ṭôb טוֹב
Strong H2896 · adjectif ; nom masculin et féminin (ṭôbâ) · bon, bien · 538 occurrences
Le mot le plus courant de l'hébreu pour dire ce qui est bon : agréable aux sens, utile, convenable, moralement droit, heureux. Appliqué à Dieu, il dit sa bonté envers ses créatures ; appliqué à la création, il dit que le monde correspond à son dessein.
Racine et étymologie
La racine ṭ-w-b (ou ṭ-y-b) est bien attestée dans les langues sémitiques voisines : l'akkadien ṭābu signifie « bon, agréable, doux », et l'araméen connaît ṭāb dans le même sens. Le mot hébreu appartient donc à un fonds très ancien et très large. Il n'a rien de technique : c'est le terme de tous les jours, celui que l'on emploie pour un repas, une terre, un conseil ou une personne. Cette banalité est précieuse, car elle montre que la Bible n'a pas réservé un vocabulaire spécial à la bonté de Dieu ; elle a pris le mot ordinaire et l'a rempli de sens.
Sous un même numéro Strong, STEPBible distingue trois emplois : l'adjectif ṭôb (« bon, agréable, beau »), le nom masculin ṭôb (« le bien, le bonheur, les biens ») et le nom féminin ṭôbâ (« le bien, la prospérité, le bienfait »). Le verbe apparenté ṭôb / yāṭab, « être bon, aller bien », a son propre numéro. Ces formes couvrent ensemble l'esthétique (ce qui est beau à voir), l'utilitaire (ce qui convient), le moral (ce qui est juste) et le bonheur (ce qui fait du bien).
Le contraire habituel est raʿ, « mauvais, mal ». Le couple « bon et mauvais » sert souvent à dire la totalité, à la manière d'une expression comme « de A à Z » : l'arbre de « la connaissance du bien et du mal » peut se comprendre aussi dans ce sens d'une connaissance totale, ou d'une prétention à décider soi-même de ce qui est bon.
Sens et emplois
Conforme au dessein de Dieu
Dans le récit de la création, le refrain « Dieu vit que cela était bon » culmine au sixième jour. Le mot dit que l'ensemble correspond exactement à ce que Dieu voulait : un monde ordonné, habitable, porteur de vie.
« Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. »Gn 1.31, Segond 1910
Agréable, beau, utile
Le sens le plus concret : ce qui plaît aux yeux ou au goût, ce qui convient à son usage. Les arbres du jardin sont « bons à manger » comme on dirait d'un fruit savoureux.
« L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, »Gn 2.9, Segond 1910
Ce qui convient à l'homme
Le premier « pas bon » de la Bible concerne la solitude humaine. Ṭôb désigne ici ce qui convient à la vie et au bonheur de la créature, et non une qualité morale.
« L'Éternel Dieu dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui. »Gn 2.18, Segond 1910
Le bien moral
Opposé au mal, le bien est ce que Dieu demande et que l'homme doit aimer et pratiquer. Les prophètes en font un critère de la justice sociale.
« On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; »Mi 6.8, Segond 1910
La bonté de Dieu
Dans la louange d'Israël, « l'Éternel est bon » est une confession de foi, presque toujours liée à son ḥesed qui dure à toujours.
« Louez l'Éternel, car il est bon, Car sa miséricorde dure à toujours! »Ps 136.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend ṭôb surtout par deux adjectifs grecs : ἀγαθός, « bon » au sens de ce qui est bienfaisant ou moralement bon, et καλός, « beau, bon » au sens de ce qui est bien fait et plaisant. Dans Genèse 1, c'est καλός qui traduit le refrain de la création : le monde est « beau » autant que « bon ». Ce choix a nourri la réflexion chrétienne sur la beauté du monde créé.
Le Nouveau Testament hérite de ce double vocabulaire. Quand Jésus déclare que « nul n'est bon, si ce n'est Dieu seul » (Mc 10.18), le grec emploie ἀγαθός, qui reprend la confession des Psaumes. Quand il se présente comme « le bon berger » (Jn 10.11), c'est καλός : le berger accompli, celui qui est vraiment ce qu'un berger doit être. La Vulgate a uniformisé en « bonus » et « bonum », d'où le « bon » et le « bien » de nos traductions françaises.
Le débat
Quand Dieu dit de sa création qu'elle est « bonne », s'agit-il d'une qualité morale ou esthétique, ou du fait qu'elle fonctionne selon son dessein ?
- Une bonté de nature (Lecture patristique et classique) : Lecture classique chez les Pères et les théologiens : le monde est bon en lui-même, reflet de la bonté de son auteur. Argument : la doctrine de la création s'oppose ainsi à toute idée d'une matière mauvaise.
- Une bonté fonctionnelle (John H. Walton, 2009) : Dans The Lost World of Genesis One, Walton soutient que « bon » signifie d'abord « qui fonctionne comme prévu » : chaque élément est mis en état de remplir son rôle dans un cosmos pensé comme un temple. Argument : Gn 2.18 emploie « pas bon » pour un manque de fonctionnement, non pour un défaut moral.
- Une beauté à contempler (Lecture à partir de la Septante) : Lecture appuyée sur la Septante (καλός) : le refrain exprime l'admiration de l'artisan devant son œuvre, une approbation esthétique autant que morale.
Les trois lectures ne s'excluent pas. L'usage ordinaire de ṭôb couvre l'utile, le beau et le juste ; le récit de Genèse 1 joue sur cette largeur. L'insistance sur le fonctionnement est éclairante en Gn 2.18, mais le « très bon » final dit aussi l'approbation joyeuse de Dieu devant un monde réussi.
Portée théologique
Ṭôb est le premier jugement que la Bible porte sur le monde, et ce jugement est positif. Avant toute faute, la création est déclarée « très bonne ». Cette affirmation a des conséquences durables : le corps, la matière, la nourriture, la sexualité, le travail ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Le mal est une corruption de ce qui était bon, non une seconde puissance égale à Dieu.
Le mot porte aussi l'espérance. Joseph peut dire à ses frères que Dieu a « changé en bien » ce qu'ils avaient médité de mal (Gn 50.20) : la bonté de Dieu ne nie pas le mal, elle le retourne. Le psalmiste invite à « goûter » cette bonté comme on goûte un mets, et les prophètes rappellent que celui qui l'a reçue doit « aimer le bien » et le pratiquer. Pour la prédication, ṭôb relie ainsi la doctrine de la création, la providence et l'éthique : un Dieu bon, un monde bon, une vie bonne à laquelle l'homme est appelé.
Chaîne : Le bien que Dieu veut et qu'il donne
- Gn 1.31 Un monde très bon : « Dieu vit tout ce qu'il avait fait et voici, cela était très bon. Ainsi, il y eut un soir, et il y eut un matin: ce fut le sixième jour. »
- Gn 2.18 Le premier « pas bon » : « L'Éternel Dieu dit: Il n'est pas bon que l'homme soit seul; je lui ferai une aide semblable à lui. »
- Gn 50.20 Le mal changé en bien : « Vous aviez médité de me faire du mal: Dieu l'a changé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd'hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. »
- Ps 34.9 Goûter la bonté de Dieu : « Sentez et voyez combien l'Éternel est bon! Heureux l'homme qui cherche en lui son refuge! »
- Ps 100.5 Car l'Éternel est bon : « Car l'Éternel est bon; sa bonté dure toujours, Et sa fidélité de génération en génération. »
- Lm 3.25 Bon pour qui espère : « L'Éternel a de la bonté pour qui espère en lui, Pour l'âme qui le cherche. »
- Am 5.15 Aimer le bien : « Haïssez le mal et aimez le bien, Faites régner à la porte la justice; Et peut-être l'Éternel, le Dieu des armées, aura pitié Des restes de Joseph. »
- Mi 6.8 Ce qui est bien : « On t'a fait connaître, ô homme, ce qui est bien; Et ce que l'Éternel demande de toi, C'est que tu pratiques la justice, Que tu aimes la miséricorde, Et que tu marches humblement avec ton Dieu. »
- Mc 10.18 Dieu seul est bon : « Jésus lui dit: Pourquoi m'appelles-tu bon? Il n'y a de bon que Dieu seul. »
- Rm 8.28 Tout concourt au bien : « Nous savons, du reste, que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu, de ceux qui sont appelés selon son dessein. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Création, vie et gloire »
- bārāʾ : créer
- šāmayim : cieux, ciel
- ʾereṣ : terre, pays
- ḥayyîm : vie
- bārak : bénir
- zōē : vie
- kosmos : monde, ordre, parure
- chara : joie
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Ambroise Paré épargné par le roi pendant la Saint-Barthélemy (Ambroise Paré, 24 août 1572)
- Cent prières par jour : Patrick, esclave en Irlande (Patrick d'Irlande, début du Ve siècle)
- D'un livre à la Croix-Rouge : Henri Dunant et la Convention de Genève (Henri Dunant, 1862-1864)
- De la cale du négrier à l'Évangile : l'enfance de Samuel Crowther (Samuel Ajayi Crowther, 1821-1825)
- L'aigle qui renouvelle sa jeunesse : une légende ancienne et le Psaume 103 (L'aigle, IIe-IVe siècle (Physiologus))
- L'évêque qui finança Tyndale en achetant ses bibles pour les brûler (William Tyndale, 1529)
- La Pentecôte morave : la sainte cène de Herrnhut du 13 août 1727 (Nicolas Louis de Zinzendorf, 13 août 1727)
- Le berger qui voulait lire le grec : John Brown de Haddington (John Brown de Haddington, vers 1738)
- Le pont de Brooklyn et ses milliers de fils : la force des liens unis (Le pont suspendu, 1869-1883)
- Le sauf-conduit trahi : Jan Hus emprisonné à Constance (Jan Hus, 1414-1415)
- Les notes de Bach dans sa Bible : « Dieu est toujours présent avec sa grâce » (Jean-Sébastien Bach, 1733)
- Libérée par erreur : Corrie ten Boom sort de Ravensbrück (Corrie ten Boom, fin décembre 1944)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1906, art. « ṭôb ». voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, art. « ṭôb ». voir sur Amazon
- Theological Dictionary of the Old Testament, art. « ṭôb ». voir sur Amazon
- John H. Walton, The Lost World of Genesis One, Downers Grove, IVP Academic, 2009. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Bien ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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