kaleō καλέω

Strong G2564 · verbe · appeler, nommer, inviter · 147 occurrences

Appeler quelqu'un par son nom, l'inviter, le convoquer. Dans le Nouveau Testament, le verbe devient l'un des mots majeurs du salut : Dieu appelle des hommes et des femmes à la communion avec son Fils, et cet appel fait d'eux ce qu'ils sont appelés à être.

Racine et étymologie

Le verbe καλέω appartient à une racine indo-européenne qui signifie « crier, appeler » : le latin calare (« convoquer »), d'où viennent les calendes, en est parent. En grec, la racine apparaît sous deux formes, καλ- au présent et κλη- dans d'autres temps (κέκληκα, ἐκλήθην). C'est sur cette seconde forme que sont bâtis les dérivés les plus importants pour la théologie.

Κλῆσις (G2821) est « l'appel, la vocation » ; κλητός (G2822), « appelé » ; ἐκκλησία (G1577), formé sur ἐκκαλέω, « appeler hors de », désignait à Athènes l'assemblée des citoyens convoqués, avant de devenir le nom de l'Église. Il faut se garder d'en tirer trop vite l'idée d'un peuple « mis à part du monde » : le mot grec désigne d'abord une assemblée convoquée, et c'est par la Septante qu'il reçoit son sens religieux.

Le verbe a aussi des composés courants : παρακαλέω (« appeler auprès, exhorter, consoler »), d'où vient le Paraclet, ou προσκαλέομαι (« faire venir à soi »). Le Nouveau Testament compte environ cent cinquante emplois du simple καλέω, dont une bonne part chez Luc, pour le sens « nommer », et chez Paul, pour le sens théologique de l'appel.

Sens et emplois

  1. Donner un nom

    Le sens le plus fréquent chez Luc et Matthieu : nommer un enfant ou désigner quelqu'un par un titre. Nommer, dans la Bible, c'est souvent révéler une identité ou une mission.

    « elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »Mt 1.21, Segond 1910
  2. Inviter à un repas

    Καλέω est le verbe des invitations. Les paraboles du festin en font une image du Royaume : Dieu invite, et l'on peut refuser. Jésus demande aussi d'inviter ceux qui ne pourront rendre la pareille.

    « Mais, lorsque tu donnes un festin, invite des pauvres, des estropiés, des boiteux, des aveugles. »Lc 14.13, Segond 1910
  3. Appeler à suivre

    Jésus appelle des disciples, et ceux-ci laissent tout pour le suivre. L'appel est personnel et suscite une réponse immédiate.

    « Aussitôt, il les appela; et, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils le suivirent. »Mc 1.20, Segond 1910
  4. L'appel de Dieu qui sauve

    Chez Paul, l'appel est un acte de Dieu qui précède la réponse humaine et la rend possible. Il s'inscrit dans une chaîne qui va du dessein éternel à la gloire.

    « Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés; »Rm 8.30, Segond 1910
  5. Être appelé : recevoir une identité

    Au passif, « être appelé » signifie souvent « être reconnu comme, devenir ». Le nom donné par Dieu est réel : ceux qu'il appelle enfants le sont.

    « Voyez quel amour le Père nous a témoigné, pour que nous soyons appelés enfants de Dieu! Et nous le sommes. »1 Jn 3.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, καλέω traduit surtout l'hébreu qārāʾ (H7121), « appeler, crier, nommer, convoquer ». Les deux verbes couvrent presque le même champ : donner un nom (Gn 1.5), appeler quelqu'un, convoquer une assemblée. Mais qārāʾ a un sens que le grec rend plutôt par un composé : invoquer le nom de Dieu (ἐπικαλέομαι). Le grec distingue ainsi l'appel de Dieu vers l'homme et l'appel de l'homme vers Dieu.

Le Second Ésaïe prépare directement l'usage paulinien : « Je t'appelle par ton nom: tu es à moi » (És 43.1). Dieu appelle Israël, Cyrus, son Serviteur, et cet appel crée la relation. Matthieu cite Osée : « J'ai appelé mon fils hors d'Égypte » (Mt 2.15, d'après Os 11.1). Paul reprend Osée 2 pour dire que l'appel de Dieu atteint même ceux qui n'étaient « pas son peuple » (Rm 9.25). La Vulgate rend le verbe par vocare, d'où « vocation ».

Le débat

L'appel de Dieu dont parle Paul est-il toujours efficace, ou peut-il être refusé ?

Le vocabulaire lui-même porte la tension. Dans les évangiles, καλέω désigne souvent une invitation qui peut être déclinée. Chez Paul, « ceux qui sont appelés » désigne habituellement les croyants, et l'appel y est présenté comme l'acte fidèle de Dieu qui « le fera » (1 Th 5.24). Les deux usages ne se contredisent pas nécessairement, mais ils ne disent pas la même chose, et il faut lire chaque texte selon son propre registre.

Portée théologique

Le Nouveau Testament décrit l'origine de la vie chrétienne non comme une décision humaine première, mais comme une réponse à un appel. Dieu appelle « les choses qui ne sont point comme si elles étaient » (Rm 4.17) : son appel crée, comme sa parole a créé le monde. Les chrétiens sont « appelés » avant d'être quoi que ce soit d'autre ; le mot ἐκκλησία lui-même dit qu'ils forment une assemblée convoquée.

Cet appel a un contenu : la communion avec le Fils (1 Co 1.9), la liberté (Ga 5.13), la sainteté, la lumière (1 P 2.9). Il a aussi une conséquence morale : Paul exhorte à « marcher d'une manière digne de la vocation » reçue (Ep 4.1). L'appel n'est pas un privilège à contempler mais une vie à habiter.

Pour la prédication, Matthieu 9.13 est décisif : Jésus n'est pas venu appeler des justes mais des pécheurs. L'appel de Dieu ne récompense pas ceux qui le mériteraient ; il s'adresse à ceux qui n'ont rien à faire valoir, comme les pauvres et les estropiés invités au festin. Et l'assurance du croyant ne repose pas sur la force de sa réponse, mais sur la fidélité de celui qui appelle.

Chaîne : Dieu qui appelle

  1. Gn 12.1 L'appel d'Abram : « L'Éternel dit à Abram: Va-t-en de ton pays, de ta patrie, et de la maison de ton père, dans le pays que je te montrerai. »
  2. Ex 3.4 Moïse ! Moïse ! : « L'Éternel vit qu'il se détournait pour voir; et Dieu l'appela du milieu du buisson, et dit: Moïse! Moïse! Et il répondit: Me voici! »
  3. 1 S 3.10 Parle, ton serviteur écoute : « L'Éternel vint et se présenta, et il appela comme les autres fois: Samuel, Samuel! Et Samuel répondit: Parle, car ton serviteur écoute. »
  4. És 43.1 Je t'appelle par ton nom : « Ainsi parle maintenant l'Éternel, qui t'a créé, ô Jacob! Celui qui t'a formé, ô Israël! Ne crains rien, car je te rachète, Je t'appelle par ton nom: tu es à moi! »
  5. Os 11.1 Mon fils hors d'Égypte : « Quand Israël était jeune, je l'aimais, Et j'appelai mon fils hors d'Égypte. »
  6. Mt 9.13 Appeler des pécheurs : « Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices. Car je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs. »
  7. Mc 1.20 L'appel des disciples : « Aussitôt, il les appela; et, laissant leur père Zébédée dans la barque avec les ouvriers, ils le suivirent. »
  8. Rm 8.30 Appelés, justifiés, glorifiés : « Et ceux qu'il a prédestinés, il les a aussi appelés; et ceux qu'il a appelés, il les a aussi justifiés; et ceux qu'il a justifiés, il les a aussi glorifiés. »
  9. 1 Co 1.9 Appelés à la communion : « Dieu est fidèle, lui qui vous a appelés à la communion de son Fils, Jésus-Christ notre Seigneur. »
  10. 1 P 2.9 Des ténèbres à la lumière : « Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, afin que vous annonciez les vertus de celui qui vous a appelés des ténèbres à son admirable lumière, »
  11. Ap 19.9 Les invités des noces : « Et l'ange me dit: Ecris: Heureux ceux qui sont appelés au festin de noces de l'agneau! Et il me dit: Ces paroles sont les véritables paroles de Dieu. »

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Bibliographie

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