʿāśâ עָשָׂה : faire
- dābar דָּבַר : parler
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ḥesed : bonté fidèle
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- berît : alliance
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Face à la bande de Dundee : le courage de la jeune Mary Slessor (Mary Slessor, vers 1870)
- La porte fermée du cabinet : le père de John G. Paton en prière (John G. Paton, vers 1840)
- La prière d'une mère qui ne lâchait pas ses enfants : Eliza Spurgeon (Charles Spurgeon, années 1840)
- La prière de minuit : Martin Luther King dans sa cuisine (Martin Luther King, 27 janvier 1956)
- La table de Luther : un foyer ouvert, et des étudiants qui prennent des notes (Martin Luther, 1531-1546)
- Le premier sermon de Spurgeon : un piège amical à Teversham (Charles Spurgeon, vers 1850)
- Le soldat qui n'a pas tiré : Sankey et le cantique du Berger (Ira Sankey, vers 1875)
- Les « Bibles de chignon » : la Parole cachée des huguenotes (Les huguenots du Désert, XVIIIe siècle)
- Mourir sur un lit de cendres : les derniers jours de Saint Louis (Louis IX (Saint Louis), 25 août 1270)
- Une petite femme face à l'émeute : Gladys Aylward dans la prison de Yangcheng (Gladys Aylward, années 1930)
- « Ambroise évêque ! » : un gouverneur choisi par la foule (Ambroise de Milan, 374)
- « Dieu maudira votre repos » : Farel retient Jean Calvin à Genève (Jean Calvin, août 1536)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, s.v. צָוָה. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000, s.v. צוה. voir sur Amazon
- G. Johannes Botterweck, Helmer Ringgren, Heinz-Josef Fabry (éd.), Theological Dictionary of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, art. « ṣāwâ ». voir sur Amazon
- E. P. Sanders, Paul and Palestinian Judaism: A Comparison of Patterns of Religion, Londres, SCM Press, 1977. voir sur Amazon
- Gerhard von Rad, Théologie de l'Ancien Testament, 2 vol., Genève, Labor et Fides, 1963-1967. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Commandements » et « Obéissance ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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