yālad יָלַד
Strong H3205 · verbe · enfanter, engendrer · 493 occurrences
Le verbe de la naissance : la mère « enfante », le père « engendre », l'enfant « naît ». Il rythme les généalogies de la Genèse, porte les promesses faites aux patriarches et culmine dans les annonces messianiques d'un enfant qui naît pour le peuple de Dieu.
Racine et étymologie
La racine y-l-d (à l'origine w-l-d) est commune aux langues sémitiques : on la retrouve en akkadien (walādu), en ougaritique (yld), en araméen et en arabe (walada). Le passage du w initial au y en hébreu est un phénomène régulier, qui touche plusieurs verbes de base. Le sens est partout le même : mettre au monde, donner naissance.
Les thèmes verbaux répartissent les rôles. Au qal, le sujet est d'ordinaire la mère : elle « enfante » (Gn 4.1), mais le qal peut aussi avoir un homme pour sujet, au sens d'« engendrer ». Au niphal, l'enfant « naît ». Au hiphil, c'est le père qui « engendre » : c'est la forme des longues généalogies, « Adam, âgé de cent trente ans, engendra un fils » (Gn 5.3). Le piel, sous forme de participe, désigne la sage-femme, celle qui aide à enfanter, comme les sages-femmes hébreues d'Exode 1.
De la racine viennent plusieurs noms courants : yeled, « enfant, garçon » ; yaldāh, « jeune fille » ; môledet, « parenté, pays natal » ; et surtout tôledôt, « générations, histoire d'une descendance ». Ce dernier mot structure le livre de la Genèse, dont les grandes sections s'ouvrent par la formule ʾēlleh tôledôt, que Segond rend par « Voici les origines » (Gn 2.4) ou « Voici la postérité » (Gn 6.9). La naissance devient ainsi une clé de lecture de l'histoire biblique : Dieu conduit son dessein de génération en génération.
Sens et emplois
Enfanter, mettre au monde
Le sens premier, dont la mère est le sujet. Dès la première naissance de l'histoire biblique, Ève reconnaît l'intervention de Dieu dans la venue de l'enfant.
« elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J'ai formé un homme avec l'aide de l'Éternel. »Gn 4.1, Segond 1910
Engendrer, transmettre la vie
Avec le père pour sujet, le verbe marque la filiation. Dans la généalogie d'Adam, la naissance prolonge la création : le fils est « à sa ressemblance, selon son image ».
« Adam, âgé de cent trente ans, engendra un fils à sa ressemblance, selon son image, »Gn 5.3, Segond 1910
La naissance promise, contre toute attente
Plusieurs récits font d'une naissance impossible le signe de la fidélité de Dieu. Sara, stérile et âgée, enfante au temps que Dieu avait fixé.
« Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé. »Gn 21.2, Segond 1910
« Engendrer » le roi : la filiation divine
Au jour de son intronisation, le roi de la lignée de David est déclaré « fils » de Dieu. Le Nouveau Testament applique ce psaume à Jésus ressuscité (Ac 13.33 ; Hé 1.5).
« L'Éternel m'a dit: Tu es mon fils! Je t'ai engendré aujourd'hui. »Ps 2.7, Segond 1910
L'enfant messianique
Chez Ésaïe, la naissance d'un enfant royal porte l'espérance du peuple : un fils « nous est né », porteur de noms qui dépassent toute royauté humaine.
« Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, »És 9.6, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend yālad par deux verbes grecs selon le rôle du sujet : τίκτω (tiktō), « enfanter », quand il s'agit de la mère, et γεννάω (gennaō), « engendrer », quand il s'agit du père ou de la naissance en général. Cette répartition est reprise par le Nouveau Testament. La généalogie de Matthieu 1, avec sa longue suite de « engendra », est construite sur le modèle des généalogies hébraïques au hiphil, traduites par gennaō dans la Septante.
Les citations sont nombreuses. Matthieu 1.23 cite Ésaïe 7.14 dans la forme de la Septante : « Voici, la vierge sera enceinte, elle enfantera un fils » (texetai, de tiktō). Actes 13.33 et Hébreux 1.5 citent Psaume 2.7 : « je t'ai engendré aujourd'hui » (gegennēka, de gennaō). Et quand Jésus dit à Nicodème qu'il faut naître de nouveau, ou d'en haut (Jn 3.3), il emploie le même gennaō : le vocabulaire de la naissance passe de la biologie au salut. La Vulgate emploie parere pour la mère et gignere pour le père, d'où nos mots « parturiente » et « génération ».
Le débat
Que signifie « je t'ai engendré aujourd'hui » en Psaume 2.7 : une adoption royale ou une génération éternelle ?
- Une formule d'intronisation (Exégèse historico-critique) : Le psaume reprend un langage de cour : le jour du sacre, le roi davidique est déclaré fils de Dieu par adoption, dans la ligne de la promesse de 2 Samuel 7.14. « Aujourd'hui » désigne le jour du couronnement, non une naissance physique.
- La génération éternelle du Fils (Lecture patristique classique) : Plusieurs Pères de l'Église ont lu dans ce verset la génération du Fils par le Père avant tous les siècles, l'« aujourd'hui » de Dieu étant compris comme un présent éternel. Cette lecture a nourri la formulation du Credo de Nicée.
- La résurrection comme intronisation (Lecture néotestamentaire (Ac 13.33)) : Dans le discours de Paul à Antioche de Pisidie, le verset est appliqué à la résurrection de Jésus : c'est en le ressuscitant que Dieu l'a établi Roi-Messie. Romains 1.4 va dans le même sens.
Le sens premier du psaume est bien royal : l'image de l'adoption au jour du sacre s'impose. Le Nouveau Testament ne contredit pas ce sens, il l'accomplit en le rattachant à la résurrection, où Jésus est intronisé comme le Fils-Roi. La lecture patristique relève d'un autre plan : elle exprime une doctrine fondée sur l'ensemble du témoignage biblique plus que sur ce seul verset.
Portée théologique
Peu de verbes sont aussi présents dans le récit biblique : la Genèse à elle seule en compte 170 emplois. Ce n'est pas un hasard. Après la chute, la parole adressée à la femme associe la douleur et la promesse : « tu enfanteras avec douleur » (Gn 3.16), mais c'est aussi par une postérité que le mal sera vaincu (Gn 3.15). Dès lors, chaque naissance est porteuse d'une attente, et les généalogies, si arides en apparence, montrent que Dieu tient le fil de l'histoire.
Les naissances miraculeuses de l'Ancien Testament (Isaac, Samson, Samuel) préparent le lecteur à reconnaître la main de Dieu là où l'homme ne peut plus rien. Ésaïe porte cette espérance à son sommet : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné » (És 9.6). Noël n'est donc pas un épisode isolé : il accomplit une longue histoire de naissances promises.
Le Nouveau Testament étend enfin le vocabulaire de la naissance à la vie nouvelle. Naître de nouveau, naître de l'Esprit, c'est recevoir de Dieu une existence que l'on ne se donne pas. Pour la prédication, le verbe yālad permet de relier la confiance des mères stériles, la naissance de Jésus et la nouvelle naissance du croyant : partout, la vie est un don qui vient de Dieu.
Chaîne : La naissance promise
- Gn 3.16 L'enfantement dans la douleur : « Il dit à la femme: J'augmenterai la souffrance de tes grossesses, tu enfanteras avec douleur, et tes désirs se porteront vers ton mari, mais il dominera sur toi. »
- Gn 4.1 Avec l'aide de l'Éternel : « Adam connut Eve, sa femme; elle conçut, et enfanta Caïn et elle dit: J'ai formé un homme avec l'aide de l'Éternel. »
- Gn 17.17 Le rire d'Abraham : « Abraham tomba sur sa face; il rit, et dit en son cœur: Naîtrait-il un fils à un homme de cent ans? et Sara, âgée de quatre-vingt-dix ans, enfanterait-elle? »
- Gn 21.2 Au temps fixé : « Sara devint enceinte, et elle enfanta un fils à Abraham dans sa vieillesse, au temps fixé dont Dieu lui avait parlé. »
- Rt 4.17 Un fils est né à Naomi : « Les voisines lui donnèrent un nom, en disant: Un fils est né à Naomi! Et elles l'appelèrent Obed. Ce fut le père d'Isaï père de David. »
- Ps 2.7 Le Fils intronisé : « Je publierai le décret; L'Éternel m'a dit: Tu es mon fils! Je t'ai engendré aujourd'hui. »
- És 7.14 Le signe d'Emmanuel : « C'est pourquoi le Seigneur lui-même vous donnera un signe, Voici, la jeune fille deviendra enceinte, elle enfantera un fils, Et elle lui donnera le nom d'Emmanuel. »
- És 9.6 Un enfant nous est né : « Car un enfant nous est né, un fils nous est donné, Et la domination reposera sur son épaule; On l'appellera Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père éternel, Prince de la paix. »
- Mi 5.3 Celle qui doit enfanter : « C'est pourquoi il les livrera Jusqu'au temps où enfantera celle qui doit enfanter, Et le reste de ses frères Reviendra auprès des enfants d'Israël. »
- Mt 1.21 Il sauvera son peuple : « elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
- Lc 2.11 Un Sauveur vous est né : « c'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur. »
- Jn 3.3 Naître de nouveau : « Jésus lui répondit: En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît de nouveau, il ne peut voir le royaume de Dieu. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Messie, Royaume et Église »
- māšîaḥ : oint
- melek : roi
- ṣiyyôn : Sion
- ʿebed : serviteur, esclave
- Christos : Christ, oint, Messie
- basileia : règne, royaume, royauté
- ekklēsia : assemblée, Église
- parousia : présence, venue, avènement
Anecdotes pour prêcher ce mot
- À 75 ans sur la route de Genève : le dernier adieu de Farel à Calvin (Guillaume Farel, mai 1564)
- Comme un vent impétueux : David Brainerd et le réveil de Crossweeksung (David Brainerd, août 1745)
- Écrire la vie d'un ami : Andrew Bonar et la mémoire de M'Cheyne (Andrew Bonar, 1843-1844)
- Le chloroforme et le sommeil d'Adam : James Simpson répond aux objections (James Young Simpson, 4 novembre 1847)
- Le Messie composé en vingt-quatre jours : Haendel au bord de l'échec (Georg Friedrich Haendel, 22 août - 14 septembre 1741)
- Les cendres jetées dans la rivière : le procès posthume de Wycliffe (John Wycliffe, 1428)
- Un sermon par semaine pendant soixante ans : la chaire imprimée de Spurgeon (Charles Spurgeon, 1855-1917)
- Un sermon qui porta du fruit quatre-vingts ans après : John Flavel (John Flavel, XVIIe et XVIIIe siècles)
- « Plus près de toi, mon Dieu » sur le pont du Titanic ? (Sarah Flower Adams, 15 avril 1912)
- « Revenez dimanche prochain » : Moody et le grand incendie de Chicago (Dwight L. Moody, 8 octobre 1871)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, s.v. יָלַד. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000, s.v. ילד. voir sur Amazon
- G. Johannes Botterweck, Helmer Ringgren (éd.), Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 6, Grand Rapids, Eerdmans, art. « yālad ». voir sur Amazon
- Gordon J. Wenham, Genesis 1-15, Word Biblical Commentary 1, Waco, Word Books, 1987. voir sur Amazon
- Hans-Joachim Kraus, Psalms 1-59: A Commentary, Minneapolis, Augsburg, 1988. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Enfant » et « Naissance ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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