polis πόλις
Strong G4172 · nom féminin · ville, cité · 163 occurrences
La ville, agglomération entourée de murs et communauté de citoyens. Dans le Nouveau Testament, le mot désigne les villes que parcourt l'Évangile, Jérusalem qui rejette son roi, et la cité céleste que Dieu prépare pour son peuple.
Racine et étymologie
Le mot πόλις est très ancien en grec : Homère connaît déjà la variante πτόλις, et le mot a des parents dans d'autres langues indo-européennes, comme le sanskrit pūr, « place forte ». Le sens premier semble être celui d'une hauteur fortifiée, d'une citadelle ; l'Acropole d'Athènes était encore appelée simplement « la polis » à l'époque classique.
Peu à peu, le mot a désigné la cité au sens politique : non seulement un lieu, mais une communauté de citoyens qui se gouvernent par des lois. De la même famille viennent πολίτης, « citoyen », πολιτεία, « citoyenneté, constitution », et πολίτευμα, « cité, droit de cité », que Paul emploie en Philippiens 3.20. Notre vocabulaire politique (politique, police, métropole) en est directement issu.
Dans le grec de l'époque du Nouveau Testament, πόλις se distingue de κώμη, « village », sans critère de taille très strict : Nazareth ou Bethléhem sont appelées « villes ». Le mot désigne d'abord une localité, et l'on ne doit pas y projeter automatiquement l'idéal de la cité grecque classique.
Sens et emplois
Une localité, petite ou grande
Le sens courant dans les Évangiles : une ville par opposition aux villages et aux campagnes. Jésus parcourt villes et villages pour annoncer le Royaume.
« Jésus parcourait toutes les villes et les villages, »Mt 9.35, Segond 1910
Jérusalem, ville du grand roi
La ville par excellence, appelée « la ville sainte » ou « la ville du grand roi », reprise du Psaume 48. Elle est aussi la ville sur laquelle Jésus pleure parce qu'elle n'a pas reconnu sa visite.
« ni par Jérusalem, parce que c'est la ville du grand roi. »Mt 5.35, Segond 1910
Les habitants d'une ville
Par extension, la population elle-même. En Actes, la mission se déroule de ville en ville, et l'Évangile y est annoncé à des communautés entières.
« Philippe, étant descendu dans la ville de Samarie, y prêcha le Christ. »Ac 8.5, Segond 1910
La cité céleste espérée
Dans l'Épître aux Hébreux, la ville devient l'objet de l'espérance : les patriarches, étrangers sur la terre, attendaient une cité fondée par Dieu.
« Car il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur. »Hé 11.10, Segond 1910
La nouvelle Jérusalem
L'Apocalypse oppose la grande ville, Babylone, à la ville sainte qui descend du ciel. La fin de l'histoire biblique n'est pas un jardin retrouvé mais une cité.
« Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, »Ap 21.2, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, πόλις traduit avant tout l'hébreu ʿîr (H5892), le mot hébreu courant pour la ville, qui compte plus de mille emplois. Le grec y apporte une nuance politique que l'hébreu n'avait pas nécessairement : ʿîr désigne d'abord un lieu habité, protégé par une muraille, tandis que πόλις évoque aussi une communauté organisée. Les traducteurs emploient aussi parfois πόλις lorsque l'hébreu dit « tes portes » (šaʿar) au sens de « tes villes ».
Cet héritage explique que le Nouveau Testament lise Jérusalem à travers les Psaumes et les prophètes : la « ville du grand roi » de Matthieu 5.35 reprend le Psaume 48, la « ville sainte » reprend Ésaïe et Néhémie. L'espérance d'une ville parfaite, déjà présente quand Ésaïe annonce que Jérusalem sera appelée « ville de la justice » (És 1.26), s'accomplit dans la Jérusalem nouvelle. Le latin civitas, puis urbs, a transmis le mot, d'où « cité » chez Segond.
Le débat
La « cité » attendue par l'Épître aux Hébreux est-elle une réalité purement céleste, ou une ville qui viendra transformer la terre ?
- Une réalité céleste et spirituelle (Lecture influencée par la philosophie platonicienne) : Hébreux opposerait le monde visible et passager au monde céleste, véritable et permanent. La cité serait un modèle éternel dont la terre n'est que l'ombre. Argument : Hé 13.14 dit que nous n'avons point ici-bas de cité permanente.
- Une cité eschatologique (Lecture apocalyptique juive) : La cité est « à venir » : elle appartient au monde futur, comme la Jérusalem céleste des apocalypses juives. Argument : le vocabulaire de l'attente et de la promesse domine (Hé 11.10, 11.16, 13.14).
- Déjà approchée, pas encore reçue (Lecture de théologie biblique) : Les croyants se sont déjà approchés de la cité du Dieu vivant (Hé 12.22), tout en la cherchant encore. L'Apocalypse montre cette ville descendant du ciel sur la terre.
Le vocabulaire de Hébreux rappelle certes la philosophie de son époque, mais sa logique est d'abord celle de la promesse et de l'attente. Le lecteur est invité à vivre en étranger sans mépriser la terre, puisque la ville qu'il espère descend d'auprès de Dieu pour habiter avec les hommes.
Portée théologique
La Bible entretient avec la ville un rapport ambivalent. Les premières villes sont bâties par Caïn puis par les hommes de Babel, comme des lieux de sécurité et d'orgueil. Mais Dieu choisit aussi une ville, Jérusalem, pour y faire habiter son nom, et les prophètes rêvent d'une « ville de la justice ». Jérémie demande même aux exilés de rechercher le bien de Babylone, la ville de leur captivité. Le Nouveau Testament hérite de cette tension : la ville est le lieu où l'Évangile se répand, de Jérusalem jusqu'à Rome, mais aussi le lieu du refus, et Jésus pleure sur Jérusalem.
L'Épître aux Hébreux donne au mot sa portée la plus haute : la foi des patriarches est celle d'étrangers qui attendent une cité dont Dieu est l'architecte. Le croyant vit donc dans la ville des hommes sans s'y enfermer. L'Apocalypse achève ce parcours : à la grande ville, Babylone, qui tombe en une heure, répond la ville sainte qui descend du ciel.
Pour la prédication, il est frappant que l'histoire biblique, commencée dans un jardin, se termine dans une ville : Dieu ne rejette pas la culture humaine, il la purifie et l'accomplit. L'Église est appelée à être dès maintenant cette ville sur la montagne qui ne peut être cachée.
Chaîne : De Babel à la Jérusalem nouvelle
- Gn 4.17 La ville de Caïn : « Caïn connut sa femme; elle conçut, et enfanta Hénoc. Il bâtit ensuite une ville, et il donna à cette ville le nom de son fils Hénoc. »
- Gn 11.4 Babel : « Ils dirent encore: Allons! bâtissons-nous une ville et une tour dont le sommet touche au ciel, et faisons-nous un nom, afin que nous ne soyons pas dispersés sur la face de toute la terre. »
- Ps 48.3 La ville du grand roi : « Belle est la colline, joie de toute la terre, la montagne de Sion; Le côté septentrional, c'est la ville du grand roi. »
- És 1.26 Ville de la justice : « Je rétablirai tes juges tels qu'ils étaient autrefois, Et tes conseillers tels qu'ils étaient au commencement. Après cela, on t'appellera ville de la justice, Cité fidèle. »
- Jr 29.7 Le bien de la ville d'exil : « Recherchez le bien de la ville où je vous ai menés en captivité, et priez l'Éternel en sa faveur, parce que votre bonheur dépend du sien. »
- Jon 3.3 Ninive, la grande ville : « Et Jonas se leva, et alla à Ninive, selon la parole de l'Éternel. Or Ninive était une très grande ville, de trois jours de marche. »
- Mt 5.14 La ville sur la montagne : « Vous êtes la lumière du monde. Une ville située sur une montagne ne peut être cachée; »
- Lc 19.41 Jésus pleure sur la ville : « Comme il approchait de la ville, Jésus, en la voyant, pleura sur elle, »
- Ph 3.20 Notre cité est dans les cieux : « Mais notre cité à nous est dans les cieux, d'où nous attendons aussi comme Sauveur le Seigneur Jésus-Christ, »
- Hé 11.10 La cité aux fondements solides : « Car il attendait la cité qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l'architecte et le constructeur. »
- Ap 18.10 La chute de Babylone : « Se tenant éloignés, dans la crainte de son tourment, ils diront: Malheur! malheur! La grande ville, Babylone, la ville puissante! En une seule heure est venu ton jugement! »
- Ap 21.2 La ville sainte descend : « Et je vis descendre du ciel, d'auprès de Dieu, la ville sainte, la nouvelle Jérusalem, préparée comme une épouse qui s'est parée pour son époux. »
Mots apparentés
- ʿîr עִיר : ville, cité
- ṣiyyôn צִיּוֹן : Sion
- šaʿar שַׁעַר : porte (de ville)
- ekklēsia ἐκκλησία : assemblée, Église
- basileia βασιλεία : règne, royaume, royauté
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- māšîaḥ : oint
- melek : roi
- ʿebed : serviteur, esclave
- Christos : Christ, oint, Messie
- huios : fils
- parousia : présence, venue, avènement
- anastasis : résurrection, relèvement
- bôʾ : venir, entrer
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Cinquante ans de clandestinité : Paul Rabaut, pasteur de Nîmes (Paul Rabaut, 1738-1794)
- Convoqué devant un tribunal plus haut : la mort de Samuel Rutherford (Samuel Rutherford, mars 1661)
- Face à la foule de Wednesbury : John Wesley et l'émeute de 1743 (John Wesley, 20 octobre 1743)
- La bougie qui se consume pour éclairer : la leçon de Michael Faraday (La bougie, 1848 et 1860)
- La lentille de Fresnel : la même flamme, vue de beaucoup plus loin (Augustin Fresnel, 1823)
- La perle née d'une blessure : ce que fait l'huître perlière (L'huître perlière, toujours)
- La Samaritaine et la Brahmane : la découverte de Pandita Ramabai (Pandita Ramabai, 1883)
- Le prédicateur qui vaccinait : Rowland Hill et la variole (Rowland Hill, début du XIXe siècle)
- Une femme devant les juges : Elizabeth Bunyan plaide pour son mari (Elizabeth Bunyan, août 1661)
- Une lettre de Chine et une offrande de Noël : l'appel de Lottie Moon (Lottie Moon, 1887-1888)
- « Deux grands objets » : la vocation politique de William Wilberforce (William Wilberforce, 1785-1787)
- « J'aurai mon enfant » : Sojourner Truth devant le tribunal pour son fils (Sojourner Truth, 1827-1828)
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Hermann Strathmann, art. « πόλις », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 6. voir sur Amazon
- Jacques Ellul, Sans feu ni lieu. Signification biblique de la Grande Ville, Paris, Gallimard, 1975. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1962. voir sur Amazon
- Moisés Silva (éd.), New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis, Grand Rapids, Zondervan, 2014. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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