qôl קוֹל
Strong H6963 · nom masculin · voix, son · 506 occurrences
Tout ce qui se fait entendre : la voix humaine, le cri, le bruit, le son de la trompette, le tonnerre. La voix de Dieu se fait entendre dans la création et au Sinaï, et « écouter sa voix » devient l'expression même de l'obéissance.
Racine et étymologie
Qôl est un nom ancien, sans verbe hébreu correspondant d'usage courant ; des mots apparentés existent dans d'autres langues sémitiques, comme l'araméen qāl et l'arabe qāla, « dire ». Le terme désigne d'abord le son en général, avant de se spécialiser dans la voix. C'est ce qui explique l'étendue de ses emplois : une voix qui parle, un cri qui appelle au secours, le bruit d'une foule, le son d'un instrument ou le grondement du tonnerre.
Au pluriel, qōlôt désigne souvent le tonnerre : au Sinaï, il y eut « des tonnerres », littéralement « des voix » (Ex 19.16). Le même mot sert donc pour la voix de Dieu et pour le phénomène naturel qui l'accompagne, ce qui permet aux psalmistes de jouer sur les deux sens. STEPBible signale un homonyme rare, qōl, « légèreté », sans lien de sens.
La formule šāmaʿ beqôl, « écouter la voix de », est très fréquente. Elle ne désigne pas seulement l'audition, mais l'obéissance : écouter la voix de quelqu'un, c'est faire ce qu'il dit.
Sens et emplois
La voix, le son d'une présence
Le premier emploi biblique est déjà théologique : après la faute, l'homme entend la voix, ou le bruit, de Dieu qui vient dans le jardin, et il se cache.
« Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, »Gn 3.8, Segond 1910
Le cri
Le mot peut désigner un appel muet devenu voix : le sang d'Abel « crie » vers Dieu. Le cri des victimes n'est jamais perdu pour lui.
« La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi. »Gn 4.10, Segond 1910
Écouter la voix : obéir
Au Sinaï, la condition de l'alliance est formulée ainsi : écouter la voix de Dieu, c'est garder son alliance.
« Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m'appartiendrez entre tous les peuples, »Ex 19.5, Segond 1910
Une voix sans figure
Israël n'a pas vu de forme au Sinaï, il a entendu une voix. Ce fait fonde l'interdiction des images : Dieu se révèle par la parole.
« vous entendîtes le son des paroles, mais vous ne vîtes point de figure, vous n'entendîtes qu'une voix. »Dt 4.12, Segond 1910
Le tonnerre, voix de Dieu
Le Psaume 29 répète sept fois « la voix de l'Éternel » : l'orage devient la manifestation de la puissance du Créateur.
« La voix de l'Éternel retentit sur les eaux, Le Dieu de gloire fait gronder le tonnerre; »Ps 29.3, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend qôl principalement par φωνή, « voix, son », qui a la même amplitude que le mot hébreu. Les deux termes peuvent désigner aussi bien une parole articulée qu'un bruit. C'est pourquoi le Nouveau Testament parle de la « voix » d'une trompette ou des « voix » du tonnerre dans l'Apocalypse, exactement comme l'hébreu.
La passerelle la plus célèbre est Ésaïe 40.3, « une voix crie », que les quatre Évangiles appliquent à Jean-Baptiste : il est « la voix de celui qui crie dans le désert ». Au baptême et à la transfiguration, une « voix » venue du ciel désigne Jésus comme le Fils bien-aimé, dans la continuité de la voix du Sinaï. La Vulgate a rendu qôl par « vox », d'où « voix » en français.
Le débat
En 1 Rois 19.12, que désigne le qôl demāmâ daqqâ qu'entend Élie à l'Horeb ?
- Un murmure doux (Lecture traditionnelle) : Après le vent, le tremblement de terre et le feu, Dieu se manifeste dans un son très léger. Segond traduit « un murmure doux et léger ». La leçon : Dieu n'agit pas seulement dans le spectaculaire.
- Une voix de fin silence (Lecture littérale) : Demāmâ signifie plutôt « silence, calme ». L'expression serait un paradoxe : « le son d'un silence ténu ». Dieu se manifeste dans ce qui est presque inaudible, au-delà de tout phénomène.
- Une voix qui suit le silence (Exégèse narrative) : Le silence prépare la parole : au verset 13, une voix parle effectivement à Élie. La scène reprend celle du Sinaï, mais pour renvoyer le prophète à sa mission plutôt que pour l'impressionner.
Le mot qôl est volontairement ambigu, entre « son » et « voix ». L'expression souligne le contraste avec les phénomènes du Sinaï : Dieu n'est pas dans le tonnerre et le feu, mais il parle. Que l'on traduise « murmure » ou « silence », le récit conduit à une parole adressée, qui relance la mission d'Élie.
Portée théologique
Le Dieu d'Israël est un Dieu qui parle. Deutéronome 4 en tire une conséquence décisive : au Sinaï, le peuple n'a vu aucune forme, il n'a entendu qu'une voix ; c'est pourquoi il ne doit fabriquer aucune image. La relation avec Dieu passe par l'écoute plus que par la vision. Le Shema, « Écoute, Israël », et la formule « écouter la voix » expriment la foi comme obéissance confiante.
La voix de Dieu se fait entendre de bien des manières : dans le tonnerre du Psaume 29, dans le « murmure doux et léger » de l'Horeb, dans le cri d'une voix qui prépare le chemin au désert. Elle répond aussi à d'autres voix : celle du sang d'Abel, celle des pleurs de Rachel à Rama, celle des pauvres qui crient. Pour la prédication, le Psaume 95 donne l'actualité de ce mot : « Oh ! si vous pouviez écouter aujourd'hui sa voix ! » Le Nouveau Testament l'entend dans la voix du Fils, que ses brebis reconnaissent.
Chaîne : La voix de Dieu
- Gn 3.8 La voix dans le jardin : « Alors ils entendirent la voix de l'Éternel Dieu, qui parcourait le jardin vers le soir, et l'homme et sa femme se cachèrent loin de la face de l'Éternel Dieu, au milieu des arbres du jardin. »
- Gn 22.18 Abraham a obéi à la voix : « Toutes les nations de la terre seront bénies en ta postérité, parce que tu as obéi à ma voix. »
- Ex 19.5 Écouter la voix au Sinaï : « Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m'appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi; »
- Dt 4.12 Une voix sans figure : « Et l'Éternel vous parla du milieu du feu; vous entendîtes le son des paroles, mais vous ne vîtes point de figure, vous n'entendîtes qu'une voix. »
- 1 R 19.12 Le murmure à l'Horeb : « Et après le tremblement de terre, un feu: l'Éternel n'était pas dans le feu. Et après le feu, un murmure doux et léger. »
- Ps 29.3 La voix sur les eaux : « La voix de l'Éternel retentit sur les eaux, Le Dieu de gloire fait gronder le tonnerre; L'Éternel est sur les grandes eaux. »
- Ps 95.7 Aujourd'hui, sa voix : « Car il est notre Dieu, Et nous sommes le peuple de son pâturage, Le troupeau que sa main conduit... Oh! si vous pouviez écouter aujourd'hui sa voix! »
- És 40.3 Une voix crie : « Une voix crie: Préparez au désert le chemin de l'Éternel, Aplanissez dans les lieux arides Une route pour notre Dieu. »
- Mt 3.17 La voix du baptême : « Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection. »
- Jn 10.27 Mes brebis entendent ma voix : « Mes brebis entendent ma voix; je les connais, et elles me suivent. »
Mots apparentés
- šāmaʿ שָׁמַע : entendre, écouter, obéir
- dābar דָּבַר : parler
- qārāʾ קָרָא : appeler, crier, invoquer, lire
- akouō ἀκούω : entendre, écouter
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- dābār : parole ; chose, affaire
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- logos : parole, compte, raison
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- graphē : écrit, Écriture
- alētheia : vérité
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Ambroise Paré épargné par le roi pendant la Saint-Barthélemy (Ambroise Paré, 24 août 1572)
- L'arc-en-ciel : pourquoi chacun voit le sien, le soleil dans le dos (L'arc-en-ciel, toujours)
- La fumée de mille villages : Robert Moffat et l'appel de Livingstone (Robert Moffat, vers 1840)
- La marée qui s'arrête où Dieu l'a dit : la mer et ses limites (La marée, toujours)
- Le berger qui voulait lire le grec : John Brown de Haddington (John Brown de Haddington, vers 1738)
- Le chloroforme et le sommeil d'Adam : James Simpson répond aux objections (James Young Simpson, 4 novembre 1847)
- Les cent de Mount Hermon : naissance d'un mouvement missionnaire (Dwight L. Moody, juillet 1886)
- Les notes de Bach dans sa Bible : « Dieu est toujours présent avec sa grâce » (Jean-Sébastien Bach, 1733)
- Quatre cents kilomètres à pied : Bach part écouter Buxtehude (Jean-Sébastien Bach, 1705-1706)
- Une Bible, quelques pièces et un billet de train : le départ de Gladys Aylward (Gladys Aylward, octobre 1932)
- Une manière simple de prier : la lettre de Luther à son barbier (Martin Luther, 1535)
- « Dieu m'a parlé » : l'appel de Florence Nightingale à seize ans (Florence Nightingale, 7 février 1837)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1906, art. « qôl ». voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, art. « qôl ». voir sur Amazon
- Theological Dictionary of the Old Testament, art. « qôl ». voir sur Amazon
- Otto Betz, art. « φωνή », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 9. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Parole de Dieu ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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