rāšāʿ רָשָׁע
Strong H7563 · adjectif, souvent employé comme nom · méchant, coupable · 262 occurrences
Celui qui est dans son tort : au tribunal, le coupable ; dans la vie, l'homme qui fait du mal aux autres et vit comme si Dieu ne voyait pas. Il forme avec ṣaddîq, « le juste », le couple d'opposés le plus constant de la Bible hébraïque.
Racine et étymologie
La racine r-š-ʿ appartient d'abord au vocabulaire du jugement. Le verbe rāšaʿ (H7561) signifie « être coupable, agir mal », et surtout, à la forme causative (hifil), « déclarer coupable, condamner ». C'est le terme technique du verdict : « on absoudra l'innocent, et l'on condamnera le coupable » (Dt 25.1). L'adjectif rāšāʿ désigne donc à l'origine celui que le juge reconnaît dans son tort, par opposition à ṣaddîq, celui à qui l'on donne raison.
De ce sens judiciaire, le mot s'est élargi au domaine moral et religieux. Le rāšāʿ n'est plus seulement la partie perdante d'un procès, mais l'homme dont toute la conduite est injuste : il opprime le pauvre, ment, trame le mal et méprise Dieu. Le nom rešaʿ (H7562) désigne cette « méchanceté » comme qualité ou comme acte, et le féminin rišʿâ la faute commise.
Les étymologies proposées à partir de l'arabe (idée de « relâchement » ou de « désordre ») restent incertaines. Il vaut mieux partir de l'usage, très concentré : près de deux emplois sur trois se trouvent dans les Psaumes et les Proverbes, où le méchant sert de repoussoir à la figure du juste. Job et l'Ecclésiaste, eux, s'en servent pour poser la question qui dérange : pourquoi le méchant prospère-t-il ?
Sens et emplois
Le coupable devant le juge
Sens judiciaire premier : la partie qui a tort dans un litige. Moïse interpelle « celui qui avait tort » dans la querelle de deux Hébreux, et la Loi interdit d'acquitter le coupable.
« Tu ne prononceras point de sentence inique, et tu ne feras point mourir l'innocent et le juste; car je n'absoudrai point le coupable. »Ex 23.7, Segond 1910
Le méchant opposé au juste
Le couple rāšāʿ / ṣaddîq structure la pensée biblique de la justice. Abraham l'invoque pour plaider en faveur de Sodome : Dieu ne peut confondre les deux.
« Abraham s'approcha, et dit: Feras-tu aussi périr le juste avec le méchant? »Gn 18.23, Segond 1910
L'homme qui vit sans Dieu
Dans les Psaumes, le méchant est celui qui agit comme si Dieu ne voyait rien. Sa faute n'est pas d'abord intellectuelle : il nie le jugement pour pouvoir opprimer en paix.
« Le méchant dit avec arrogance: Il ne punit pas! Il n'y a point de Dieu! »Ps 10.4, Segond 1910
La voie des méchants
Les sages et le Psaume 1 décrivent deux chemins. Celui des méchants semble florissant, mais il ne tient pas : il est « comme la paille que le vent dissipe ».
« Il n'en est pas ainsi des méchants: Ils sont comme la paille que le vent dissipe. »Ps 1.4, Segond 1910
Le méchant appelé à revivre
Ézéchiel renverse la perspective : Dieu ne souhaite pas la mort du méchant, mais sa conversion. Le rāšāʿ n'est pas une catégorie figée, il peut changer de voie.
« ce que je désire, ce n'est pas que le méchant meure, c'est qu'il change de conduite et qu'il vive. »Éz 33.11, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante ne dispose pas d'un équivalent unique. Elle traduit le plus souvent rāšāʿ par ἀσεβής, « impie, irréligieux », mais aussi par ἁμαρτωλός, « pécheur », ou ἄνομος, « sans loi ». Ce choix déplace l'accent : là où l'hébreu pense d'abord à la culpabilité et au tort fait à autrui, le grec ἀσεβής insiste sur le manque de piété envers Dieu.
Ce vocabulaire prépare une déclaration étonnante de Paul. La Loi interdisait au juge d'« absoudre le coupable » (Ex 23.7 ; Pr 17.15 : « Celui qui absout le coupable et celui qui condamne le juste Sont tous deux en abomination à l'Éternel »). Or Paul affirme que Dieu « justifie l'impie » (Rm 4.5), avec le mot ἀσεβής qui traduit rāšāʿ dans la Septante. Ce que la Loi interdisait à un juge humain, Dieu le fait en Christ, qui « est mort pour des impies » (Rm 5.6) : non en déclarant que le mal est bien, mais en portant lui-même la condamnation.
Le débat
Qui sont les « méchants » contre lesquels prie le psalmiste ?
- Des ennemis occultes (Sigmund Mowinckel, 1921) : Dans ses Psalmenstudien, Mowinckel voit dans les « ouvriers d'iniquité » des Psaumes des sorciers qui ensorcellent le malade par la parole maléfique. Les méchants seraient ceux qui ont provoqué la maladie du suppliant.
- Des ennemis étrangers (Harris Birkeland, 1933) : Les ennemis des Psaumes individuels seraient en réalité les nations païennes qui menacent le roi et le peuple. Le « je » du psalmiste représenterait souvent le roi, chef d'Israël. Argument : Ps 9.18 associe les méchants aux « nations qui oublient Dieu ».
- Des oppresseurs au sein du peuple (lecture sociale) : Les méchants sont surtout des Israélites puissants qui exploitent le pauvre, corrompent les tribunaux et se moquent de Dieu. Argument : la prière des Psaumes rejoint la critique des prophètes contre l'injustice interne (Ps 10 ; Ps 37 ; Ps 73).
Les hypothèses de Mowinckel et de Birkeland ont éclairé certains psaumes, mais aucune ne s'applique à tous. Le mot reste volontairement large : le rāšāʿ est quiconque fait du tort et refuse de rendre des comptes. Cette ouverture permet à chaque lecteur de prier ces psaumes dans sa propre situation d'injustice.
Portée théologique
Le mot rāšāʿ rappelle que, dans la Bible, le mal est d'abord une injustice faite à quelqu'un. Le méchant n'est pas un être mystérieux, mais celui qui a tort et refuse de le reconnaître : il frappe son prochain, fausse la balance, achète le juge. La foi d'Israël affirme que Dieu, « celui qui juge toute la terre », finira par faire la différence entre le juste et le méchant (Ml 3.18), même si le présent semble démentir cette espérance.
Les Psaumes 37 et 73, Job et l'Ecclésiaste prennent au sérieux le scandale du méchant qui prospère. Ils n'apportent pas de réponse facile : le psalmiste ne retrouve la paix qu'en entrant dans le sanctuaire et en considérant la fin des méchants. Ézéchiel ajoute que Dieu ne prend pas plaisir à cette fin : il veut que le méchant se convertisse et vive.
Le Nouveau Testament pousse cette logique jusqu'au bout. Le serviteur d'Ésaïe 53 est compté parmi les méchants, Jésus est crucifié entre deux malfaiteurs, et Paul annonce un Dieu qui justifie l'impie. La prédication chrétienne peut donc dire deux choses à la fois : le mal sera jugé, et le coupable qui se tourne vers Dieu trouve un pardon qu'il ne pouvait pas mériter.
Chaîne : Le juste et le méchant
- Gn 18.25 Le juge de toute la terre : « Faire mourir le juste avec le méchant, en sorte qu'il en soit du juste comme du méchant, loin de toi cette manière d'agir! loin de toi! Celui qui juge toute la terre n'exercera-t-il pas la justice? »
- Ex 9.27 L'aveu de Pharaon : « Pharaon fit appeler Moïse et Aaron, et leur dit: Cette fois, j'ai péché; c'est l'Éternel qui est le juste, et moi et mon peuple nous sommes les coupables. »
- Dt 25.1 Condamner le coupable : « Lorsque des hommes, ayant entre eux une querelle, se présenteront en justice pour être jugés, on absoudra l'innocent, et l'on condamnera le coupable. »
- Jb 21.7 La question de Job : « Pourquoi les méchants vivent-ils? Pourquoi les voit-on vieillir et accroître leur force? »
- Ps 1.6 Les deux voies : « Car l'Éternel connaît la voie des justes, Et la voie des pécheurs mène à la ruine. »
- Ps 73.3 Le bonheur des méchants : « Car je portais envie aux insensés, En voyant le bonheur des méchants. »
- Pr 17.15 Absoudre le coupable : « Celui qui absout le coupable et celui qui condamne le juste Sont tous deux en abomination à l'Éternel. »
- És 53.9 Le serviteur parmi les méchants : « On a mis son sépulcre parmi les méchants, Son tombeau avec le riche, Quoiqu'il n'eût point commis de violence Et qu'il n'y eût point de fraude dans sa bouche. »
- Éz 33.11 Qu'il change et qu'il vive : « Dis-leur: je suis vivant! dit le Seigneur, l'Éternel, ce que je désire, ce n'est pas que le méchant meure, c'est qu'il change de conduite et qu'il vive. Revenez, revenez de votre mauvaise voie; et pourquoi mourriez-vous, maison d'Israël? »
- Ml 3.18 La différence rendue visible : « Et vous verrez de nouveau la différence Entre le juste et le méchant, Entre celui qui sert Dieu Et celui qui ne le sert pas. »
- Lc 18.13 Le publicain : « Le publicain, se tenant à distance, n'osait même pas lever les yeux au ciel; mais il se frappait la poitrine, en disant: Ô Dieu, sois apaisé envers moi, qui suis un pécheur. »
- Rm 4.5 Dieu justifie l'impie : « et à celui qui ne fait point d'œuvre, mais qui croit en celui qui justifie l'impie, sa foi lui est imputée à justice. »
Mots apparentés
- ṣedāqāh צְדָקָה : justice, droiture
- raʿ רַע : mauvais, mal, malheur
- ʿāwōn עָוֺן : iniquité, culpabilité
- pešaʿ פֶּשַׁע : transgression, révolte
- hamartia ἁμαρτία : péché
- anomia ἀνομία : iniquité, mépris de la loi
Autres mots du thème « Péché, mort et repentance »
- ḥaṭṭāʾt : péché ; sacrifice pour le péché
- šûb : revenir, se convertir
- šeʾôl : séjour des morts
- metanoia : repentance, conversion
- sarx : chair
- thanatos : mort
- mût : mourir, faire mourir
- ʿābar : passer, traverser, transgresser
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Écrire la vie d'un ami : Andrew Bonar et la mémoire de M'Cheyne (Andrew Bonar, 1843-1844)
- Face à la bande de Dundee : le courage de la jeune Mary Slessor (Mary Slessor, vers 1870)
- L'affaire Calas : un protestant innocent supplicié à Toulouse en 1762 (Jean Calas, 1761-1765)
- La prière qu'elle regretta : Harriet Tubman et la mort de son maître (Harriet Tubman, 1849)
- Les hippopotames de l'Ogooué : Schweitzer et le respect de la vie (Albert Schweitzer, septembre 1915)
- Une musique à minuit : George Herbert et le cheval tombé (George Herbert, vers 1631)
- Venu à l'église pour se moquer : la conversion de Joachim Neander (Joachim Neander, 1670)
- « Il n'est pas loin » : la fuite d'Athanase sur le Nil (Athanase d'Alexandrie, 362)
- « J'aurai mon enfant » : Sojourner Truth devant le tribunal pour son fils (Sojourner Truth, 1827-1828)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer et Bruce K. Waltke (éd.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Sigmund Mowinckel, Psalmenstudien I : Āwän und die individuellen Klagepsalmen, Kristiania, 1921. voir sur Amazon
- Harris Birkeland, Die Feinde des Individuums in der israelitischen Psalmenliteratur, Oslo, 1933. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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