akouō ἀκούω

Strong G191 · verbe · entendre, écouter · 427 occurrences

Le verbe grec de l'audition, qui va de la simple perception d'un son à l'écoute attentive et obéissante. Héritier du šāmaʿ hébreu, il devient dans le Nouveau Testament le mot de la foi qui naît de la parole : « Que celui qui a des oreilles pour entendre entende. »

Racine et étymologie

Ἀκούω est le verbe usuel du grec pour « entendre ». Son étymologie précise est discutée : les dictionnaires étymologiques y reconnaissent un mot ancien, sans parenté sûre hors du grec. On en retrouve la trace en français savant dans « acoustique ». Comme beaucoup de verbes de perception, il a un parfait à redoublement particulier, ἀκήκοα, « j'ai entendu », que l'on lit au début de la Première Épître de Jean : « ce que nous avons entendu » (1 Jn 1.1).

Le verbe se construit avec le génitif ou l'accusatif. Les grammaires classiques notent une tendance à employer le génitif pour la personne ou le son que l'on entend, et l'accusatif pour le contenu, la chose apprise. Cette nuance, réelle mais souple, intervient dans l'interprétation de certains passages des Actes (voir le débat ci-dessous).

De la même racine vient le nom ἀκοή (G189), « ouïe, audition, message entendu » : « la foi vient de ce qu'on entend » (Rm 10.17). Les composés sont nombreux et parlants : ὑπακούω, « écouter en dessous », c'est-à-dire obéir, d'où ὑπακοή, « obéissance » ; παρακούω, « entendre de travers », d'où « désobéir ». L'outil de comptage du site relève 427 emplois d'ἀκούω dans le Nouveau Testament, le plus grand nombre dans les Actes (89) et les Évangiles.

Sens et emplois

  1. Entendre, percevoir un son

    Le sens physique : la faculté d'entendre, que Jésus rend aux sourds parmi les signes de la venue du Royaume.

    « les sourds entendent, les morts ressuscitent, »Mt 11.5, Segond 1910
  2. Apprendre une nouvelle

    Entendre dire, être informé. La prédication de Pierre à la Pentecôte est « entendue » au point de bouleverser les auditeurs.

    « Après avoir entendu ce discours, ils eurent le cœur vivement touché, »Ac 2.37, Segond 1910
  3. Écouter et comprendre

    Entendre au sens fort : saisir et recevoir. Jésus dénonce, avec Ésaïe 6.9, une audition qui reste extérieure.

    « en entendant ils n'entendent ni ne comprennent. »Mt 13.13, Segond 1910
  4. Écouter pour obéir

    Comme le šāmaʿ hébreu, écouter implique de mettre en pratique. La parabole des deux maisons repose sur ce lien.

    « quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent »Mt 7.24, Segond 1910
  5. L'appel à entendre

    La formule « que celui qui a des oreilles entende » ponctue les paraboles et les lettres de l'Apocalypse : elle demande une écoute personnelle et décidée.

    « Que celui qui a des oreilles entende ce que l'Esprit dit aux Églises: »Ap 2.7, Segond 1910
  6. Dieu qui écoute

    Appliqué à Dieu, le verbe signifie « exaucer » la prière. L'aveugle guéri argumente à partir de cette conviction.

    « si quelqu'un l'honore et fait sa volonté, c'est celui là qu'il exauce. »Jn 9.31, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, ἀκούω traduit principalement l'hébreu šāmaʿ (H8085), l'un des verbes majeurs de l'Ancien Testament. Or šāmaʿ ne signifie pas seulement « entendre », mais aussi « écouter », « exaucer » et « obéir » : l'hébreu n'a pas de mot distinct pour l'obéissance. En reprenant ce verbe, le grec biblique se charge d'un sens moral et religieux que l'usage profane n'avait pas au même degré.

Le Chema, la confession de foi d'Israël, commence par ce verbe : « Écoute, Israël ! » (Dt 6.4). Jésus le cite tel quel lorsqu'on lui demande le premier commandement (Mc 12.29, ἄκουε). Le même appel retentit à la Transfiguration, où la voix venue de la nuée ordonne : « écoutez-le ! » (Mt 17.5), écho de la promesse du prophète semblable à Moïse (Dt 18.15). La Vulgate rend le verbe par audire, et ses composés par oboedire (de ob-audire, « écouter en face »), qui a donné notre « obéir ». Segond traduit selon le contexte par « entendre », « écouter » ou « exaucer ».

Le débat

Les récits de la conversion de Paul se contredisent-ils ? En Actes 9.7 les compagnons « entendaient la voix », en Actes 22.9 ils « n'entendirent pas la voix ».

La nuance de cas existe, mais elle ne suffit pas seule à trancher. Le sens d'ἀκούω, qui va de la perception à la compréhension, offre toutefois une solution simple : les compagnons ont perçu un phénomène sonore sans recevoir la parole adressée à Paul. Les deux récits disent ensemble que la révélation lui était personnellement destinée.

Portée théologique

La foi biblique est d'abord une affaire d'oreille. Israël n'a vu « point de figure » au Sinaï, il a entendu une voix (Dt 4.12), et sa confession commence par « Écoute ». Le Nouveau Testament reste fidèle à cette logique : « la foi vient de ce qu'on entend » (Rm 10.17), et l'on ne peut croire en celui dont on n'a pas entendu parler (Rm 10.14). C'est pourquoi la prédication est au cœur de la mission.

Mais l'écoute biblique n'est jamais passive. Entendre sans mettre en pratique, c'est bâtir sur le sable (Mt 7.24-27) ; Jacques parle même de se tromper soi-même (Jc 1.22). Jésus déclare heureux non ceux qui l'ont vu ou porté, mais « ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent » (Lc 11.28). L'écoute véritable devient obéissance, ce que le grec exprime par le composé ὑπακούω.

Enfin, écouter est une relation. Les brebis entendent la voix du berger parce qu'elles le connaissent (Jn 10.27), et le Christ ressuscité se tient à la porte en attendant que quelqu'un entende sa voix (Ap 3.20). L'invitation de Jacques à être « prompt à écouter, lent à parler » (Jc 1.19) vaut pour la relation à Dieu comme pour la vie fraternelle.

Chaîne : Écouter la voix de Dieu

  1. Dt 6.4 Écoute, Israël : « Ecoute, Israël! l'Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel. »
  2. És 6.9 Entendre sans comprendre : « Il dit alors: Va, et dis à ce peuple: Vous entendrez, et vous ne comprendrez point; Vous verrez, et vous ne saisirez point. »
  3. Mt 7.24 Entendre et mettre en pratique : « C'est pourquoi, quiconque entend ces paroles que je dis et les met en pratique, sera semblable à un homme prudent qui a bâti sa maison sur le roc. »
  4. Mt 13.13 Les paraboles : « C'est pourquoi je leur parle en paraboles, parce qu'en voyant ils ne voient point, et qu'en entendant ils n'entendent ni ne comprennent. »
  5. Mt 17.5 « Écoutez-le ! » : « Comme il parlait encore, une nuée lumineuse les couvrit. Et voici, une voix fit entendre de la nuée ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection: écoutez-le! »
  6. Mc 12.29 Le premier commandement : « Jésus répondit: Voici le premier: Ecoute, Israël, le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur; »
  7. Lc 11.28 Heureux ceux qui écoutent : « Et il répondit: Heureux plutôt ceux qui écoutent la parole de Dieu, et qui la gardent! »
  8. Jn 10.27 Mes brebis entendent ma voix : « Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. »
  9. Rm 10.17 La foi vient de ce qu'on entend : « Ainsi la foi vient de ce qu'on entend, et ce qu'on entend vient de la parole de Christ. »
  10. Jc 1.22 Ne pas seulement écouter : « Mettez en pratique la parole, et ne vous bornez pas à l'écouter, en vous trompant vous-mêmes par de faux raisonnements. »
  11. Ap 3.20 Si quelqu'un entend ma voix : « Voici, je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu'un entend ma voix et ouvre la porte, j'entrerai chez lui, je souperai avec lui, et lui avec moi. »

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Bibliographie

Pour aller plus loin

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