peh פֶּה
Strong H6310 · nom masculin · bouche · 497 occurrences
La bouche, organe du corps, mais surtout lieu d'où sort la parole. Par extension : l'ouverture d'un puits ou d'un sac, le tranchant de l'épée, l'ordre donné par quelqu'un. Appliqué à Dieu, c'est la source de la parole qui crée, commande et fait vivre.
Racine et étymologie
Peh est un des mots les plus anciens et les plus simples de l'hébreu : un nom bilitère, sans verbe dont il dériverait, qui appartient au fonds commun des langues sémitiques. On retrouve le même mot en akkadien (pû), en araméen (pum, pûm) et en arabe (fam, fū). Cette parenté montre qu'il s'agit d'un terme de base du vocabulaire du corps, comme « main », « œil » ou « tête », et non d'une création savante.
La forme change beaucoup selon la construction. Devant un complément, le mot devient pî (« la bouche de ») ; avec les suffixes possessifs, on lit pî, « ma bouche », pîkā, « ta bouche », pîw, « sa bouche ». Ces formes courtes expliquent qu'un lecteur débutant ne reconnaisse pas toujours le mot dans le texte. Le pluriel est rare et s'applique surtout aux tranchants d'une épée.
L'hébreu tire de ce mot plusieurs locutions prépositionnelles très fréquentes. Lepî signifie « selon, à proportion de » : on mange la manne ou l'on partage la terre « selon » le nombre des personnes. ʿal-pî veut dire « sur l'ordre de » : c'est ainsi que Segond traduit, en Genèse 45.21, que Joseph donna des chars « selon l'ordre de Pharaon ». Une bonne part des 497 emplois relève donc de ces tournures, où la bouche est devenue le symbole de la décision prononcée.
Par analogie de forme, peh désigne aussi toute ouverture : l'orifice d'un puits, d'un sac, d'une caverne, d'une tunique. Et, par une image saisissante, l'épée a une « bouche » qui « dévore » : lepî-ḥereb, « au fil de l'épée » (Jos 6.21), littéralement « selon la bouche de l'épée ».
Sens et emplois
L'organe du corps, don du Créateur
Au sens premier, la bouche humaine ou animale. Quand Moïse se dit incapable de parler, Dieu lui rappelle qu'il est l'auteur de cet organe : la capacité de parler est un don, non une performance.
« Qui a fait la bouche de l'homme? »Ex 4.11, Segond 1910
La bouche comme source de la parole
Le sens le plus riche théologiquement : la bouche est le lieu d'où la parole sort et agit. Dans les textes prophétiques, la bouche de Dieu garantit l'origine divine d'un message.
« Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: »És 55.11, Segond 1910
Ouverture, orifice
Par analogie, toute ouverture : celle d'un puits, d'un sac de grain ou d'une grotte. La terre elle-même « ouvre sa bouche » pour boire le sang d'Abel (Gn 4.11).
« Et la pierre sur l'ouverture du puits était grande. »Gn 29.2, Segond 1910
L'ordre, le commandement
Dans la locution ʿal-pî, « sur la bouche de », le mot désigne l'ordre donné. Segond le rend souvent par « selon l'ordre » ou par un verbe : Israël voyage selon ce que Dieu a prononcé.
« selon les marches que l'Éternel leur avait ordonnées; »Ex 17.1, Segond 1910
« Bouche à bouche » : la relation directe
L'expression peh ʾel-peh décrit la relation unique de Moïse avec Dieu : une communication sans intermédiaire ni énigme, qui fonde l'autorité de son ministère.
« Je lui parle bouche à bouche, je me révèle à lui sans énigmes, »Nb 12.8, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit peh, au sens propre, par στόμα (stoma), « bouche », mot que le Nouveau Testament reprend dans tous ses emplois : la bouche qui confesse, celle qui bénit et maudit, mais aussi la « bouche de l'épée » (Lc 21.24 ; Hé 11.34), calque direct de l'hébreu. Quand Jésus répond au tentateur en citant Deutéronome 8.3, le grec de Matthieu 4.4 dit « de toute parole qui sort de la bouche de Dieu » : c'est le peh hébreu qui affleure derrière le stoma grec.
Les locutions, en revanche, ne sont pas traduites mot à mot. Lepî devient le plus souvent κατά (« selon ») et ʿal-pî est rendu par un mot comme « parole » ou « ordre ». Le traducteur français doit faire de même : Segond écrit tantôt « bouche », tantôt « ouverture », « tranchant », « ordre » ou « selon », et rien dans sa traduction ne permet de savoir que c'est le même mot hébreu. La Vulgate, elle, emploie os, oris, d'où notre adjectif « oral ».
Le débat
Quand l'Écriture parle de la « bouche de l'Éternel », faut-il y voir une simple image ou l'affirmation d'une parole réellement communiquée ?
- Un anthropomorphisme à décoder (Tradition rabbinique médiévale et philosophique) : Dieu n'ayant pas de corps, la « bouche » désigne seulement la volonté divine rendue intelligible. Argument : l'Écriture parle de même du bras, de la main ou des yeux de Dieu, toujours au figuré.
- Une formule d'authentification (Exégèse historico-critique) : L'expression « car la bouche de l'Éternel a parlé » fonctionne d'abord comme une formule prophétique qui signe un oracle et lui confère autorité. Argument : sa place fixe, en fin d'oracle, chez Ésaïe notamment.
- La parole comme acte personnel (Lecture théologique canonique) : Le langage corporel n'est pas un défaut à corriger : il dit que Dieu parle vraiment, en personne, et que sa parole a la force d'un acte. Argument : la création « par le souffle de sa bouche » (Ps 33.6) et la relation « bouche à bouche » avec Moïse.
Les trois lectures se complètent. Personne ne prétend que Dieu ait un organe physique ; mais réduire l'image à une idée abstraite ferait perdre ce que le texte veut dire : une parole qui sort de quelqu'un, qui engage celui qui la prononce et qui accomplit ce qu'elle dit. La formule prophétique en est la forme littéraire, la théologie de la création en est le fond.
Portée théologique
Le Dieu de la Bible n'est pas une idole muette : il a une « bouche ». Les psaumes se moquent des idoles qui « ont une bouche et ne parlent point » ; par contraste, l'Éternel parle, et sa parole fait exister le monde. « Les cieux ont été faits par la parole de l'Éternel, Et toute leur armée par le souffle de sa bouche » (Ps 33.6). La bouche de Dieu n'est donc pas une image décorative : elle désigne la source de toute réalité.
Le Deutéronome tire de cette conviction une leçon de vie. Au désert, Israël a appris « que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel » (Dt 8.3). Jésus reprend cette phrase au moment de la tentation : le croyant se nourrit d'une parole reçue, pas seulement de ce qu'il produit lui-même.
La bouche humaine, à son tour, est le lieu d'une responsabilité. Moïse doute de la sienne, Ésaïe la sait impure et la voit purifiée par le charbon de l'autel, Jérémie reçoit les paroles de Dieu dans la sienne. La prière du psalmiste résume l'attitude juste : « Éternel, mets une garde à ma bouche, Veille sur la porte de mes lèvres! » (Ps 141.3). Pour la prédication, ce fil permet de relier la doctrine de la révélation à l'éthique très concrète de la parole quotidienne.
Chaîne : La parole qui sort de la bouche de Dieu
- Ex 4.11 Le Créateur de la bouche : « L'Éternel lui dit: Qui a fait la bouche de l'homme? et qui rend muet ou sourd, voyant ou aveugle? N'est-ce pas moi, l'Éternel? »
- Nb 12.8 Bouche à bouche avec Moïse : « Je lui parle bouche à bouche, je me révèle à lui sans énigmes, et il voit une représentation de l'Éternel. Pourquoi donc n'avez-vous pas craint de parler contre mon serviteur, contre Moïse? »
- Dt 8.3 Vivre de ce qui sort de sa bouche : « Il t'a humilié, il t'a fait souffrir de la faim, et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel. »
- Dt 18.18 Le prophète à venir : « Je leur susciterai du milieu de leurs frères un prophète comme toi, je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai. »
- Ps 19.15 Les paroles de ma bouche : « Reçois favorablement les paroles de ma bouche Et les sentiments de mon cœur, Ô Éternel, mon rocher et mon libérateur! »
- Ps 33.6 Le souffle créateur : « Les cieux ont été faits par la parole de l'Éternel, Et toute leur armée par le souffle de sa bouche. »
- Ps 141.3 Une garde à ma bouche : « Éternel, mets une garde à ma bouche, Veille sur la porte de mes lèvres! »
- És 6.7 La bouche purifiée : « Il en toucha ma bouche, et dit: Ceci a touché tes lèvres; ton iniquité est enlevée, et ton péché est expié. »
- És 55.11 La parole efficace : « Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: Elle ne retourne point à moi sans effet, Sans avoir exécuté ma volonté Et accompli mes desseins. »
- Jr 1.9 Des paroles mises dans la bouche : « Puis l'Éternel étendit sa main, et toucha ma bouche; et l'Éternel me dit: Voici, je mets mes paroles dans ta bouche. »
- Mt 4.4 Jésus cite le Deutéronome : « Jésus répondit: Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
- Rm 10.9 La bouche qui confesse : « Si tu confesses de ta bouche le Seigneur Jésus, et si tu crois dans ton cœur que Dieu l'a ressuscité des morts, tu seras sauvé. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- dābār : parole ; chose, affaire
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- logos : parole, compte, raison
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Anecdotes pour prêcher ce mot
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Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, s.v. פֶּה. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000, s.v. פֶּה. voir sur Amazon
- G. Johannes Botterweck, Helmer Ringgren, Heinz-Josef Fabry (éd.), Theological Dictionary of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, art. « peh ». voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer, Bruce K. Waltke (éd.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Bouche » et « Parole de Dieu ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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