ouranos οὐρανός

Strong G3772 · nom masculin · ciel, cieux · 273 occurrences

Le ciel visible au-dessus de la terre, puis la demeure de Dieu d'où viennent sa voix, son Esprit et son règne. Dans le Nouveau Testament, le mot désigne aussi le lieu où Christ est monté et d'où il reviendra.

Racine et étymologie

L'étymologie d'οὐρανός reste discutée. Les linguistes ont proposé des rapprochements avec des racines indo-européennes signifiant « couvrir » ou « pleuvoir, mouiller », mais aucun n'est assuré. Le grec n'a d'ailleurs pas besoin d'étymologie pour être clair : depuis Homère, le mot désigne la voûte qui couvre la terre, le ciel où brillent les astres et où séjournent les dieux.

Dans la mythologie d'Hésiode, Ouranos est même une divinité primordiale, le Ciel personnifié, époux de Gaïa, la Terre. Les philosophes grecs l'ont ensuite employé pour l'univers ordonné, au point qu'il se rapproche parfois de κόσμος. La Bible grecque reçoit donc un mot chargé de résonances religieuses, qu'elle va réorienter : le ciel n'est plus un dieu, mais une créature et le trône du Dieu unique.

Les dérivés principaux sont l'adjectif οὐράνιος, « céleste » (« votre Père céleste »), et ἐπουράνιος, « qui est dans les cieux », fréquent dans l'épître aux Éphésiens (« les lieux célestes »). Le Nouveau Testament emploie le mot tantôt au singulier, tantôt au pluriel ; le pluriel est surtout fréquent chez Matthieu.

Sens et emplois

  1. Le ciel visible

    La partie de la création située au-dessus de la terre, avec laquelle elle forme le tout de l'univers. Ce ciel est créé, donc passager, à la différence de la parole du Christ.

    « Le ciel et la terre passeront, mais mes paroles ne passeront point. »Mt 24.35, Segond 1910
  2. La demeure de Dieu

    Le lieu de la présence et de la souveraineté divines. La prière que Jésus enseigne s'adresse au Père « qui es aux cieux », proche et pourtant au-dessus de tout.

    « Notre Père qui es aux cieux! Que ton nom soit sanctifié; »Mt 6.9, Segond 1910
  3. Le ciel ouvert : révélation

    Quand les cieux s'ouvrent, Dieu se fait entendre et son Esprit descend. Au baptême de Jésus, la communication entre le ciel et la terre est rétablie.

    « Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. »Mt 3.16, Segond 1910
  4. Le « royaume des cieux »

    Expression propre à Matthieu pour le règne de Dieu qui s'approche en Jésus. Le génitif « des cieux » indique l'origine et la nature de ce règne, non un lieu réservé à l'après-mort.

    « Heureux les pauvres en esprit, car le royaume des cieux est à eux! »Mt 5.3, Segond 1910
  5. Désignation de Dieu lui-même

    Par respect, le « ciel » peut remplacer le nom de Dieu, comme dans la confession du fils prodigue.

    « Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, »Lc 15.18, Segond 1910
  6. Les cieux nouveaux

    Dans l'espérance finale, le ciel est renouvelé avec la terre : la création entière est transformée, non abandonnée.

    « Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; »Ap 21.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, οὐρανός traduit presque toujours l'hébreu šāmayim, mot qui n'existe qu'au pluriel. C'est ce qui explique le pluriel grec « les cieux », peu naturel en grec classique, mais fréquent dans la Bible grecque et surtout chez Matthieu : « Notre Père qui es aux cieux » reproduit une tournure hébraïque.

La Septante emploie aussi οὐρανός pour quelques mots araméens de Daniel et pour des expressions comme « le ciel des cieux » (1 R 8.27). Ce passage de l'hébreu au grec transporte la vision biblique : le ciel est créé « au commencement » (Gn 1.1), il proclame la gloire de Dieu (Ps 19.3) et il ne peut contenir Dieu. Le Nouveau Testament reçoit cet héritage et y ajoute un centre : le Christ qui est descendu du ciel et y est monté (Jn 3.13).

Le débat

Pourquoi Matthieu dit-il « royaume des cieux » là où Marc et Luc disent « royaume de Dieu » ?

L'explication par le respect du nom divin rend compte d'un usage réel (Lc 15.18), mais n'explique pas que Matthieu dise aussi « royaume de Dieu » (Mt 12.28). Le couple ciel–terre, très présent chez lui, rend l'hypothèse de Pennington convaincante : le règne vient du ciel pour s'accomplir sur la terre.

Portée théologique

Le ciel biblique n'est ni un dieu, comme chez Hésiode, ni un simple lieu de refuge pour les âmes. Il est d'abord une créature, puis le symbole de la transcendance de Dieu : le Père est « aux cieux », c'est-à-dire au-dessus de toute puissance humaine, mais il entend la prière de ses enfants. Le Notre Père ne demande pas que nous montions au ciel, mais que la volonté de Dieu soit faite « sur la terre comme au ciel ».

Le Nouveau Testament concentre cette relation en Jésus. En lui, les cieux s'ouvrent ; il est descendu du ciel et y est remonté ; il en reviendra. Pour la prédication, Philippiens 3.20 donne la juste perspective : notre citoyenneté est dans les cieux, non pour fuir le monde, mais parce que nous attendons de là un Sauveur. L'espérance finale n'est pas l'abolition de la terre, mais « de nouveaux cieux et une nouvelle terre, où la justice habitera » (2 P 3.13).

Chaîne : Le ciel et la terre

  1. Gn 1.1 Le ciel créé : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre. »
  2. 1 R 8.27 Les cieux ne peuvent te contenir : « Mais quoi! Dieu habiterait-il véritablement sur la terre? Voici, les cieux et les cieux des cieux ne peuvent te contenir: combien moins cette maison que je t'ai bâtie! »
  3. Ps 19.3 Les cieux racontent : « Le jour en instruit un autre jour, La nuit en donne connaissance à une autre nuit. »
  4. És 66.1 Le ciel est mon trône : « Ainsi parle l'Éternel: Le ciel est mon trône, Et la terre mon marchepied. Quelle maison pourriez-vous me bâtir, Et quel lieu me donneriez-vous pour demeure? »
  5. Mt 3.16 Les cieux ouverts : « Dès que Jésus eut été baptisé, il sortit de l'eau. Et voici, les cieux s'ouvrirent, et il vit l'Esprit de Dieu descendre comme une colombe et venir sur lui. »
  6. Mt 6.10 Sur la terre comme au ciel : « que ton règne vienne; que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel. »
  7. Jn 3.13 Descendu du ciel : « Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. »
  8. Ac 1.11 L'ascension : « et dirent: Hommes Galiléens, pourquoi vous arrêtez-vous à regarder au ciel? Ce Jésus, qui a été enlevé au ciel du milieu de vous, viendra de la même manière que vous l'avez vu allant au ciel. »
  9. Ph 3.20 Notre cité dans les cieux : « Mais notre cité à nous est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, »
  10. Hé 4.14 Le grand prêtre qui a traversé les cieux : « Ainsi, puisque nous avons un grand souverain sacrificateur qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, demeurons fermes dans la foi que nous professons. »
  11. Ap 21.1 Un nouveau ciel : « Puis je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus. »

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Bibliographie

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