phōnē φωνή
Strong G5456 · nom féminin · voix, son · 139 occurrences
Tout son perçu par l'oreille : la voix humaine, le cri, le bruit du vent ou de la trompette, et surtout la voix de Dieu qui se fait entendre du ciel. Dans le Nouveau Testament, entendre la voix, c'est être appelé à répondre.
Racine et étymologie
Le nom φωνή appartient à la famille du verbe φημί, « dire, déclarer », et de φάσκω, « affirmer ». La racine indo-européenne qu'on y reconnaît évoque le fait de parler, de faire connaître par la parole ; le latin fari, « parler », et fama, « ce qui se dit, la renommée », en sont des cousins éloignés. Dès Homère, φωνή désigne la voix d'un être vivant, homme ou animal, puis par extension tout son articulé ou non : le chant des oiseaux, le son d'un instrument, le langage d'un peuple.
De φωνή dérive le verbe φωνέω, « faire entendre sa voix, appeler », très fréquent dans les Évangiles (le coq qui chante, Jésus qui appelle un disciple). On retrouve aussi la racine dans σύμφωνος, « qui s'accorde, d'un même son », d'où notre « symphonie », et dans ἄφωνος, « sans voix, muet », que Paul applique aux idoles muettes (1 Co 12.2) et que les Actes reprennent pour l'agneau d'Ésaïe 53 resté silencieux devant celui qui le tond.
Le français a hérité du mot par le vocabulaire savant : « phonétique », « téléphone », « aphone », « polyphonie ». Ces emprunts gardent le sens premier, purement acoustique, alors que l'usage biblique charge le mot d'une dimension personnelle : une voix est toujours celle de quelqu'un qui s'adresse à quelqu'un.
Sens et emplois
La voix humaine qui parle ou qui crie
Le sens le plus courant : la voix d'une personne, souvent qualifiée de « grande » ou « forte » quand elle crie, prie ou proclame. Au Golgotha, le dernier cri de Jésus est rendu par φωνή.
« Mais Jésus, ayant poussé un grand cri, expira. »Mc 15.37, Segond 1910
Un son, un bruit sans parole
Le mot désigne aussi un phénomène sonore sans paroles articulées : le souffle du vent, le son des instruments, le grondement de la Pentecôte. Jésus en tire une image de la naissance par l'Esprit.
« Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. »Jn 3.8, Segond 1910
La voix venue du ciel
Au baptême et à la transfiguration, une voix céleste proclame l'identité de Jésus. Le Nouveau Testament ne décrit jamais Dieu, mais il rapporte sa voix : la révélation passe par l'écoute.
« Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. »Mt 3.17, Segond 1910
La voix du berger, qui appelle et rassemble
Dans l'Évangile de Jean, reconnaître la voix de Jésus est le signe de l'appartenance : les brebis ne suivent pas un étranger. La voix crée une relation de confiance.
« Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. »Jn 10.27, Segond 1910
Une langue, un parler
Par extension, φωνή désigne une langue humaine, un système de sons qui porte un sens. Paul s'en sert pour réclamer que la parole dans l'assemblée soit intelligible.
« Quelque nombreuses que puissent être dans le monde les diverses langues, il n'en est aucune qui ne soit une langue intelligible; »1 Co 14.10, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, φωνή traduit presque toujours l'hébreu qôl (H6963), qui a exactement la même amplitude : voix de l'homme, bruit du tonnerre, son du cor, voix de Dieu au Sinaï. Ce choix de traduction a permis au grec de recevoir tout l'héritage théologique de qôl : au Sinaï, Moïse rappelle au peuple : « vous entendîtes le son des paroles, mais vous ne vîtes point de figure » (Dt 4.12). Le Dieu d'Israël se fait entendre, il ne se donne pas à voir.
Le Nouveau Testament prolonge cette ligne. Jean-Baptiste se présente comme « la voix de celui qui crie dans le désert », reprise d'Ésaïe 40.3 où la Septante lit déjà φωνή pour qôl. L'Épître aux Hébreux cite le Psaume 95 : « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix ». Et l'Apocalypse, qui concentre à elle seule plus du tiers des emplois du mot, multiplie les voix célestes, les voix de trompette et de grandes eaux. Derrière le grec, c'est toujours l'hébreu qôl qu'il faut entendre : une voix qui appelle à l'obéissance.
Le débat
Les compagnons de Paul ont-ils entendu la voix sur le chemin de Damas (Ac 9.7) ou non (Ac 22.9) ?
- Une nuance de grammaire (lecture grammaticale traditionnelle) : En Actes 9.7, ἀκούω est suivi du génitif (entendre un son), en Actes 22.9 de l'accusatif (saisir le contenu). Les compagnons auraient perçu un bruit sans comprendre les paroles. Argument : le grec classique connaît parfois cette distinction.
- Entendre au sens de comprendre (Robert G. Bratcher, 1960) : La distinction entre génitif et accusatif ne tient pas de façon régulière dans le grec du Nouveau Testament. En revanche, ἀκούω peut signifier « comprendre » : en 22.9, les compagnons n'ont pas compris la voix, même s'ils l'ont entendue.
- Deux récits de fonction différente (exégèse narrative) : Luc raconte l'événement trois fois avec des variations voulues. Ce qui compte n'est pas l'acoustique, mais que seul Paul reçoit le message : la voix lui est adressée personnellement.
Les trois lectures s'accordent sur l'essentiel : les compagnons ont été témoins d'un phénomène réel, mais Paul seul a reçu une parole intelligible. Le sens de « comprendre » pour ἀκούω, bien attesté (1 Co 14.2), offre la solution la plus simple, sans faire reposer tout le poids sur une règle grammaticale fragile.
Portée théologique
La Bible privilégie l'oreille sur l'œil. Le Dieu d'Israël interdit les images, mais il parle ; et le Nouveau Testament, qui annonce le Verbe fait chair, continue de rapporter une voix venue du ciel au baptême et à la transfiguration. La foi naît de ce qu'on entend : la voix précède la vision et la rend possible.
L'Évangile de Jean donne à ce thème sa forme la plus personnelle. La voix du berger est reconnue par les brebis, parce qu'elle est celle de quelqu'un qui les connaît par leur nom. Devant le tombeau de Lazare, Jésus crie « d'une voix forte » et le mort sort : la voix qui appelle est aussi celle qui fait vivre. L'Apocalypse étend cette image à toute l'Église : le Christ se tient à la porte, il frappe, et la communion commence quand quelqu'un entend sa voix et ouvre.
Pour la prédication, l'avertissement de l'Épître aux Hébreux reste actuel : « Aujourd'hui, si vous entendez sa voix, N'endurcissez pas vos cœurs » (Hé 3.7-8). La voix de Dieu n'est pas un bruit de fond religieux ; elle appelle une réponse datée, aujourd'hui.
Chaîne : La voix qui appelle
- Gn 3.8 La voix de Dieu au jardin : « Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. »
- Dt 4.12 Une voix sans figure au Sinaï : « Et l'Éternel vous parla du milieu du feu; vous entendîtes le son des paroles, mais vous ne vîtes point de figure, vous n'entendîtes qu'une voix. »
- 1 R 19.12 Le murmure à Élie : « Et après le tremblement de terre, un feu: l'Éternel n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. »
- Ps 95.7 Si vous pouviez écouter aujourd'hui : « Car il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit... Oh! si vous pouviez écouter aujourd'hui sa voix! »
- És 40.3 Une voix crie au désert : « Une voix crie: Préparez au désert le chemin de l'Éternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu. »
- Mt 3.17 La voix au baptême : « Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. »
- Jn 5.25 Les morts entendront : « En vérité, en vérité, je vous le dis, l'heure vient, et elle est déjà venue, où les morts entendront la voix du Fils de Dieu; et ceux qui l'auront entendue vivront. »
- Jn 10.27 Les brebis et le berger : « Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. »
- Ac 9.4 Saul, Saul : « Il tomba par terre, et il entendit une voix qui lui disait: Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu? »
- Ap 3.20 Celui qui frappe à la porte : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. »
Mots apparentés
- qôl קוֹל : voix, son
- akouō ἀκούω : entendre, écouter
- logos λόγος : parole, compte, raison
- šāmaʿ שָׁמַע : entendre, écouter, obéir
- kaleō καλέω : appeler, nommer, inviter
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- dābār : parole ; chose, affaire
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- graphē : écrit, Écriture
- alētheia : vérité
- apokalypsis : révélation, dévoilement
Anecdotes pour prêcher ce mot
- La marée montante de Wigtown : le martyre de Margaret Wilson (Margaret Wilson, 11 mai 1685)
- Le cantique retrouvé dans la malle : Philip Bliss et Ashtabula (Philip Bliss, 29 décembre 1876)
- Le Messie composé en vingt-quatre jours : Haendel au bord de l'échec (Georg Friedrich Haendel, 22 août - 14 septembre 1741)
- Le train de cinq heures : la conversion de Sadhu Sundar Singh (Sadhu Sundar Singh, décembre 1904)
- Les brebis qui reconnaissent la voix de leur berger en Orient (Le berger d'Orient, XIXe siècle et toujours)
- Mort à genoux : les derniers jours de David Livingstone (David Livingstone, 1er mai 1873)
- Mourir sur un lit de cendres : les derniers jours de Saint Louis (Louis IX (Saint Louis), 25 août 1270)
- Noyé dans la Limmat : Felix Manz, premier martyr anabaptiste de Zurich (Felix Manz, 5 janvier 1527)
- Pourquoi se lève-t-on pendant l'Alléluia du Messie de Haendel ? (Georg Friedrich Haendel, 23 mars 1743)
- Quinze fous en un sermon : le premier sermon de George Whitefield (George Whitefield, 27 juin 1736)
- Un baptême trop longtemps repoussé : la mort de l'empereur Constantin (Constantin Ier, mai 337)
- Une Bible ouverte sur le cercueil : les funérailles de Spurgeon (Charles Spurgeon, février 1892)
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Otto Betz, art. « φωνή », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 9. voir sur Amazon
- G. Abbott-Smith, A Manual Greek Lexicon of the New Testament, Édimbourg, T&T Clark, 1922. voir sur Amazon
- Raymond E. Brown, The Gospel according to John, Anchor Bible 29-29A, 1966-1970. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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