šaʿar שַׁעַר
Strong H8179 · nom masculin · porte (de ville) · 373 occurrences
La porte fortifiée d'une ville, d'un palais ou du sanctuaire, et surtout la place qui la jouxte, où siègent les anciens, où l'on juge et où l'on conclut les affaires. Par extension, la ville elle-même et la communauté qui s'y rassemble.
Racine et étymologie
Le nom šaʿar a des correspondants dans plusieurs langues sémitiques, notamment l'ougaritique ṯġr et l'araméen tarʿâ, qui désignent eux aussi la porte ou l'ouverture d'une enceinte. Les lexiques supposent une racine signifiant « ouvrir, fendre », mais ce rapprochement reste hypothétique, et l'hébreu biblique ne connaît pas de verbe usuel dont le nom dériverait clairement. Comme souvent, c'est l'usage qui définit le mot.
Il faut distinguer šaʿar de delet (H1817), le « battant » de la porte, la planche qui pivote et que l'on ferme. Le šaʿar est l'ensemble de la construction : un passage fortifié, souvent avec des chambres latérales, des bancs et une place devant. Les fouilles de villes de l'âge du fer, comme Megiddo ou Dan, ont mis au jour de tels complexes, où l'on voit encore les banquettes de pierre. C'est là que se déroulait une grande part de la vie publique.
De ce fait, le mot peut désigner par métonymie la ville tout entière : l'expression deutéronomique « dans tes portes » signifie « dans tes villes ». Le dérivé šôʿēr, « portier », désigne les lévites chargés des portes du Temple, très présents dans les Chroniques.
Sens et emplois
Lieu de justice et de témoignage
À la porte siègent les anciens ; on y règle les affaires de rachat, de mariage, de propriété. Boaz y monte pour régler publiquement la question du droit de rachat de Ruth.
« Boaz monta à la porte, et s'y arrêta. »Rt 4.1, Segond 1910
La ville et ses habitants
Par métonymie, « tes portes » désigne les villes d'Israël, et « la porte de mon peuple » l'ensemble de la communauté. Segond traduit alors par « villes ».
« Tu établiras des juges et des magistrats dans toutes les villes que l'Éternel, ton Dieu, te donne, »Dt 16.18, Segond 1910
Point stratégique et symbole de puissance
Tenir la porte, c'est tenir la ville. La promesse faite à Abraham inclut la victoire de sa postérité, qui « possédera la porte de ses ennemis ».
« et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. »Gn 22.17, Segond 1910
Portes du sanctuaire et de Sion
Le mot désigne aussi l'entrée du parvis, puis les portes du Temple et de Jérusalem. Les Psaumes en font le lieu de l'entrée liturgique du peuple et du roi de gloire.
« Portes, élevez vos linteaux; Elevez-vous, portes éternelles! Que le roi de gloire fasse son entrée! »Ps 24.7, Segond 1910
Passage vers Dieu
Au réveil de son songe, Jacob reconnaît à Béthel « la porte des cieux » : le lieu où la communication entre le ciel et la terre devient possible.
« C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux! »Gn 28.17, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit le plus souvent šaʿar par πύλη, la grande porte d'une ville ou d'un édifice, et parfois par θύρα, la porte d'une maison, qui correspond plutôt à l'hébreu delet. Quand le mot hébreu signifie « ville », les traducteurs grecs le rendent parfois directement par πόλις. Le Nouveau Testament n'emploie πύλη que 10 fois, mais en des passages marquants : la « porte étroite » (Mt 7.13) et les « portes du séjour des morts » qui ne prévaudront pas contre l'Église (Mt 16.18), image qui reprend l'idée hébraïque de la porte comme siège de la puissance.
Le terme θύρα, plus fréquent (39 emplois), porte la parole de Jésus : « Je suis la porte » (Jn 10.9). L'Épître aux Hébreux note que Jésus a souffert « hors de la porte » (Hé 13.12), et l'Apocalypse reprend Ézéchiel 48 en décrivant les douze portes de la Jérusalem nouvelle, portant les noms des tribus. Le latin porta a donné le français « porte ».
Le débat
Que signifient « les portes du séjour des morts » de Matthieu 16.18, image héritée du šaʿar hébreu ?
- La puissance hostile qui attaque (Lecture militaire) : Comme la porte représente l'autorité et la force d'une ville, les « portes de l'Hadès » désignent les puissances de mort et du mal qui assaillent l'Église sans pouvoir la vaincre.
- La mort qui retient (Lecture à partir de l'Ancien Testament) : L'expression « portes de la mort » ou « portes du séjour des morts » existe dans l'Ancien Testament (Jb 38.17, És 38.10) et désigne la mort comme prison. Le sens serait : la mort ne pourra retenir l'Église, promesse de résurrection.
- L'Église qui assiège (Lecture missionnaire) : Des portes ne marchent pas : elles résistent. C'est donc l'Église qui attaque et devant laquelle les portes de la mort ne tiendront pas, image d'une mission victorieuse.
L'arrière-plan vétérotestamentaire favorise la deuxième lecture : les « portes » du séjour des morts sont celles qui enferment. Mais l'usage hébreu du šaʿar comme siège du pouvoir donne aussi du poids à l'idée d'une puissance vaincue. Les deux convergent : la mort n'a pas le dernier mot sur le peuple que bâtit le Christ.
Portée théologique
La porte est dans la Bible le lieu où la foi devient publique. C'est là que l'alliance se vit dans la justice rendue aux faibles : Amos exhorte à « faire régner à la porte la justice », et les prophètes dénoncent ceux qui y écrasent le pauvre. Le livre de Ruth montre l'inverse : à la porte, devant les anciens, Boaz assume la responsabilité de racheter la veuve étrangère. La loi elle-même doit être écrite sur les portes (Dt 6.9), comme si la vie commune entière devait passer sous la parole de Dieu.
La porte est aussi un seuil spirituel. Jacob découvre à Béthel la porte des cieux ; les Psaumes chantent les portes par lesquelles entrent les justes et le roi de gloire. Le Nouveau Testament concentre ces images en la personne de Jésus : il est la porte, il invite à passer par la porte étroite, et il souffre hors de la porte, exclu de la ville, pour ouvrir l'accès à Dieu.
Pour la prédication, la vision finale est saisissante : la Jérusalem nouvelle a douze portes qui ne se ferment jamais. La porte, lieu de défense et d'exclusion, devient lieu d'accueil permanent, selon la promesse d'Ésaïe 60.11.
Chaîne : De la porte de la ville à la porte du ciel
- Gn 22.17 La porte des ennemis : « je te bénirai et je multiplierai ta postérité, comme les étoiles du ciel et comme le sable qui est sur le bord de la mer; et ta postérité possédera la porte de ses ennemis. »
- Gn 28.17 La porte des cieux : « Il eut peur, et dit: Que ce lieu est redoutable! C'est ici la maison de Dieu, c'est ici la porte des cieux! »
- Dt 6.9 La parole sur les portes : « Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. »
- Rt 4.1 Boaz à la porte : « Boaz monta à la porte, et s'y arrêta. Or voici, celui qui avait droit de rachat, et dont Boaz avait parlé, vint à passer. Boaz lui dit: Approche, reste ici, toi un tel. Et il s'approcha, et s'arrêta. »
- Ps 24.7 Le roi de gloire entre : « Portes, élevez vos linteaux; Elevez-vous, portes éternelles! Que le roi de gloire fasse son entrée! - »
- Ps 118.20 La porte des justes : « Voici la porte de l'Éternel: C'est par elle qu'entrent les justes. »
- Am 5.15 La justice à la porte : « Haïssez le mal et aimez le bien, Faites régner à la porte la justice; Et peut-être l'Éternel, le Dieu des armées, aura pitié Des restes de Joseph. »
- Mt 7.13 La porte étroite : « Entrez par la porte étroite. Car large est la porte, spacieux est le chemin qui mènent à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là. »
- Jn 10.9 Je suis la porte : « Je suis la porte. Si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé; il entrera et il sortira, et il trouvera des pâturages. »
- Hé 13.12 Hors de la porte : « C'est pour cela que Jésus aussi, afin de sanctifier le peuple par son propre sang, a souffert hors de la porte. »
- Ap 21.25 Des portes jamais fermées : « Ses portes ne se fermeront point le jour, car là il n'y aura point de nuit. »
Mots apparentés
- ʿîr עִיר : ville, cité
- mišpāṭ מִשְׁפָּט : jugement, droit
- bayit בַּיִת : maison
- polis πόλις : ville, cité
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ḥesed : bonté fidèle
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- berît : alliance
- ṣedāqāh : justice, droiture
- eleos : miséricorde
- charis : grâce, faveur
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Le casque d'eau versé dans le sable : Alexandre au désert de Gédrosie (Alexandre le Grand, 325 av. J.-C.)
- Le gouverneur qui ouvrit la tour : la libération de Marie Durand (Marie Durand, 1768)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament, Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Roland de Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, Paris, Cerf, 1958-1960. voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer, Bruce K. Waltke (éd.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Joachim Jeremias, art. « πύλη », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 6. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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