oida οἶδα

Strong G6063 · verbe · savoir, connaître · 282 occurrences

Le verbe du savoir acquis et tenu pour certain : savoir que, savoir qui, savoir faire. Dans le Nouveau Testament, il exprime aussi bien la connaissance que Dieu a de nos besoins que l'assurance du croyant : « je sais en qui j'ai cru ».

Racine et étymologie

Le verbe οἶδα est un parfait ancien de la racine indo-européenne *weid-, « voir », la même que celle du latin videre. À l'origine, il signifie donc « j'ai vu », et par conséquent « je sais ». Mais en grec, cette forme a pris très tôt une valeur de présent : οἶδα ne veut plus dire « j'ai vu », il veut dire « je sais », et il possède sa propre conjugaison (οἶδας, οἶδεν, οἴδαμεν), un infinitif εἰδέναι et un participe εἰδώς.

Les lexiques anciens et la numérotation de Strong rangeaient ces formes sous l'entrée εἴδω (G1492), avec l'aoriste εἶδον, « je vis ». Le lexique de STEPBible les distingue désormais sous un numéro propre, G6063, car le sens n'est plus celui du regard. La fiche eido de ce dictionnaire traite du verbe « voir » ; celle-ci est consacrée au verbe « savoir ».

Ce passage du voir au savoir est instructif. Le grec pense la connaissance comme le résultat d'une expérience : on sait ce qu'on a vu, ce dont on a été témoin. Οἶδα exprime ainsi un savoir acquis, stable, tenu pour certain, plutôt qu'une démarche d'apprentissage. C'est cette nuance que l'on oppose souvent à γινώσκω (G1097), « connaître, apprendre à connaître », verbe plus dynamique. Le dérivé σύνοιδα, « savoir avec », a donné συνείδησις, « conscience ».

Sens et emplois

  1. Le savoir de Dieu

    Le verbe exprime la connaissance parfaite que Dieu a des siens. La prière ne sert pas à l'informer : le Père sait déjà. Elle repose sur cette connaissance bienveillante.

    « car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. »Mt 6.8, Segond 1910
  2. Savoir qui est Jésus

    Le verbe pose la question de l'identité de Jésus. Les démons « savent » qui il est, Nicodème croit savoir d'où il vient ; mais ce savoir ne suffit pas à faire un disciple.

    « Je sais qui tu es: le Saint de Dieu. »Mc 1.24, Segond 1910
  3. Le savoir du témoin

    L'aveugle guéri ne prétend pas tout savoir, mais il sait ce qu'il a vécu. Le verbe exprime ici la certitude née de l'expérience, opposée aux raisonnements de ses adversaires.

    « je sais une chose, c'est que j'étais aveugle et que maintenant je vois. »Jn 9.25, Segond 1910
  4. La certitude de la foi

    Chez Paul et Jean, « nous savons » introduit souvent une conviction partagée par les croyants : l'action de Dieu pour le bien, la demeure céleste, la ressemblance future avec le Christ.

    « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, »Rm 8.28, Segond 1910
  5. Connaître ou ne pas connaître une personne

    Avec un complément de personne, le verbe signifie « connaître quelqu'un ». Le reniement de Pierre et la parabole des vierges montrent la gravité de la formule « je ne connais pas ».

    « Mais il répondit: Je vous le dis en vérité, je ne vous connais pas. »Mt 25.12, Segond 1910
  6. Savoir faire

    Suivi d'un infinitif, le verbe signifie « savoir faire, être capable de ». Paul dit avoir appris à vivre dans la gêne comme dans l'abondance.

    « Je sais vivre dans l'humiliation, et je sais vivre dans l'abondance. »Ph 4.12, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, οἶδα rend le plus souvent l'hébreu yādaʿ (H3045), « connaître, savoir », qu'il partage avec γινώσκω. Le verbe hébreu est très large : il couvre la connaissance intellectuelle, l'expérience vécue, la relation personnelle et même l'intimité conjugale. Le grec répartit ces nuances entre ses deux verbes, mais sans règle stricte : les traducteurs passent de l'un à l'autre selon le style et la forme grammaticale.

Le Nouveau Testament garde cette ampleur hébraïque. « Connaître Dieu » n'y est pas d'abord un savoir théorique, mais une relation : les païens sont décrits comme ceux « qui ne connaissent pas Dieu » (1 Th 4.5 ; Ga 4.8), reprise d'une formule de Jérémie et des Psaumes. Quand Jésus dit aux Samaritains « vous adorez ce que vous ne connaissez pas » (Jn 4.22), il oppose un culte sans connaissance à celui qui repose sur la révélation faite à Israël. Le verbe οἶδα porte ainsi, dans le grec biblique, le poids relationnel de yādaʿ.

Le débat

Faut-il distinguer nettement οἶδα, savoir certain et intuitif, de γινώσκω, connaissance acquise par l'expérience, notamment chez Jean ?

Les deux positions ont leur part de vérité. La distinction de la Potterie éclaire plusieurs passages johanniques, où Jésus « sait » ce que les disciples doivent encore « connaître ». Mais Jn 21.17, où Pierre emploie les deux verbes dans la même phrase, montre que la frontière est souple. Il vaut mieux parler de nuances préférentielles que de deux concepts séparés.

Portée théologique

Le verbe οἶδα dit d'abord la connaissance que Dieu a de nous. Avant que nous ayons rien demandé, « votre Père sait » : la prière chrétienne ne part pas de l'ignorance de Dieu, mais de sa connaissance aimante. Jésus lui-même est présenté, chez Jean, comme celui qui sait d'où il vient, où il va et ce qu'il y a dans l'homme. Les disciples, eux, avancent souvent dans l'incompréhension : « Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt » (Jn 13.7).

Le verbe exprime ensuite l'assurance des croyants. Le « nous savons » de Paul et de Jean n'est pas une prétention à tout expliquer ; il dit une confiance fondée sur l'œuvre de Dieu. L'aveugle de Jean 9 en donne le modèle : il ne sait pas répondre à toutes les questions, mais il sait ce que Jésus a fait pour lui.

Pour la prédication, le contraste est fécond entre « je ne sais pas » et « je sais ». Personne ne sait le jour ni l'heure (Mt 24.36), mais Paul peut dire : « je sais en qui j'ai cru » (2 Tm 1.12). La foi n'est pas la maîtrise de l'avenir ; elle est la connaissance d'une personne digne de confiance.

Chaîne : Savoir et assurance de la foi

  1. Jb 19.25 Je sais que mon rédempteur est vivant : « Mais je sais que mon rédempteur est vivant, Et qu'il se lèvera le dernier sur la terre. »
  2. Jr 31.34 Tous me connaîtront : « Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l'Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. »
  3. Mt 6.8 Le Père sait : « Ne leur ressemblez pas; car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. »
  4. Mt 24.36 Le jour que nul ne sait : « Pour ce qui est du jour et de l'heure, personne ne le sait, ni les anges des cieux, ni le Fils, mais le Père seul. »
  5. Jn 3.8 Le vent dont on ne sait d'où il vient : « Le vent souffle où il veut, et tu en entends le bruit; mais tu ne sais d'où il vient, ni où il va. Il en est ainsi de tout homme qui est né de l'Esprit. »
  6. Jn 9.25 Je sais une chose : « Il répondit: S'il est un pécheur, je ne sais; je sais une chose, c'est que j'étais aveugle et que maintenant je vois. »
  7. Jn 13.7 Tu le comprendras bientôt : « Jésus lui répondit: Ce que je fais, tu ne le comprends pas maintenant, mais tu le comprendras bientôt. »
  8. Jn 21.17 Tu sais que je t'aime : « Il lui dit pour la troisième fois: Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu? Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit pour la troisième fois: M'aimes-tu? Et il lui répondit: Seigneur, tu sais toutes choses, tu sais que je t'aime. Jésus lui dit: Pais mes brebis. »
  9. Rm 8.28 Tout concourt au bien : « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. »
  10. 2 Co 5.1 La demeure éternelle : « Nous savons, en effet, que, si cette tente où nous habitons sur la terre est détruite, nous avons dans le ciel un édifice qui est l'ouvrage de Dieu, une demeure éternelle qui n'a pas été faite de main d'homme. »
  11. 2 Tm 1.12 Je sais en qui j'ai cru : « Et c'est à cause de cela que je souffre ces choses; mais j'en ai point honte, car je sais en qui j'ai cru, et je suis persuadé qu'il a la puissance de garder mon dépôt jusqu'à ce jour-là. »
  12. 1 Jn 3.2 Nous lui serons semblables : « Bien-aimés, nous sommes maintenant enfants de Dieu, et ce que nous serons n'a pas encore été manifesté; mais nous savons que, lorsque cela sera manifesté, nous serons semblables à lui, parce que nous le verrons tel qu'il est. »

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Bibliographie

Pour aller plus loin

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