zākar זָכַר
Strong H2142 · verbe · se souvenir · 229 occurrences
Se souvenir, au sens biblique, n'est pas seulement retrouver une image du passé : c'est le rendre présent pour agir en conséquence. Quand Dieu se souvient, il intervient ; quand Israël se souvient, il obéit.
Racine et étymologie
La racine z-k-r se retrouve dans la plupart des langues sémitiques avec le sens de « se rappeler, mentionner, nommer » : l'akkadien zakāru signifie « prononcer, invoquer », et l'arabe dakara « se souvenir, mentionner ». Ce double sens est essentiel : en hébreu aussi, se souvenir et dire vont ensemble. On se souvient en prononçant un nom, en racontant un récit, en célébrant une fête.
Au thème simple (qal), zākar signifie « se souvenir, penser à ». Au passif (niphal), « être rappelé, être mentionné ». Au causatif (hiphil), « faire souvenir, rappeler, mentionner », voire « invoquer » un nom. De la racine dérivent zēker (H2143), « mémoire, renom », et zikkārôn (H2146), « mémorial », mot qui désigne la Pâque (Ex 12.14) et les pierres du Jourdain (Jos 4.7).
Il existe un homonyme : zākār (H2145), « mâle ». Les lexiques le rattachent généralement à une racine distincte, même si certains ont proposé un lien avec l'idée de celui qui porte le nom et la mémoire de la famille. Le rapprochement reste incertain et n'éclaire guère les textes.
Sens et emplois
Dieu se souvient et agit
Le souvenir divin n'est jamais un simple retour de mémoire : il déclenche l'intervention. Après le déluge, Dieu « se souvient » de Noé et fait baisser les eaux.
« Dieu se souvint de Noé »Gn 8.1, Segond 1910
Se souvenir de l'alliance
Formule clé de l'Exode : le souvenir de l'alliance avec les patriarches est le ressort de la libération d'Égypte.
« Dieu entendit leurs gémissements, et se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. »Ex 2.24, Segond 1910
Le souvenir commandé à Israël
Israël doit se souvenir pour obéir : le sabbat, la sortie d'Égypte, le chemin du désert. Mémoire et fidélité sont liées.
« Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. »Ex 20.8, Segond 1910
Ne plus se souvenir : le pardon
Quand Dieu « ne se souvient plus » d'un péché, ce n'est pas un oubli mais une décision de ne plus en tenir compte.
« Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. »Jr 31.34, Segond 1910
La prière : « souviens-toi de moi »
Le psalmiste demande à Dieu de se souvenir de lui selon sa bonté, c'est-à-dire de lui venir en aide.
« Souviens-toi de moi selon ta miséricorde »Ps 25.7, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit zākar surtout par μιμνῄσκομαι, « se souvenir », et par le verbe apparenté μνημονεύω. Les dérivés suivent : zikkārôn devient μνημόσυνον, « mémorial ». Ces mots passent dans le Nouveau Testament avec leur poids hébreu. Le chant de Zacharie célèbre Dieu qui « se souvient de sa sainte alliance » (Lc 1.72), et le brigand crucifié reprend la prière des Psaumes : « Souviens-toi de moi ».
Le mot le plus chargé est ἀνάμνησις, employé par Jésus lors du dernier repas : « faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22.19 ; 1 Co 11.24-25). Il faut l'entendre à la lumière du zikkārôn de la Pâque : non pas un simple exercice de pensée, mais un acte qui rend présent pour la communauté l'événement fondateur. La Vulgate traduit par « recordor », « memor esse » et « commemoratio ».
Le débat
Dans l'ordre « faites ceci en mémoire de moi » (Lc 22.19), qui doit se souvenir : les disciples, ou Dieu lui-même ?
- Pour que Dieu se souvienne (Joachim Jeremias, Die Abendmahlsworte Jesu, 1935) : Comme le zikkārôn de l'Ancien Testament est souvent un rappel présenté devant Dieu, le repas demanderait à Dieu de se souvenir du Messie et d'accomplir son règne. Argument : plusieurs mémoriaux bibliques sont « devant l'Éternel ».
- Pour que les disciples se souviennent (lecture traditionnelle majoritaire) : Le repas est un acte de la communauté qui fait mémoire de la mort de Jésus et l'annonce (1 Co 11.26). Argument : le contexte paulinien est tourné vers la proclamation.
- Une mémoire qui rend présent (Brevard S. Childs, Memory and Tradition in Israel, 1962) : Dans l'Ancien Testament, le souvenir cultuel actualise l'événement pour chaque génération : la Pâque fait participer Israël à la sortie d'Égypte. Childs étudie ce modèle hébreu, qui éclaire aussi l'anamnèse eucharistique.
L'arrière-plan hébreu interdit de réduire le souvenir à une évocation mentale. Que l'accent porte sur Dieu ou sur la communauté, l'anamnèse est un acte qui rend présent ce qu'elle rappelle. La proposition de Jeremias a été discutée, mais elle a eu le mérite de rappeler cette dimension.
Portée théologique
La Bible parle sans gêne d'un Dieu qui « se souvient ». Cela ne veut pas dire qu'il aurait oublié : le mot exprime son attachement fidèle à ce qu'il a promis. Après le déluge, l'arc dans la nuée est un signe destiné à Dieu lui-même ; en Égypte, le souvenir de l'alliance précède la délivrance. Se souvenir, pour Dieu, c'est tenir parole.
Pour Israël, la mémoire est un devoir spirituel. Le Deutéronome multiplie les « souviens-toi », car l'oubli conduit à l'orgueil et à l'idolâtrie. Les fêtes, les récits transmis aux enfants et le sabbat sont des moyens de se souvenir. L'Église a reçu de Jésus un mémorial semblable, la Cène. Et la prière la plus simple de l'Évangile, celle du brigand sur la croix, est la vieille prière des Psaumes : « Souviens-toi de moi ». La réponse de Jésus montre que ce souvenir divin est le salut même.
Chaîne : Le Dieu qui se souvient
- Gn 8.1 Noé dans l'arche : « Dieu se souvint de Noé, de tous les animaux et de tout le bétail qui étaient avec lui dans l'arche; et Dieu fit passer un vent sur la terre, et les eaux s'apaisèrent. »
- Gn 9.15 L'arc dans la nuée : « et je me souviendrai de mon alliance entre moi et vous, et tous les êtres vivants, de toute chair, et les eaux ne deviendront plus un déluge pour détruire toute chair. »
- Ex 2.24 Le cri des esclaves : « Dieu entendit leurs gémissements, et se souvint de son alliance avec Abraham, Isaac et Jacob. »
- Ex 20.8 Le sabbat : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. »
- Dt 8.2 La mémoire du désert : « Souviens-toi de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de t'humilier et de t'éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton cœur et si tu garderais ou non ses commandements. »
- Ps 103.14 Il sait que nous sommes poussière : « Car il sait de quoi nous sommes formés, Il se souvient que nous sommes poussière. »
- Ps 136.23 Dans notre humiliation : « Celui qui se souvint de nous quand nous étions humiliés, Car sa miséricorde dure à toujours! »
- Jr 31.34 Le péché oublié : « Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l'Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. »
- Lc 22.19 En mémoire de moi : « Ensuite il prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le leur donna, en disant: Ceci est mon corps, qui est donné pour vous; faites ceci en mémoire de moi. »
- Lc 23.42 La prière du brigand : « Et il dit à Jésus: Souviens-toi de moi, quand tu viendras dans ton règne. »
Mots apparentés
- berît בְּרִית : alliance
- šāmaʿ שָׁמַע : entendre, écouter, obéir
- yādaʿ יָדַע : connaître, savoir
- pāqad פָּקַד : visiter, recenser, intervenir
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ḥesed : bonté fidèle
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
- charis : grâce, faveur
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Kepler, le théologien manqué qui célébrait Dieu dans les astres (Johannes Kepler, 3 octobre 1595)
- L'arc-en-ciel : pourquoi chacun voit le sien, le soleil dans le dos (L'arc-en-ciel, toujours)
- La marée montante de Wigtown : le martyre de Margaret Wilson (Margaret Wilson, 11 mai 1685)
- Relevé par un verset : Spurgeon dans le jardin de Croydon (Charles Spurgeon, octobre 1856)
- Un baptême trop longtemps repoussé : la mort de l'empereur Constantin (Constantin Ier, mai 337)
- Un feu qui ne s'éteint pas : la chaîne de prière de Herrnhut (Nicolas Louis de Zinzendorf, 27 août 1727)
- « Au feu ! » : la nuit tragique de Surrey Gardens (Charles Spurgeon, 19 octobre 1856)
- « Ce que Dieu a fait ! » : le premier message de Samuel Morse (Samuel Morse, 24 mai 1844)
- « Celui qui m'honore » : Eric Liddell et le dimanche des Jeux de 1924 (Eric Liddell, juillet 1924)
- « Les défaillances du ministre » : Spurgeon et la dépression (Charles Spurgeon, années 1870)
- « Sinon, qu'il le brûle » : le recueil que George Herbert confia à Ferrar (George Herbert, 1633)
Bibliographie
- Brevard S. Childs, Memory and Tradition in Israel, Studies in Biblical Theology 37, London, SCM Press, 1962. voir sur Amazon
- Willy Schottroff, « Gedenken » im Alten Orient und im Alten Testament, Neukirchen, 1964. voir sur Amazon
- Joachim Jeremias, Die Abendmahlsworte Jesu, Göttingen, 1935 (trad. anglaise : The Eucharistic Words of Jesus). voir sur Amazon
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, 1906. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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