ginōskō γινώσκω

Strong G1097 · verbe · connaître · 221 occurrences

Apprendre, reconnaître, comprendre, et surtout connaître quelqu'un par expérience et relation. Dans le Nouveau Testament, connaître Dieu n'est pas posséder une information sur lui, mais entrer en communion avec lui ; et plus encore, être connu de lui.

Racine et étymologie

Γινώσκω est la forme tardive de γιγνώσκω, bâtie sur la racine γνω-, que l'on retrouve dans γνῶσις (« connaissance »), ἐπίγνωσις (« connaissance approfondie »), ἀγνοέω (« ignorer ») et γνωρίζω (« faire connaître »). La même racine indo-européenne a donné le latin (g)noscere, d'où « connaître », et l'anglais « know ». Le redoublement du présent marque l'idée d'un processus : on est en train d'apprendre, de prendre connaissance.

Le verbe se distingue de son voisin οἶδα, « savoir ». Les grammairiens soulignent souvent que γινώσκω insiste sur l'acquisition et l'expérience, tandis que οἶδα exprime un savoir possédé. La distinction est réelle mais souple : dans bien des passages, les deux verbes sont presque interchangeables, et c'est le contexte qui décide.

Dans le grec classique, la connaissance est volontiers celle de l'intelligence qui contemple. Le grec biblique a été profondément marqué par l'hébreu yādaʿ, qui inclut l'expérience, l'attachement et l'union conjugale. C'est ce mélange qui donne à γινώσκω sa couleur propre dans le Nouveau Testament.

Sens et emplois

  1. Apprendre, reconnaître

    Le sens courant : prendre connaissance d'une réalité, la comprendre. Paul découvre ce qu'est le péché grâce à la loi.

    « Mais je n'ai connu le péché que par la loi. »Rm 7.7, Segond 1910
  2. L'union conjugale

    Hébraïsme hérité de yādaʿ : « connaître » une personne désigne la relation sexuelle. Les récits de la naissance de Jésus emploient cet euphémisme.

    « Marie dit à l'ange: Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais point d'homme? »Lc 1.34, Segond 1910
  3. Connaître Dieu

    Chez Jean, connaître Dieu et son envoyé est la définition même de la vie éternelle : une relation vivante, non une simple information.

    « Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »Jn 17.3, Segond 1910
  4. Être connu de Dieu

    Paul renverse la perspective : l'essentiel n'est pas que l'homme connaisse Dieu, mais que Dieu le connaisse, c'est-à-dire le choisisse et l'adopte.

    « mais à présent que vous avez connu Dieu, ou plutôt que vous avez été connus de Dieu, »Ga 4.9, Segond 1910
  5. Ne pas connaître : rejeter

    Négativement, « ne pas connaître » quelqu'un signifie refuser toute relation avec lui. C'est la sentence la plus grave des Évangiles.

    « Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. »Mt 7.23, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, γινώσκω traduit principalement l'hébreu yādaʿ, « connaître ». C'est par cette correspondance que le verbe grec a reçu les dimensions hébraïques de la connaissance : l'expérience vécue (« connaître la souffrance »), l'élection (« je t'ai connu par ton nom », Ex 33.12) et l'union conjugale (« Adam connut Ève », Gn 4.1).

Lorsque Paul écrit que celui qui aime Dieu « est connu de lui » (1 Co 8.3), il pense moins à la pensée grecque qu'à Amos 3.2, où Dieu dit à Israël : « Je vous ai choisis », littéralement « je vous ai connus ». Les prophètes déplorent qu'« il n'y a point de connaissance de Dieu dans le pays » (Os 4.1) : ce manque est une rupture d'alliance, non un défaut d'instruction. Le latin « cognoscere » de la Vulgate a transmis ce vocabulaire à nos traductions.

Le débat

Faut-il opposer une connaissance « grecque », intellectuelle, à une connaissance « hébraïque », relationnelle, pour comprendre γινώσκω ?

La critique de Barr est une règle de méthode salutaire : γινώσκω signifie souvent simplement « apprendre, comprendre ». Mais dans les textes où Dieu est l'objet ou le sujet du verbe (Jn 17.3, Ga 4.9, 1 Co 8.3), la dimension relationnelle héritée de yādaʿ est démontrable dans le contexte même, ce que Bultmann avait bien vu.

Portée théologique

Le Nouveau Testament fait de la connaissance de Dieu une affaire de vie et de mort : « la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent » (Jn 17.3). Cette connaissance n'est pas réservée à des initiés, comme le prétendront les courants gnostiques du deuxième siècle ; elle est donnée par le Fils qui fait connaître le Père. La première épître de Jean en donne les critères : garder les commandements et aimer. « Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour » (1 Jn 4.8).

Le renversement paulinien est capital pour la prédication : avant de connaître Dieu, le croyant est connu de lui. La foi repose ainsi sur l'initiative divine et non sur la performance intellectuelle. Notre connaissance reste partielle, « au moyen d'un miroir » (1 Co 13.12), mais elle tend vers la plénitude du face à face, où l'on connaîtra « comme on a été connu ». Connaître Dieu, c'est entrer dans une relation qui grandit, jusqu'à la conformité au Christ (Ph 3.10).

Chaîne : Connaître Dieu et être connu de lui

  1. Gn 4.1 Adam connut Ève : « Adam connut Eve, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J'ai formé un homme avec l'aide de l'Éternel. »
  2. Ex 33.12 Connu par son nom : « Moïse dit à l'Éternel: Voici, tu me dis: Fais monter ce peuple! Et tu ne me fais pas connaître qui tu enverras avec moi. Cependant, tu as dit: Je te connais par ton nom, et tu as trouvé grâce à mes yeux. »
  3. Jr 31.34 Tous me connaîtront : « Celui-ci n'enseignera plus son prochain, Ni celui-là son frère, en disant: Connaissez l'Éternel! Car tous me connaîtront, Depuis le plus petit jusqu'au plus grand, dit l'Éternel; Car je pardonnerai leur iniquité, Et je ne me souviendrai plus de leur péché. »
  4. Os 6.6 La connaissance de Dieu : « Car j'aime la piété et non les sacrifices, Et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes. »
  5. Mt 7.23 Je ne vous ai jamais connus : « Alors je leur dirai ouvertement: Je ne vous ai jamais connus, retirez-vous de moi, vous qui commettez l'iniquité. »
  6. Jn 10.14 Le bon berger : « Je suis le bon berger. Je connais mes brebis, et elles me connaissent, »
  7. Jn 17.3 La vie éternelle : « Or, la vie éternelle, c'est qu'ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »
  8. 1 Co 13.12 Connaître comme on est connu : « Aujourd'hui nous voyons au moyen d'un miroir, d'une manière obscure, mais alors nous verrons face à face; aujourd'hui je connais en partie, mais alors je connaîtrai comme j'ai été connu. »
  9. Ph 3.10 Connaître Christ : « Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, »
  10. 1 Jn 4.8 Aimer pour connaître : « Celui qui n'aime pas n'a pas connu Dieu, car Dieu est amour. »

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Bibliographie

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