ʿānâ עָנָה
Strong H6030 · verbe · répondre · 330 occurrences
Réagir par la parole à ce qu'on vient d'entendre : répondre à une question, prendre la parole, témoigner en justice. Dit de Dieu, le verbe signifie qu'il entend la prière et y donne suite : il « exauce ».
Racine et étymologie
La racine ʿ-n-h « répondre » est bien attestée dans les langues sémitiques voisines : l'ougaritique et l'araméen connaissent le même verbe, et l'araméen biblique de Daniel l'emploie dans la formule « prit la parole et dit ». Le sens de base est celui d'une réaction : on répond à une parole, à un appel, à une situation. C'est pourquoi le verbe introduit souvent un discours sans qu'aucune question ait été posée, comme notre « prendre la parole ».
L'hébreu possède plusieurs racines homonymes écrites de la même façon. La plus connue, ʿānâ « être humilié, opprimé » (au piel « humilier »), a donné ʿānî, « pauvre, affligé » : c'est un tout autre mot. Les lexiques distinguent aussi un ʿānâ « chanter », peut-être présent en Ex 15.21 ou Nb 21.17, où Segond traduit tantôt « répondre », tantôt « chanter ». Le contexte seul permet de trancher, et la tradition du chant alterné, où un chœur répond à l'autre, rapproche les deux sens.
Le dérivé maʿăneh signifie « réponse » : « Une réponse douce calme la fureur » (Pr 15.1). Au niphal, le verbe prend un sens passif : « recevoir une réponse ».
Sens et emplois
Répondre à quelqu'un
Le sens ordinaire : réagir à la parole d'autrui. Au Sinaï, le peuple répond d'une seule voix à la proposition d'alliance, et cette réponse engage.
« Le peuple tout entier répondit: Nous ferons tout ce que l'Éternel a dit. »Ex 19.8, Segond 1910
Prendre la parole
Le verbe introduit un discours solennel sans question préalable. L'Israélite qui apporte ses prémices « prend la parole » pour réciter la confession de foi.
« Tu prendras encore la parole, et tu diras devant l'Éternel, ton Dieu: »Dt 26.5, Segond 1910
Témoigner en justice
Devant le tribunal, le témoin « répond » contre ou pour quelqu'un. Le neuvième commandement emploie ce verbe : littéralement « tu ne répondras pas contre ton prochain en témoin de mensonge ».
« Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. »Ex 20.16, Segond 1910
Dieu répond à la prière
L'emploi théologique majeur : Dieu entend le cri du priant et intervient. Segond rend souvent par « exaucer ». Le verbe dit plus qu'une écoute : une action en retour.
« De ma voix je crie à l'Éternel, Et il me répond de sa montagne sainte. »Ps 3.5, Segond 1910
Le silence de Dieu
Employé à la négation, le verbe exprime l'épreuve du croyant qui crie sans recevoir de réponse. C'est le cri du Psaume 22, repris par Jésus sur la croix.
« Mon Dieu! je crie le jour, et tu ne réponds pas; »Ps 22.3, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit très majoritairement ʿānâ par ἀποκρίνομαι, « répondre », le verbe qui ouvre des centaines de répliques dans les Évangiles. La tournure hébraïque « il répondit et dit » passe telle quelle dans le grec du Nouveau Testament (« prenant la parole, il dit »), ce qui est l'un des signes de l'influence de la Bible grecque sur le style des évangélistes.
Quand le sujet est Dieu et que l'objet est la prière, la Septante préfère souvent ἐπακούω, « écouter favorablement, exaucer ». Ce verbe apparaît en 2 Co 6.2, qui cite Ésaïe 49.8 : « Au temps favorable je t'ai exaucé ». La Vulgate emploie respondere ou exaudire, d'où le doublet français « répondre » / « exaucer » de nos traductions.
Le débat
Quand l'Éternel « répond » à Job du milieu de la tempête, répond-il vraiment à ses questions ?
- Une non-réponse (lecture existentielle) : Les discours divins (Jb 38-41) ne disent rien de la souffrance du juste ni du pari de l'Accusateur. Dieu déplace la question vers l'ordre du monde : la réponse consisterait à montrer que l'homme ne peut pas comprendre.
- La réponse est la rencontre (lecture théologique classique) : Ce que Job réclamait, c'était que Dieu lui parle (Jb 31.35). Le simple fait que l'Éternel « réponde » est la réponse : Job, qui n'avait connu Dieu que par ouï-dire, le voit maintenant (Jb 42.5).
- Une réponse indirecte (lecture sapientielle) : Les images de la création et des monstres Béhémoth et Léviathan affirment que Dieu maîtrise le chaos sans le supprimer. Le mal existe dans un monde ordonné, et Job y est invité à faire confiance.
Le verbe ʿānâ est décisif : le livre emploie le vocabulaire de la réponse, alors que le contenu ne répond pas terme à terme. La réponse de Dieu est d'abord sa présence et sa parole adressée, ce que Job reconnaît. Les trois lectures se complètent plus qu'elles ne s'excluent.
Portée théologique
Le Dieu d'Israël se distingue des idoles en ce qu'il répond. Au Carmel, les prophètes de Baal crient du matin à midi, « mais il n'y eut ni voix ni réponse » (1 R 18.26) ; Élie prie une fois, et l'Éternel répond par le feu. Toute la prière des Psaumes repose sur cette conviction : « Dans ma détresse, c'est à l'Éternel que je crie, et il m'exauce » (Ps 120.1). Le verbe désigne une relation vivante où la parole humaine trouve un écho.
La Bible n'en cache pas pour autant l'envers : Saül interroge Dieu, qui ne lui répond plus, et le psalmiste crie le jour sans réponse. La foi biblique traverse ce silence sans le nier. Pour la prédication, la promesse d'Ésaïe, « avant qu'ils m'invoquent, je répondrai », rejoint la parole de Jésus sur le Père qui sait ce dont nous avons besoin. Et l'alliance elle-même est un dialogue : Dieu parle, et le peuple répond « nous ferons ».
Chaîne : Le Dieu qui répond
- Gn 35.3 Le Dieu qui a exaucé Jacob : « Nous nous lèverons, et nous monterons à Béthel; là, je dresserai un autel au Dieu qui m'a exaucé dans le jour de ma détresse, et qui a été avec moi pendant le voyage que j'ai fait. »
- Ex 19.8 Le peuple répond à l'alliance : « Le peuple tout entier répondit: Nous ferons tout ce que l'Éternel a dit. Moïse rapporta les paroles du peuple à l'Éternel. »
- 1 S 7.9 Samuel intercède : « Samuel prit un agneau de lait, et l'offrit tout entier en holocauste à l'Éternel. Il cria à l'Éternel pour Israël, et l'Éternel l'exauça. »
- 1 R 18.37 Réponds-moi, Éternel : « Réponds-moi, Éternel, réponds-moi, afin que ce peuple reconnaisse que c'est toi, Éternel, qui es Dieu, et que c'est toi qui ramènes leur cœur! »
- Jb 38.1 La réponse dans la tempête : « L'Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit: »
- Ps 22.3 Le cri sans réponse : « Mon Dieu! je crie le jour, et tu ne réponds pas; La nuit, et je n'ai point de repos. »
- És 65.24 Avant qu'ils invoquent : « Avant qu'ils m'invoquent, je répondrai; Avant qu'ils aient cessé de parler, j'exaucerai. »
- Jr 33.3 Invoque-moi : « Invoque-moi, et je te répondrai; Je t'annoncerai de grandes choses, des choses cachées, Que tu ne connais pas. »
- Jon 2.2 Du sein du séjour des morts : « Il dit: Dans ma détresse, j'ai invoqué l'Éternel, Et il m'a exaucé; Du sein du séjour des morts j'ai crié, Et tu as entendu ma voix. »
- Mt 7.7 Demandez, et l'on vous donnera : « Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira. »
- Jn 11.42 Tu m'exauces toujours : « Pour moi, je savais que tu m'exauces toujours; mais j'ai parlé à cause de la foule qui m'entoure, afin qu'ils croient que c'est toi qui m'as envoyé. »
- Hé 5.7 Exaucé à cause de sa piété : « C'est lui qui, dans les jours de sa chair, ayant présenté avec de grands cris et avec larmes des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort, et ayant été exaucé à cause de sa piété, »
Mots apparentés
- qārāʾ קָרָא : appeler, crier, invoquer, lire
- šāmaʿ שָׁמַע : entendre, écouter, obéir
- ʾāmar אָמַר : dire
- apokrinomai ἀποκρίνομαι : répondre, prendre la parole
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- dābār : parole ; chose, affaire
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- logos : parole, compte, raison
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- graphē : écrit, Écriture
- alētheia : vérité
Anecdotes pour prêcher ce mot
- De la pluie qui monte de la terre : le puits de John G. Paton à Aniwa (John G. Paton, vers 1867)
- Deux femmes en prière et une rue de New York : Moody rempli de l'Esprit (Dwight L. Moody, 1871)
- Kapiolani au bord du volcan : le défi lancé à la déesse Pele (Kapiolani, décembre 1824)
- L'affaire Calas : un protestant innocent supplicié à Toulouse en 1762 (Jean Calas, 1761-1765)
- La bouillotte et la poupée : la prière d'une petite fille au Congo (Helen Roseveare, vers 1960)
- Le copeau qui parle : John Williams et l'écriture à Rarotonga (John Williams, vers 1827)
- Le savant et le chaudronnier : John Owen écoute John Bunyan (John Owen, vers 1675)
- Un synode dans une carrière : Antoine Court relève les Églises en 1715 (Antoine Court, 21 août 1715)
- « Je compte que Dieu le fera » : Robert Morrison en route pour la Chine (Robert Morrison, 1807)
- « Par mon Esprit » : Jonathan Goforth et le réveil de Mandchourie (Jonathan Goforth, 1908)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer, Bruce K. Waltke (éd.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Theological Dictionary of the Old Testament, art. « ʿānâ I », vol. 11. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Prière ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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