qārāʾ קָרָא
Strong H7121 · verbe · appeler, crier, invoquer, lire · 729 occurrences
Faire entendre sa voix en direction de quelqu'un : appeler, nommer, crier, proclamer, invoquer, et aussi lire à haute voix. Le verbe relie la parole qui donne un nom, la prière qui monte vers Dieu et l'Écriture lue devant le peuple.
Racine et étymologie
La racine q-r-ʾ est largement attestée dans les langues sémitiques : l'akkadien qerû signifie « appeler, inviter », l'araméen et l'arabe connaissent des formes voisines. En arabe, qaraʾa a pris le sens de « lire, réciter », d'où le mot Coran, « récitation ». Ce glissement du cri à la lecture se retrouve en hébreu biblique, car l'Antiquité lisait presque toujours à voix haute : lire, c'était faire entendre un texte.
Le sens de base est donc sonore et orienté : on « appelle » quelqu'un, on « crie » vers lui, on « proclame » devant un auditoire. Avec la préposition « à » ou « vers », le verbe devient « appeler à l'aide, invoquer ». Avec un nom pour complément, il signifie « nommer » : donner un nom, c'est exercer une autorité et définir une identité, comme Dieu le fait pour le jour et la nuit (Gn 1.5).
Il faut distinguer un homonyme, qārāʾ II (H7122), « rencontrer, arriver à », compté à part par STEPBible. Parmi les dérivés figurent miqrāʾ, « convocation, assemblée » (les « saintes convocations » des fêtes, Lv 23.2), et qerîʾâ, « proclamation ». Le judaïsme ultérieur appellera Miqra l'Écriture elle-même : le texte que l'on proclame.
Sens et emplois
Nommer
Donner un nom, c'est ordonner le réel et marquer une souveraineté. Dieu nomme les éléments de la création, puis confie à l'homme le soin de nommer les animaux.
« Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. »Gn 1.5, Segond 1910
Invoquer le nom de l'Éternel
L'expression « appeler par le nom de l'Éternel » désigne le culte et la prière. Abraham la pratique à chaque étape de sa route, en bâtissant un autel.
« Il bâtit encore là un autel à l'Éternel, et il invoqua le nom de l'Éternel. »Gn 12.8, Segond 1910
Crier vers Dieu dans la détresse
L'appel au secours adressé à Dieu, auquel répond une promesse d'intervention. Le verbe exprime ici la confiance de celui qui n'a plus d'autre recours.
« Et invoque-moi au jour de la détresse; Je te délivrerai, et tu me glorifieras. »Ps 50.15, Segond 1910
Proclamer, crier un message
Le prophète ou le héraut fait entendre publiquement une parole qui ne vient pas de lui. Jonas reçoit l'ordre de « crier » contre Ninive.
« Lève-toi, va à Ninive, la grande ville, et crie contre elle! »Jon 1.2, Segond 1910
Lire à haute voix
La lecture publique de la Loi devant l'assemblée, accompagnée d'une explication pour que le peuple comprenne. C'est l'origine lointaine de la lecture liturgique des Écritures.
« Ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens pour faire comprendre ce qu'ils avaient lu. »Né 8.8, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend qārāʾ surtout par καλέω, « appeler, nommer », et, quand il s'agit d'invoquer Dieu, par ἐπικαλέομαι, « invoquer, en appeler à ». Pour la lecture, elle emploie ἀναγινώσκω, et pour la proclamation κηρύσσω ou βοάω, « crier ». Un seul verbe hébreu se répartit ainsi entre plusieurs verbes grecs selon le contexte.
Cette répartition éclaire le Nouveau Testament. Pierre, à la Pentecôte, et Paul en Romains 10.13 citent Joël 2.32 : « quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé ». Le grec ἐπικαλέομαι y transpose exactement le qārāʾ hébreu, mais le « nom » invoqué devient celui de Jésus. De même, la vocation chrétienne (κλῆσις, « appel ») prolonge l'idée que Dieu appelle son peuple par son nom (És 43.1).
Le débat
Que signifie la remarque de Genèse 4.26 : « C'est alors que l'on commença à invoquer le nom de l'Éternel » ?
- Une trace de sources différentes (Exégèse historico-critique (hypothèse documentaire)) : Le verset appartiendrait à une source qui connaît le nom divin dès l'origine, alors qu'Exode 6.3 dit que ce nom n'avait pas été révélé aux patriarches. Les deux textes refléteraient des traditions distinctes juxtaposées.
- Le début du culte public (Lecture canonique et commentaires évangéliques) : Le verset ne parle pas de la première connaissance du Nom, mais du commencement d'une prière et d'un culte communs dans la lignée de Seth, par contraste avec la violence de la lignée de Caïn (Gn 4.23-24).
- Une profanation du Nom (Tradition juive ancienne (Targums, Rachi)) : Une lecture rabbinique comprend le verbe hûḥal comme « on profana » : les hommes auraient alors commencé à donner le nom divin à des idoles.
La lecture grammaticale la plus naturelle est « on commença », et le contexte oppose bien deux lignées. Le verset pose un jalon : l'humanité blessée se tourne vers Dieu en l'appelant. La tension avec Exode 6.3 se réduit si l'on distingue employer le Nom et en connaître pleinement le sens révélé à Moïse.
Portée théologique
Le verbe qārāʾ dessine une théologie de la relation par la voix. Dieu appelle le premier : il nomme la lumière, il appelle Abraham, il appelle Israël par son nom et déclare « tu es à moi » (És 43.1). Nommer, pour Dieu, c'est créer et revendiquer. L'homme, en retour, appelle Dieu : la prière biblique n'est pas d'abord méditation silencieuse, mais cri adressé à quelqu'un qui peut répondre. « Invoque-moi, et je te répondrai » (Jr 33.3) résume cette alliance de la parole.
Le même verbe désigne aussi la lecture publique de la Loi. Pour la prédication, Néhémie 8 montre que l'Écriture lue et expliquée fait naître un peuple qui comprend, pleure et se réjouit. Enfin, la promesse de Joël, reprise par Pierre et Paul, ouvre l'invocation à tous : quiconque appelle le nom du Seigneur sera sauvé. Le salut commence par un appel, et l'Église elle-même porte en grec un nom qui dit qu'elle est « appelée hors » du monde.
Chaîne : Appeler et être appelé
- Gn 1.5 Dieu nomme la création : « Dieu appela la lumière jour, et il appela les ténèbres nuit. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le premier jour. »
- Gn 4.26 On invoque le Nom : « Seth eut aussi un fils, et il l'appela du nom d'Enosch. C'est alors que l'on commença à invoquer le nom de l'Éternel. »
- Gn 12.8 L'autel d'Abraham : « Il se transporta de là vers la montagne, à l'orient de Béthel, et il dressa ses tentes, ayant Béthel à l'occident et Aï à l'orient. Il bâtit encore là un autel à l'Éternel, et il invoqua le nom de l'Éternel. »
- Ex 34.5 Dieu proclame son Nom : « L'Éternel descendit dans une nuée, se tint là auprès de lui, et proclama le nom de l'Éternel. »
- Né 8.8 La Loi lue au peuple : « Ils lisaient distinctement dans le livre de la loi de Dieu, et ils en donnaient le sens pour faire comprendre ce qu'ils avaient lu. »
- Ps 145.18 Dieu proche de qui l'invoque : « L'Éternel est près de tous ceux qui l'invoquent, De tous ceux qui l'invoquent avec sincérité; »
- És 6.3 Le cri des séraphins : « Ils criaient l'un à l'autre, et disaient: Saint, saint, saint est l'Éternel des armées! toute la terre est pleine de sa gloire! »
- És 43.1 Appelé par son nom : « Ainsi parle maintenant l'Éternel, qui t'a créé, ô Jacob! Celui qui t'a formé, ô Israël! Ne crains rien, car je te rachète, Je t'appelle par ton nom: tu es à moi! »
- Jl 2.32 Quiconque invoquera : « Alors quiconque invoquera le nom de l'Éternel sera sauvé; Le salut sera sur la montagne de Sion et à Jérusalem, Comme a dit l'Éternel, Et parmi les réchappés que l'Éternel appellera. »
- Ac 2.21 Pierre cite Joël : « Alors quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »
- Rm 10.13 Le Nom du Seigneur Jésus : « Car quiconque invoquera le nom du Seigneur sera sauvé. »
Mots apparentés
- šēm שֵׁם : nom, renom
- šāmaʿ שָׁמַע : entendre, écouter, obéir
- hālal הָלַל : louer, célébrer ; se glorifier
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- dābār : parole ; chose, affaire
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- logos : parole, compte, raison
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- graphē : écrit, Écriture
- alētheia : vérité
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Art. « qārāʾ », Theological Dictionary of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans. voir sur Amazon
- Gordon J. Wenham, Genesis 1-15, Word Biblical Commentary 1, Waco, Word Books, 1987. voir sur Amazon
- Karl Ludwig Schmidt, art. « καλέω », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 3. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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