šēm שֵׁם

Strong H8034 · nom masculin · nom, renom · 864 occurrences

Le nom qui désigne une personne ou une chose, mais aussi la réputation qu'elle laisse et la présence qu'elle rend accessible. Appliqué à Dieu, « le Nom » dit Dieu lui-même en tant qu'il se fait connaître et se laisse invoquer.

Racine et étymologie

Šēm est un mot très ancien, commun aux langues sémitiques : l'akkadien dit šumu, l'araméen šum (la forme de Daniel et d'Esdras), l'arabe ism. L'étymologie profonde reste discutée. Certains ont rapproché le mot d'une racine signifiant « être élevé », d'autres d'une racine signifiant « marquer, signer » ; aucune de ces hypothèses ne s'impose. Comme souvent, c'est l'usage qui définit le sens.

Le mot est très fréquent : il figure parmi les noms les plus employés de la Bible hébraïque, avec une forte concentration dans la Genèse (généalogies, noms donnés aux enfants) et dans les Psaumes (louange du Nom divin). Il ne faut pas le confondre avec Sem, le fils de Noé, qui s'écrit de la même manière mais que les lexiques classent à part (H8035).

Dans le monde ancien, le nom n'est pas une simple étiquette. Nommer, c'est reconnaître une nature ou exercer une autorité : l'homme nomme les animaux, Dieu change le nom d'Abram en Abraham. Être « sans nom », c'est être effacé de la mémoire. Le nom prolonge la personne, au point que l'on peut parler du nom comme on parlerait d'elle.

Sens et emplois

  1. Le nom d'un être

    Le sens courant : le mot par lequel on appelle quelqu'un ou quelque chose. Donner le nom, c'est prendre part à l'ordre de la création.

    « afin que tout être vivant portât le nom que lui donnerait l'homme. »Gn 2.19, Segond 1910
  2. Réputation, renom

    Le nom, c'est aussi ce que les autres disent de quelqu'un, la mémoire qu'il laisse. Segond rend alors šēm par « réputation ».

    « La réputation est préférable à de grandes richesses, »Pr 22.1, Segond 1910
  3. Se faire un nom

    Chercher la gloire par soi-même. À Babel, les hommes veulent se faire un nom ; au chapitre suivant, c'est Dieu qui promet de rendre grand le nom d'Abram.

    « et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. »Gn 11.4, Segond 1910
  4. Le Nom de Dieu révélé

    Dieu se fait connaître par un nom propre, YHWH, qui le rend présent et invocable. Ce nom est confié à Israël pour toutes les générations.

    « Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération. »Ex 3.15, Segond 1910
  5. Le lieu où Dieu place son Nom

    Dans le Deutéronome, Dieu choisit un lieu « pour y placer son nom » : manière de dire sa présence réelle au sanctuaire sans l'y enfermer.

    « au lieu que l'Éternel, votre Dieu, choisira parmi toutes vos tribus pour y placer son nom. »Dt 12.5, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit šēm par ὄνομα, le mot grec ordinaire pour « nom ». Mais en reprenant les expressions hébraïques (« invoquer le nom », « à cause de son nom », « sanctifier le nom »), elle charge ὄνομα d'un sens que le grec profane ne connaissait pas. Le Nouveau Testament hérite de ce vocabulaire : « Que ton nom soit sanctifié » dans la prière du Seigneur est une phrase hébraïque en habits grecs.

Le passage le plus frappant est la citation de Joël : « quiconque invoquera le nom de l'Éternel sera sauvé » (Jl 2.32), que Pierre et Paul appliquent à Jésus (Ac 2.21 ; Rm 10.13). Le « nom » qui sauve devient celui de Jésus : « il n'y a sous le ciel aucun autre nom » (Ac 4.12). Philippiens 2.9 va jusqu'à dire que Dieu lui a donné « le nom qui est au-dessus de tout nom ». La Vulgate rend le mot par « nomen ».

Le débat

Quand le Deutéronome dit que Dieu « place son nom » au sanctuaire, s'agit-il d'une théologie qui éloigne Dieu du Temple, ou d'une simple formule de propriété ?

Richter a montré que l'arrière-plan de l'expression est un idiome royal de propriété, ce qui fragilise l'idée d'une présence « diminuée ». Mais la question de von Rad reste juste : le Nom permet de dire à la fois que Dieu est réellement là (1 R 8.29) et que les cieux ne peuvent le contenir. Les deux affirmations coexistent dans la prière de Salomon.

Portée théologique

Le Dieu de la Bible n'est pas un principe anonyme : il a un nom, il le donne, et il accepte d'être appelé. Ce don est un risque, car un nom peut être profané. D'où le troisième commandement : « Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain » (Ex 20.7). Prendre le Nom en vain, ce n'est pas seulement jurer ; c'est se servir de Dieu pour couvrir ses propres projets, ce que faisaient déjà les bâtisseurs de Babel en voulant « se faire un nom ».

Le fil biblique va de l'homme qui veut un nom au Dieu qui en donne un. Abram reçoit gratuitement ce que Babel cherchait à conquérir. Quand Israël déshonore le Nom parmi les nations, Dieu promet d'agir « à cause de mon saint nom » (Éz 36.22) : sa fidélité à lui-même devient la garantie du salut de son peuple. Pour la prédication, c'est une parole de consolation : le psalmiste est conduit « à cause de son nom » (Ps 23.3), et non à cause de ses mérites. Le Nouveau Testament, enfin, ose reconnaître dans le nom de Jésus ce Nom qu'on invoque pour être sauvé.

Chaîne : Le Nom qui sauve

  1. Gn 4.26 On invoque le Nom : « Seth eut aussi un fils, et il l'appela du nom d'Enosch. C'est alors que l'on commença à invoquer le nom de l'Éternel. »
  2. Gn 11.4 Se faire un nom : « Ils dirent encore: Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. »
  3. Gn 12.2 Le nom d'Abram rendu grand : « Je ferai de toi une grande nation, et je te bénirai; je rendrai ton nom grand, et tu seras une source de bénédiction. »
  4. Ex 3.15 Le Nom révélé : « Dieu dit encore à Moïse: Tu parleras ainsi aux enfants d'Israël: L'Éternel, le Dieu de vos pères, le Dieu d'Abraham, le Dieu d'Isaac et le Dieu de Jacob, m'envoie vers vous. Voilà mon nom pour l'éternité, voilà mon nom de génération en génération. »
  5. Ex 20.7 Ne pas le prendre en vain : « Tu ne prendras point le nom de l'Éternel, ton Dieu, en vain; car l'Éternel ne laissera point impuni celui qui prendra son nom en vain. »
  6. Dt 12.5 Le lieu du Nom : « Mais vous le chercherez à sa demeure, et vous irez au lieu que l'Éternel, votre Dieu, choisira parmi toutes vos tribus pour y placer son nom. »
  7. 1 R 8.29 Là sera mon nom : « Que tes yeux soient nuit et jour ouverts sur cette maison, sur le lieu dont tu as dit: Là sera mon nom! Ecoute la prière que ton serviteur fait en ce lieu. »
  8. Ps 8.2 Que ton nom est magnifique : « Au chef des chantres. Sur la guitthith. Psaume de David. Éternel, notre Seigneur! Que ton nom est magnifique sur toute la terre! Ta majesté s'élève au-dessus des cieux. »
  9. Éz 36.22 À cause de mon saint nom : « C'est pourquoi dis à la maison d'Israël: Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: Ce n'est pas à cause de vous que j'agis de la sorte, maison d'Israël; c'est à cause de mon saint nom, que vous avez profané parmi les nations où vous êtes allés. »
  10. Jl 2.32 Invoquer et être sauvé : « Alors quiconque invoquera le nom de l'Éternel sera sauvé; Le salut sera sur la montagne de Sion et à Jérusalem, Comme a dit l'Éternel, Et parmi les réchappés que l'Éternel appellera. »
  11. Za 14.9 Le seul nom : « L'Éternel sera roi de toute la terre; En ce jour-là, l'Éternel sera le seul Éternel, Et son nom sera le seul nom. »
  12. Ph 2.9 Le nom au-dessus de tout nom : « C'est pourquoi aussi Dieu l'a souverainement élevé, et lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, »

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Bibliographie

Pour aller plus loin

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