raʿ רַע

Strong H7451 · adjectif ; nom masculin et féminin (rāʿâ) · mauvais, mal, malheur · 659 occurrences

Tout ce qui est mauvais : ce qui est nuisible, désagréable ou de mauvaise qualité, le malheur qui frappe, et le mal moral que l'on commet. L'hébreu ne sépare pas le mal que l'on fait du mal que l'on subit.

Racine et étymologie

Le mot se rattache à la racine r-ʿ-ʿ, dont le verbe rāʿaʿ signifie « être mauvais, faire du mal ». La forme courte raʿ sert d'adjectif (« mauvais ») et de nom (« le mal ») ; le féminin rāʿâ désigne le plus souvent le malheur, la calamité, mais aussi la méchanceté. Le lexique STEPBible distingue ces trois emplois (H7451a, b et c), regroupés sous un seul numéro Strong.

Ce qui frappe d'emblée, c'est l'étendue du champ couvert. Raʿ peut qualifier des vaches maigres et laides (Gn 41.3), une eau malsaine, une bête féroce (Gn 37.20), un visage triste (Gn 40.7) ou une mauvaise nouvelle. Le même mot dit aussi la méchanceté du cœur humain (Gn 6.5) et le désastre que Dieu annonce contre une ville (Jon 3.10). Le français doit donc choisir entre « mauvais », « mal », « méchanceté », « malheur », « adversité » ; l'hébreu, lui, entend une seule réalité : ce qui contrarie la vie et le bien.

Le couple ṭôb wārāʿ, « bien et mal », traverse toute la Bible hébraïque. Il peut désigner la totalité des choses (« ni bien ni mal », c'est-à-dire rien du tout), la capacité de juger (1 R 3.9), ou la connaissance mystérieuse de l'arbre du jardin (Gn 2.9). Le contraire de raʿ est toujours ṭôb (H2896), mot à peine moins fréquent.

Sens et emplois

  1. Le mal moral

    La méchanceté qui habite le cœur et inspire la conduite. Avant le déluge, le diagnostic divin porte sur l'orientation intérieure de l'homme, non sur quelques fautes isolées.

    « L'Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. »Gn 6.5, Segond 1910
  2. Le malheur, l'adversité

    Le mal que l'on subit : épreuve, maladie, catastrophe. Job reconnaît que la même main divine donne le bonheur et permet l'épreuve, sans que cela fasse de Dieu un être méchant.

    « Quoi! nous recevons de Dieu le bien, et nous ne recevrions pas aussi le mal! »Jb 2.10, Segond 1910
  3. Ce qui déplaît à l'Éternel

    La formule « faire ce qui est mal aux yeux de l'Éternel » scande les livres des Juges et des Rois. Le critère du mal n'est pas l'opinion humaine mais le regard de Dieu ; Segond traduit souvent par « ce qui déplaît ».

    « Les enfants d'Israël firent alors ce qui déplaît à l'Éternel, et ils servirent les Baals. »Jg 2.11, Segond 1910
  4. Le mal changé en bien

    Le mal projeté par les hommes peut être retourné par Dieu au service de la vie. Joseph relit ainsi toute son histoire devant ses frères.

    « Vous aviez médité de me faire du mal: Dieu l'a changé en bien, »Gn 50.20, Segond 1910
  5. Le mal dont Dieu se repent

    Rāʿâ désigne aussi la sanction annoncée par Dieu. Quand le peuple se détourne de sa « mauvaise voie », Dieu renonce au « mal » prévu : le même mot sert pour la faute et pour le châtiment.

    « Alors Dieu se repentit du mal qu'il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. »Jon 3.10, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante répartit raʿ entre deux adjectifs grecs principaux : πονηρός, « mauvais, méchant », qui insiste sur la malignité active, et κακός, « mauvais, nuisible », plus général. Le nom rāʿâ est souvent rendu par κακία ou par le pluriel τὰ κακά, « les maux, les malheurs ».

Ce double héritage se retrouve dans le Nouveau Testament. Quand Jésus enseigne à prier « délivre-nous du mal » (Mt 6.13), le grec emploie πονηρός, que l'on peut comprendre comme « le mal » ou « le Malin ». Paul, lui, reprend la sagesse des Psaumes et des Proverbes : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien » (Rm 12.21, avec κακός et ἀγαθός). Le couple hébreu du bien et du mal continue ainsi de structurer la morale chrétienne. La Vulgate fixe « malum », d'où le « mal » de nos traductions.

Le débat

Quand Ésaïe 45.7 fait dire à Dieu « je crée l'adversité » (raʿ), faut-il comprendre que Dieu est l'auteur du mal moral ?

Le parallélisme lumière/ténèbres, paix/raʿ rend la première lecture solide : Segond traduit à juste titre « adversité ». Mais le texte affirme aussi, sans l'atténuer, que rien n'échappe à Dieu. La Bible tient ensemble deux convictions : Dieu n'est pas méchant (Ha 1.13), et le mal ne lui échappe pas (Gn 50.20).

Portée théologique

Le mot raʿ empêche de séparer trop vite la morale et le malheur. Pour l'Ancien Testament, le mal que l'homme commet et le mal qu'il subit sont liés : la méchanceté produit la ruine, et la ruine est appelée du même nom. Les prophètes, Jérémie en tête (plus de cent emplois), jouent constamment sur ce double sens : si le peuple se détourne de sa rāʿâ, Dieu se détourne de la rāʿâ annoncée (Jr 18.8). La conversion est donc toujours possible, et le jugement n'est jamais une fatalité.

Pour la prédication, deux textes se répondent. Le Psaume 23 ne promet pas l'absence du mal mais la présence du berger au cœur de la vallée : « je ne crains aucun mal, car tu es avec moi ». Et l'histoire de Joseph montre que le mal réel, voulu par des frères jaloux, n'a pas le dernier mot. L'exigence éthique suit : « Haïssez le mal et aimez le bien » (Am 5.15), une haine qui se traduit par la justice rendue à la porte de la ville. Le Nouveau Testament en tire la consigne de Paul : surmonter le mal par le bien.

Chaîne : Le bien et le mal dans l'histoire du salut

  1. Gn 2.9 L'arbre de la connaissance : « L'Éternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l'arbre de la vie au milieu du jardin, et l'arbre de la connaissance du bien et du mal. »
  2. Gn 6.5 Le cœur porté au mal : « L'Éternel vit que la méchanceté des hommes était grande sur la terre, et que toutes les pensées de leur cœur se portaient chaque jour uniquement vers le mal. »
  3. Gn 50.20 Le mal changé en bien : « Vous aviez médité de me faire du mal: Dieu l'a changé en bien, pour accomplir ce qui arrive aujourd'hui, pour sauver la vie à un peuple nombreux. »
  4. Dt 30.15 Choisir la vie : « Vois, je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bien, la mort et le mal. »
  5. 1 R 3.9 Discerner le bien du mal : « Accorde donc à ton serviteur un cœur intelligent pour juger ton peuple, pour discerner le bien du mal! Car qui pourrait juger ton peuple, ce peuple si nombreux? »
  6. Ps 23.4 Ne craindre aucun mal : « Quand je marche dans la vallée de l'ombre de la mort, Je ne crains aucun mal, car tu es avec moi: Ta houlette et ton bâton me rassurent. »
  7. És 45.7 Le Dieu unique : « Je forme la lumière, et je crée les ténèbres, Je donne la prospérité, et je crée l'adversité; Moi, l'Éternel, je fais toutes ces choses. »
  8. Am 5.15 Haïr le mal : « Haïssez le mal et aimez le bien, Faites régner à la porte la justice; Et peut-être l'Éternel, le Dieu des armées, aura pitié Des restes de Joseph. »
  9. Jon 3.10 Dieu renonce au malheur : « Dieu vit qu'ils agissaient ainsi et qu'ils revenaient de leur mauvaise voie. Alors Dieu se repentit du mal qu'il avait résolu de leur faire, et il ne le fit pas. »
  10. Mt 6.13 Délivre-nous du mal : « ne nous induis pas en tentation, mais délivre-nous du malin. Car c'est à toi qu'appartiennent, dans tous les siècles, le règne, la puissance et la gloire. Amen! »
  11. Rm 12.21 Vaincre le mal par le bien : « Ne te laisse pas vaincre par le mal, mais surmonte le mal par le bien. »

Mots apparentés

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Bibliographie

Pour aller plus loin

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