apokrinomai ἀποκρίνομαι
Strong G611 · verbe (moyen et passif déponent) · répondre, prendre la parole · 231 occurrences
Le verbe ordinaire du Nouveau Testament pour « répondre ». Il sert aussi, à la manière hébraïque, à introduire une parole qui réagit à une situation sans qu'aucune question ait été posée. Les évangiles l'emploient sans cesse dans les dialogues de Jésus.
Racine et étymologie
Le verbe est formé de la préposition ἀπό, « hors de, à partir de », et de κρίνω, « séparer, trier, juger ». À l'actif, ἀποκρίνω signifie en grec classique « séparer, distinguer, choisir » : on met une chose à part des autres. Le lexique d'Abbott-Smith, repris par STEPBible, rappelle ces deux premiers sens avant de signaler le moyen « répondre ».
Le passage de « séparer » à « répondre » s'explique par l'idée de trancher une question : répondre, c'est rendre une décision, dégager un avis à partir de ce qui a été dit. En grec attique, le moyen ἀποκρίνομαι signifie déjà « répondre » ; en grec de l'époque hellénistique, l'aoriste passif ἀπεκρίθη remplace de plus en plus l'aoriste moyen ἀπεκρίνατο, que le Nouveau Testament garde encore dans quelques passages solennels (Mc 14.61, Lc 23.9).
La même famille donne ἀπόκρισις, « réponse » (Lc 2.47), et ἀπόκριμα, « sentence, verdict » (2 Co 1.9). On y reconnaît le voisinage de κρίσις, « jugement », et de κριτής, « juge ». La parole qui répond n'est donc pas, à l'origine, un simple écho : elle prend position.
Sens et emplois
Répondre à une question
Le sens le plus fréquent : la réplique à une demande explicite. Jean-Baptiste répond aux envoyés de Jérusalem par des négations de plus en plus brèves.
« Es-tu le prophète? Et il répondit: Non. »Jn 1.21, Segond 1910
Répliquer par l'Écriture
Dans la tentation, Jésus répond au diable non par un argument personnel, mais par une citation du Deutéronome : la réponse devient obéissance à la parole écrite.
« Jésus répondit: Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement, »Mt 4.4, Segond 1910
Prendre la parole
Comme l'hébreu ʿānāh, le verbe introduit une parole qui réagit à une situation sans question préalable. Segond traduit alors « prit la parole ».
« En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, »Mt 11.25, Segond 1910
Le refus de répondre
La négation « ne répondit rien » marque, dans la Passion, le silence volontaire de Jésus devant ses juges, en écho au serviteur muet d'Ésaïe 53.7.
« Jésus garda le silence, et ne répondit rien. »Mc 14.61, Segond 1910
La réponse du croyant
Paul applique le verbe à l'attitude des chrétiens face aux questions du dehors : une parole adaptée à chacun, marquée par la grâce.
« afin que vous sachiez comment il faut répondre à chacun. »Col 4.6, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, ἀποκρίνομαι traduit surtout l'hébreu ʿānāh (H6030), « répondre ». Or ʿānāh a un champ plus large que notre « répondre » : il s'emploie pour toute parole qui réagit à une situation, une prière exaucée ou un événement. La tournure hébraïque wayyaʿan… wayyōʾmer, « il répondit et dit », est rendue mot à mot par ἀποκριθεὶς εἶπεν.
C'est pourquoi les évangiles, nourris de la Bible grecque, multiplient cette formule même lorsque personne n'a rien demandé (Mt 11.25 ; Ap 7.13). Le lecteur français doit y entendre une manière d'ouvrir le discours plutôt qu'une réponse au sens strict. Le Nouveau Testament compte 231 emplois, très concentrés dans les évangiles et les Actes, et surtout chez Jean, où les dialogues de Jésus sont rythmés par ce verbe. La Vulgate dit « respondit », Segond « répondit » ou « prit la parole ».
Le débat
La formule « ayant répondu, il dit » est-elle un sémitisme, ou un usage normal du grec de l'époque ?
- Un calque de l'hébreu (étude des sémitismes du Nouveau Testament) : La tournure reproduit wayyaʿan wayyōʾmer de la Bible hébraïque, transmise par la Septante. Argument : elle apparaît là où aucune question n'a été posée, ce que le grec profane ne fait guère.
- Un trait du grec populaire (lecture papyrologique) : Les papyrus d'Égypte montrent un grec courant moins soigné que le grec littéraire. Le participe redondant y aurait sa place et ne prouverait pas une influence hébraïque directe.
- Un sémitisme de style (grammaires du grec néotestamentaire) : Possible en grec, la formule s'est imposée par imitation de la Septante : c'est un « septantisme », choix stylistique qui donne au récit la couleur des Écritures.
La troisième position concilie les données : le grec pouvait employer la formule, mais sa fréquence et son usage sans question préalable viennent de la Bible grecque. Pour le lecteur, il suffit de savoir que « répondit » signifie souvent « prit la parole ».
Portée théologique
Le verbe semble banal, mais il dessine la manière dont les évangiles présentent Jésus. Il répond aux questions, souvent par une autre question ou par l'Écriture ; il prend la parole sans être interrogé pour louer le Père ; il se tait devant ceux qui ne cherchent pas la vérité. Chaque fois, sa réponse ne se laisse pas enfermer dans le cadre fixé par l'interlocuteur.
La racine κρίνω rappelle que répondre, c'est discerner. Pour la vie chrétienne, Colossiens 4.6 et 1 Pierre 3.15 invitent à une réponse qui tienne compte de la personne, avec grâce et douceur. Le silence de Jésus dans la Passion enseigne aussi qu'il existe des moments où la meilleure réponse est de ne pas se défendre, en remettant sa cause à Dieu.
Chaîne : Répondre à Dieu, répondre devant les hommes
- 1 S 3.4 Samuel : « Me voici ! » : « Alors l'Éternel appela Samuel. Il répondit: Me voici! »
- Jb 38.1 Dieu répond à Job : « L'Éternel répondit à Job du milieu de la tempête et dit: »
- Mt 4.4 La réponse par l'Écriture : « Jésus répondit: Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
- Mt 11.25 La louange de Jésus : « En ce temps-là, Jésus prit la parole, et dit: Je te loue, Père, Seigneur du ciel et de la terre, de ce que tu as caché ces choses aux sages et aux intelligents, et de ce que tu les as révélées aux enfants. »
- Mt 27.12 Le silence devant les accusateurs : « Mais il ne répondit rien aux accusations des principaux sacrificateurs et des anciens. »
- Mc 14.61 Il ne répondit rien : « Jésus garda le silence, et ne répondit rien. Le souverain sacrificateur l'interrogea de nouveau, et lui dit: Es-tu le Christ, le Fils du Dieu béni? »
- Lc 2.47 L'enfant au Temple : « Tous ceux qui l'entendaient étaient frappés de son intelligence et de ses réponses. »
- Lc 23.9 Devant Hérode : « Il lui adressa beaucoup de questions; mais Jésus ne lui répondit rien. »
- Jn 8.14 Le témoignage de Jésus : « Jésus leur répondit: Quoique je rende témoignage de moi-même, mon témoignage est vrai, car je sais d'où je suis venu et où je vais; mais vous, vous ne savez d'où je viens ni où je vais. »
- Col 4.6 Une parole assaisonnée de sel : « Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce, assaisonnée de sel, afin que vous sachiez comment il faut répondre à chacun. »
- Ap 7.13 La question de l'ancien : « Et l'un des vieillards prit la parole et me dit: Ceux qui sont revêtus de robes blanches, qui sont-ils, et d'où sont-ils venus? »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- dābār : parole ; chose, affaire
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- logos : parole, compte, raison
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- graphē : écrit, Écriture
- alētheia : vérité
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Blaise Pascal voulait mourir parmi les pauvres (Blaise Pascal, 1662)
- Deux cents personnes dans la cuisine : les réunions de Susanna Wesley (Susanna Wesley, hiver 1711-1712)
- Du deuil au service : les Spafford fondent une œuvre à Jérusalem (Horatio Spafford, 1881)
- Face à Hitler : la réponse du pasteur Martin Niemöller (Martin Niemöller, 25 janvier 1934)
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- Le baromètre et le puy de Dôme : discerner les signes des temps (Le baromètre, 19 septembre 1648)
Bibliographie
- W. Bauer, F. W. Danker, W. F. Arndt, F. W. Gingrich, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000, art. « ἀποκρίνομαι ». voir sur Amazon
- G. Abbott-Smith, A Manual Greek Lexicon of the New Testament, Édimbourg, T. & T. Clark, 1922. voir sur Amazon
- F. Blass, A. Debrunner, Grammatik des neutestamentlichen Griechisch (trad. anglaise R. W. Funk, A Greek Grammar of the New Testament, 1961). voir sur Amazon
- Art. « κρίνω », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 3, Grand Rapids, Eerdmans. voir sur Amazon
- Moisés Silva (dir.), New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis, Grand Rapids, Zondervan, 2014. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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