šāmar שָׁמַר
Strong H8104 · verbe · garder, veiller, observer · 468 occurrences
Veiller sur quelque chose ou quelqu'un pour le protéger, et, par extension, observer fidèlement une parole reçue. Dieu garde son peuple ; le peuple garde l'alliance et les commandements. Le même verbe dit la protection et l'obéissance.
Racine et étymologie
La racine š-m-r exprime l'attention vigilante : avoir l'œil sur, surveiller, préserver. Le lexique de STEPBible en donne l'éventail : « to keep, guard, observe, give heed », avec les nuances de « garder une chose confiée », « monter la garde », « protéger », « observer », « être attentif ». Le participe šōmēr, « celui qui garde », désigne le gardien et la sentinelle : « Sentinelle, que dis-tu de la nuit? » (És 21.11).
Au thème niphal, le verbe prend un sens réfléchi : « prendre garde à soi, se garder de ». Le Deutéronome multiplie ces mises en garde, car la mémoire de l'alliance est fragile. Plusieurs dérivés prolongent la racine : mišmeret, « garde, poste, charge confiée », qui désigne le service des Lévites autour du sanctuaire, et ʾašmûrâ, « veille de la nuit ». Le nom propre Samarie (šōmrôn) est souvent rapproché de la même racine, au sens de « poste de garde ».
Le verbe relie deux domaines que le français sépare : la protection d'une personne et l'obéissance à une parole. Garder un troupeau et garder un commandement relèvent, en hébreu, de la même vigilance.
Sens et emplois
Garder, prendre soin
Veiller sur un lieu ou un bien confié. Dès le jardin d'Éden, l'homme reçoit la mission de cultiver et de garder ; plus tard, les chérubins gardent le chemin de l'arbre de vie.
« pour le cultiver et pour le garder. »Gn 2.15, Segond 1910
Protéger : Dieu gardien
Dieu veille sur les siens, de jour comme de nuit. Le Psaume 121 emploie le verbe six fois et en fait le titre même de Dieu : « Celui qui garde Israël ».
« L'Éternel te gardera de tout mal, Il gardera ton âme; »Ps 121.7, Segond 1910
Observer l'alliance et la Loi
Garder les commandements, c'est les observer avec soin, comme un dépôt précieux. Le Deutéronome redouble le verbe pour insister.
« Mais vous observerez les commandements de l'Éternel, votre Dieu, »Dt 6.17, Segond 1910
Le service du sanctuaire
Les Lévites « gardent » la tente d'assignation : ils en assurent la surveillance et le service. Le verbe a ici une couleur liturgique.
« Ils auront le soin de ce qui est remis à sa garde »Nb 3.7, Segond 1910
Veiller, attendre
Le gardien de nuit attend l'aube. Le psalmiste compare son espérance à cette veille tendue vers le matin.
« Plus que les gardes ne comptent sur le matin, »Ps 130.6, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend šāmar principalement par deux verbes : φυλάσσω, « monter la garde, protéger, observer », et τηρέω, « veiller sur, conserver, observer ». Les deux passent dans le Nouveau Testament avec la même double valeur. Jésus prie le Père de « garder » ses disciples (Jn 17) et appelle ses disciples à « garder » sa parole ; l'expression « garder les commandements », si fréquente chez Jean, prolonge directement le langage du Deutéronome.
Le grec διαφυλάσσω et le latin « custodire » ou « servare » apparaissent aussi. En français, Segond traduit selon le contexte par « garder », « observer », « veiller », « prendre garde », « avoir soin ». Lire ces mots en ayant en tête l'unique verbe hébreu permet de voir que l'obéissance biblique n'est pas une soumission mécanique : c'est la vigilance de celui qui protège un trésor confié.
Le débat
Que signifie « cultiver et garder » le jardin en Genèse 2.15 : une tâche agricole ou un service sacré ?
- Une tâche agricole (Lecture littérale) : L'homme est un jardinier : il travaille la terre et la protège. Argument : le contexte immédiat parle de plantes, d'arbres et de fleuves ; le verbe ʿābad désigne ailleurs le travail du sol.
- Le jardin-sanctuaire (Lecture du temple) : Les deux verbes ʿābad et šāmar réapparaissent ensemble pour le service des Lévites dans la tente d'assignation (Nb 3.7-8). Éden serait décrit comme un premier sanctuaire, et Adam comme son premier gardien, chargé de veiller sur la présence de Dieu.
- Une vocation de responsabilité (Lecture éthique et écologique contemporaine) : Garder signifie préserver : l'homme n'est pas propriétaire de la création mais son gardien. Argument : le verbe implique toujours un bien confié par un autre.
Les lectures ne s'excluent pas : le jardin est à la fois un lieu à travailler et un lieu de présence divine. Le parallèle avec Nombres 3 est réel et éclairant. La question de Caïn, « suis-je le gardien de mon frère? », montre d'ailleurs que la vocation de garder s'étend dès l'origine aux personnes.
Portée théologique
Le verbe šāmar dessine une alliance réciproque. Dieu promet à Jacob en fuite : « je te garderai partout où tu iras » ; le prêtre bénit le peuple : « Que l'Éternel te bénisse, et qu'il te garde! » ; et le peuple répond en gardant l'alliance, le sabbat et les commandements. Parce que Dieu garde, l'homme peut garder ; et ce qu'il garde, ce sont les paroles d'un Dieu qui le protège.
Le Psaume 121 en fait une méditation pour le voyageur : Dieu « ne sommeille ni ne dort », il garde « ton départ et ton arrivée, Dès maintenant et à jamais ». Le Psaume 127 en tire la leçon de l'humilité : « Si l'Éternel ne garde la ville, Celui qui la garde veille en vain ». La vigilance humaine est nécessaire, mais elle ne suffit pas.
Pour la prédication, le verbe aide à comprendre l'obéissance autrement que comme une contrainte. Garder un commandement, c'est le protéger comme un bien précieux, le conserver contre l'oubli, en prendre soin comme d'un jardin. La conclusion de l'Ecclésiaste résume ainsi toute la sagesse : « Crains Dieu et observe ses commandements ». Et la question de Caïn reste posée à chaque génération : nous sommes bien les gardiens de nos frères.
Chaîne : Celui qui garde et ceux qui gardent
- Gn 2.15 Garder le jardin : « L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder. »
- Gn 4.9 Le gardien de mon frère ? : « L'Éternel dit à Caïn: Où est ton frère Abel? Il répondit: Je ne sais pas; suis-je le gardien de mon frère? »
- Gn 17.9 Garder l'alliance : « Dieu dit à Abraham: Toi, tu garderas mon alliance, toi et tes descendants après toi, selon leurs générations. »
- Gn 28.15 « Je te garderai » : « Voici, je suis avec toi, je te garderai partout où tu iras, et je te ramènerai dans ce pays; car je ne t'abandonnerai point, que je n'aie exécuté ce que je te dis. »
- Ex 20.6 Ceux qui gardent mes commandements : « et qui fais miséricorde jusqu'en mille générations à ceux qui m'aiment et qui gardent mes commandements. »
- Nb 6.24 La bénédiction sacerdotale : « Que l'Éternel te bénisse, et qu'il te garde! »
- Dt 5.12 Observer le sabbat : « Observe le jour du repos, pour le sanctifier, comme l'Éternel, ton Dieu, te l'a ordonné. »
- Ps 121.4 Il ne dort pas : « Voici, il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël. »
- Ps 127.1 Si l'Éternel ne garde la ville : « Cantique des degrés. De Salomon. Si l'Éternel ne bâtit la maison, Ceux qui la bâtissent travaillent en vain; Si l'Éternel ne garde la ville, Celui qui la garde veille en vain. »
- Jr 31.10 Comme un berger : « Nations, écoutez la parole de l'Éternel, Et publiez-la dans les îles lointaines! Dites: Celui qui a dispersé Israël le rassemblera, Et il le gardera comme le berger garde son troupeau. »
- Jn 17.12 Jésus a gardé les siens : « Lorsque j'étais avec eux dans le monde, je les gardais en ton nom. J'ai gardé ceux que tu m'as donnés, et aucun d'eux ne s'est perdu, sinon le fils de perdition, afin que l'Écriture fût accomplie. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ḥesed : bonté fidèle
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
- charis : grâce, faveur
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Ambroise Paré épargné par le roi pendant la Saint-Barthélemy (Ambroise Paré, 24 août 1572)
- Avant la Croix-Rouge, la Bible : Henri Dunant et les Unions chrétiennes (Henri Dunant, 1852-1855)
- Le chloroforme et le sommeil d'Adam : James Simpson répond aux objections (James Young Simpson, 4 novembre 1847)
- Le soldat qui n'a pas tiré : Sankey et le cantique du Berger (Ira Sankey, vers 1875)
- Un feu qui ne s'éteint pas : la chaîne de prière de Herrnhut (Nicolas Louis de Zinzendorf, 27 août 1727)
- « J'aurai mon enfant » : Sojourner Truth devant le tribunal pour son fils (Sojourner Truth, 1827-1828)
- « Merveilleusement gardés » : le dernier poème de Dietrich Bonhoeffer (Dietrich Bonhoeffer, 19 décembre 1944)
- « Nous avons oublié Dieu » : Lincoln proclame un jour de jeûne national (Abraham Lincoln, 30 mars 1863)
- « Tu es cicéronien, non chrétien » : le songe de Jérôme (Jérôme de Stridon, vers 375)
Bibliographie
- F. Brown, S. R. Driver, C. A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- L. Koehler, W. Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- G. J. Botterweck, H. Ringgren, H.-J. Fabry (éd.), Theological Dictionary of the Old Testament, art. « šāmar ». voir sur Amazon
- R. L. Harris, G. L. Archer, B. K. Waltke (éd.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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