śûm שׂוּם
Strong H7760 · verbe · mettre, placer, établir · 581 occurrences
Le verbe du geste qui pose quelque chose à un endroit : mettre, placer, déposer. Il s'étend à « établir » quelqu'un dans une fonction, « instituer » une loi, « rendre » une chose autre qu'elle n'était, et à « prendre à cœur ». Dieu y « place » l'homme dans le jardin et « met » son nom en un lieu.
Racine et étymologie
Śûm (on trouve aussi la forme śîm) est, comme qûm, un verbe « creux » : la voyelle centrale varie selon les formes (śām, « il a mis », yāśîm, « il mettra », śîmâ, « mets ! »). La première lettre est un śîn, distinct du šîn de šēm, « nom », malgré la ressemblance graphique. La racine est attestée en akkadien (šâmu, šiāmu, « fixer, déterminer », notamment le destin) et en araméen, où le verbe apparenté (H7761) apparaît dans Daniel et Esdras pour les décrets royaux.
Le sens de base est très concret : poser un objet quelque part. Mais le verbe est d'une grande souplesse. Avec un complément de fonction, il signifie « établir » quelqu'un comme roi ou gouverneur ; avec deux compléments, « faire de… », « changer en… » ; avec « cœur », « prendre à cœur, faire attention » ; avec « face », « tourner son visage vers, se résoudre ».
Le dérivé rare śûmâ (H7760b) n'apparaît que dans quelques textes. La grande fréquence du verbe en fait l'un des mots les plus ordinaires de l'hébreu, ce qui rend d'autant plus remarquables ses emplois théologiques.
Sens et emplois
Placer, déposer
Le geste de poser quelque chose ou quelqu'un à un endroit. Dès le deuxième chapitre de la Bible, Dieu « place » l'homme dans le jardin qu'il a planté.
« Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé. »Gn 2.8, Segond 1910
Le lieu où Dieu place son nom
Formule caractéristique du Deutéronome : Dieu choisit un lieu pour y « placer son nom », c'est-à-dire y rendre présente sa personne sans y être enfermé.
« Mais vous le chercherez à sa demeure, et vous irez au lieu que l'Éternel, votre Dieu, choisira parmi toutes vos tribus pour y placer son nom. »Dt 12.5, Segond 1910
Établir dans une fonction
Installer quelqu'un comme chef, roi ou gouverneur. Joseph relit son histoire comme l'œuvre de Dieu qui l'a « établi » en Égypte.
« Ce n'est donc pas vous qui m'avez envoyé ici, mais c'est Dieu; il m'a établi père de Pharaon, maître de toute sa maison, et gouverneur de tout le pays d'Égypte. »Gn 45.8, Segond 1910
Instituer la justice et la loi
Le serviteur de l'Éternel ne se lasse pas avant d'avoir « posé » la justice sur la terre. Le verbe désigne ici l'acte qui fonde un ordre durable.
« Il ne se découragera point et ne se relâchera point, Jusqu'à ce qu'il ait établi la justice sur la terre, Et que les îles espèrent en sa loi. »És 42.4, Segond 1910
Changer une chose en une autre
Avec deux compléments, « faire de A un B » : Dieu transforme le désert en étang, signe du renouvellement qu'il prépare.
« Je ferai jaillir des fleuves sur les collines, Et des sources au milieu des vallées; Je changerai le désert en étang, Et la terre aride en courants d'eau; »És 41.18, Segond 1910
Placer sa confiance, prendre à cœur
Le verbe intériorisé : poser sa confiance en Dieu, ou « mettre à cœur » une parole, c'est-à-dire y prêter attention.
« Heureux l'homme qui place en l'Éternel sa confiance, Et qui ne se tourne pas vers les hautains et les menteurs! »Ps 40.5, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Parce que śûm est un verbe à tout faire, la Septante le traduit par une grande variété de mots grecs, selon le contexte : τίθημι, « poser, établir », est le plus fréquent, mais on trouve aussi ἐπιτίθημι (« poser sur »), καθίστημι (« établir dans une fonction ») ou ποιέω (« faire »). Aucun équivalent unique ne s'impose.
Le Nouveau Testament emploie τίθημι dans des contextes qui rappellent ces emplois : le bon berger « donne », littéralement « pose », sa vie pour ses brebis (Jn 10.11), et Dieu « a établi » le Fils héritier de toutes choses (Hé 1.2). La formule « mettre dans son cœur » se retrouve aussi en Luc 1.66 et 21.14. En français, Segond multiplie les équivalents : mettre, placer, établir, faire, rendre, donner.
Le débat
En Ésaïe 53.10, qui « livre » la vie du serviteur en sacrifice pour le péché : Dieu, le serviteur lui-même, ou « son âme » ?
- « Quand tu auras fait de son âme… » (Lecture à la deuxième personne) : La forme tāśîm peut être une deuxième personne : « quand tu feras de son âme un sacrifice pour le péché ». Le sujet serait alors Dieu, à qui le prophète s'adresse, ou le lecteur. Plusieurs traductions anciennes et classiques ont suivi cette lecture.
- « Quand son âme se sera livrée… » (Lecture à la troisième personne féminine) : La même forme peut être une troisième personne féminine, avec nafšô, « son âme, sa vie », pour sujet : c'est la vie du serviteur qui se fait elle-même sacrifice. L'analyse morphologique de STEPBible retient cette lecture, et Segond 1910 la rend par « Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché ».
Les deux lectures sont grammaticalement possibles. La seconde s'accorde mieux avec le contexte immédiat, où le serviteur « a livré sa vie à la mort » (És 53.12) : son don est volontaire. Mais la première rappelle à juste titre qu'au verset même, « il a plu à l'Éternel de le briser ». Le texte tient ensemble la volonté de Dieu et le don libre du serviteur.
Portée théologique
Śûm est l'un des verbes les plus simples de l'hébreu, et c'est précisément pour cela qu'il est parlant. Il dit que Dieu place les choses et les êtres là où il le veut : l'homme dans le jardin, Joseph en Égypte, son nom dans le lieu choisi, la justice sur la terre. La providence n'est pas une idée abstraite, mais un geste répété qui situe chacun dans un lieu et une mission.
Pour la prédication, le verbe invite aussi à une réponse. Le croyant « place » sa confiance en Dieu, il « met à cœur » sa parole, comme Malachi le reproche à ceux qui ne le font pas. Le sommet du verbe se trouve en Ésaïe 53, où la vie du serviteur est « posée » en sacrifice pour le péché : ce que Dieu place au centre de l'histoire du salut est le don d'une vie. Jean reprend l'image quand Jésus dit que le bon berger « donne sa vie » pour ses brebis.
Chaîne : Ce que Dieu place et établit
- Gn 2.8 L'homme placé dans le jardin : « Puis l'Éternel Dieu planta un jardin en Eden, du côté de l'orient, et il y mit l'homme qu'il avait formé. »
- Gn 4.15 Le signe sur Caïn : « L'Éternel lui dit: Si quelqu'un tuait Caïn, Caïn serait vengé sept fois. Et l'Éternel mit un signe sur Caïn pour que quiconque le trouverait ne le tuât point. »
- Gn 45.8 Joseph établi par Dieu : « Ce n'est donc pas vous qui m'avez envoyé ici, mais c'est Dieu; il m'a établi père de Pharaon, maître de toute sa maison, et gouverneur de tout le pays d'Égypte. »
- Ex 15.25 Des lois données à Mara : « Moïse cria à l'Éternel; et l'Éternel lui indiqua un bois, qu'il jeta dans l'eau. Et l'eau devint douce. Ce fut là que l'Éternel donna au peuple des lois et des ordonnances, et ce fut là qu'il le mit à l'épreuve. »
- Nb 6.27 Le nom posé sur Israël : « C'est ainsi qu'ils mettront mon nom sur les enfants d'Israël, et je les bénirai. »
- Dt 12.5 Le lieu du Nom : « Mais vous le chercherez à sa demeure, et vous irez au lieu que l'Éternel, votre Dieu, choisira parmi toutes vos tribus pour y placer son nom. »
- 1 S 8.5 Établis sur nous un roi : « Ils lui dirent: Voici, tu es vieux, et tes fils ne marchent point sur tes traces; maintenant, établis sur nous un roi pour nous juger, comme il y en a chez toutes les nations. »
- 1 R 9.3 Le Nom dans le temple : « Et l'Éternel lui dit: J'exauce ta prière et ta supplication que tu m'as adressées, je sanctifie cette maison que tu as bâtie pour y mettre à jamais mon nom, et j'aurai toujours là mes yeux et mon cœur. »
- Ps 40.5 Placer sa confiance : « Heureux l'homme qui place en l'Éternel sa confiance, Et qui ne se tourne pas vers les hautains et les menteurs! »
- És 42.4 La justice établie : « Il ne se découragera point et ne se relâchera point, Jusqu'à ce qu'il ait établi la justice sur la terre, Et que les îles espèrent en sa loi. »
- És 53.10 La vie livrée en sacrifice : « Il a plu à l'Éternel de le briser par la souffrance... Après avoir livré sa vie en sacrifice pour le péché, Il verra une postérité et prolongera ses jours; Et l'œuvre de l'Éternel prospérera entre ses mains. »
- Jn 10.11 Le berger pose sa vie : « Je suis le bon berger. Le bon berger donne sa vie pour ses brebis. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, art. « שׂוּם, שִׂים ». voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer, Bruce K. Waltke (éd.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Claus Westermann, Isaiah 40-66, Old Testament Library, Philadelphie, Westminster Press, 1969. voir sur Amazon
- Gerhard von Rad, Deuteronomium-Studien, Göttingen, Vandenhoeck & Ruprecht, 1947 (trad. anglaise : Studies in Deuteronomy, 1953). voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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