bat בַּת
Strong H1323 · nom féminin · fille · 585 occurrences
La fille, au sens familial d'abord, puis par extension toute jeune femme, les femmes d'un lieu ou d'un peuple, les villages qui dépendent d'une ville, et surtout la ville ou le peuple personnifiés : « la fille de Sion ».
Racine et étymologie
Bat est le féminin de bēn, « fils » (H1121). La forme primitive était *bint, que l'on retrouve dans l'arabe bint ; le n s'est assimilé au t, d'où bat, tandis que le pluriel bānôt conserve la consonne n de bēn. Le mot appartient donc, comme son masculin, au vocabulaire sémitique de base de la parenté, et les grammairiens le rattachent souvent, comme bēn, à la racine bānâ, « bâtir » : les enfants « bâtissent » la maison, c'est-à-dire la lignée.
Comme bēn, bat dépasse largement le lien biologique. Il désigne la petite-fille, la belle-fille, toute jeune femme à qui l'on s'adresse avec affection, et, suivi d'un nom de lieu, les femmes de cet endroit : « les filles de Jérusalem », « les filles des Philistins ». Suivi d'un nombre, il indique l'âge, comme bēn : une femme « fille de quatre-vingt-dix ans » est âgée de quatre-vingt-dix ans (Gn 17.17).
Un homonyme, bat (H1324), désigne une mesure de liquides, le « bath » des traductions. Il n'a pas de lien de sens avec « fille ».
Sens et emplois
La fille dans la famille
Le sens premier, constant dès les généalogies de la Genèse. La formule « des fils et des filles » résume toute la descendance.
« Les jours d'Adam, après la naissance de Seth, furent de huit cents ans; et il engendra des fils et des filles. »Gn 5.4, Segond 1910
Une adresse affectueuse
« Ma fille » est employé envers une jeune femme qui n'est pas son enfant : Boaz s'adresse ainsi à Ruth, marquant à la fois la bienveillance et la différence d'âge.
« Et il dit: Sois bénie de l'Éternel, ma fille! Ce dernier trait témoigne encore plus en ta faveur que le premier, car tu n'as pas recherché des jeunes gens, pauvres ou riches. »Rt 3.10, Segond 1910
Des filles qui revendiquent l'héritage
Les filles de Tselophchad obtiennent de Moïse le droit d'hériter en l'absence de fils. L'épisode fait jurisprudence dans la loi d'Israël.
« Les filles de Tselophchad, fils de Hépher, fils de Galaad, fils de Makir, fils de Manassé, des familles de Manassé, fils de Joseph, et dont les noms étaient Machla, Noa, Hogla, Milca et Thirtsa, »Nb 27.1, Segond 1910
Les villages d'une ville
Les localités qui dépendent d'une cité sont ses « filles ». Segond traduit par « les villes de son ressort ».
« Israël prit toutes les villes, et s'établit dans toutes les villes des Amoréens, à Hesbon et dans toutes les villes de son ressort. »Nb 21.25, Segond 1910
La ville personnifiée : « fille de Sion »
Chez les prophètes, une ville ou un peuple est représenté comme une jeune femme, aimée, blessée ou consolée. L'expression la plus fréquente est « fille de Sion », Jérusalem elle-même.
« Que dois-je te dire? à quoi te comparer, fille de Jérusalem? Qui trouver de semblable à toi, et quelle consolation te donner, Vierge, fille de Sion? Car ta plaie est grande comme la mer: qui pourra te guérir? »Lm 2.13, Segond 1910
Les filles qui prophétiseront
Dans la promesse de Joël, les filles reçoivent l'Esprit à égalité avec les fils : un signe des derniers temps que Pierre reprend à la Pentecôte.
« Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »Jl 2.28, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit bat très régulièrement par θυγάτηρ, « fille ». L'expression « fille de Sion » devient θυγάτηρ Σιών, et c'est sous cette forme que les évangiles la citent : Matthieu 21.5 et Jean 12.15 reprennent Zacharie 9.9 pour annoncer l'entrée de Jésus à Jérusalem, monté sur un ânon.
Pour le sens de « villages dépendants », la Septante garde souvent θυγάτηρ par fidélité littérale, ce qui produit un grec étrange ; d'autres passages préfèrent κώμη, « village ». Pierre, en Actes 2.17, cite la promesse de Joël avec θυγατέρες, « vos filles ». Le Nouveau Testament emploie aussi θυγάτηρ comme adresse affectueuse, ainsi Jésus à la femme guérie : « Ma fille, ta foi t'a sauvée » (Mc 5.34).
Le débat
« Fille de Sion » signifie-t-il une fille issue de Sion, ou Sion elle-même présentée comme une fille ?
- Un génitif d'appartenance (Lecture traditionnelle) : La fille de Sion serait une partie de la ville ou de sa population, distincte de la cité elle-même, par exemple la communauté des habitants ou une partie de la ville. Certaines lectures anciennes y ont vu un faubourg ou un quartier.
- Une apposition : « la fille Sion » (Grammaires et lexiques modernes) : Le second nom précise le premier, comme dans « la vierge Israël » (Am 5.2). « Fille de Sion » signifie alors « la fille qu'est Sion » : la ville tout entière personnifiée en jeune femme. Le parallélisme avec « fille de Jérusalem » (Za 9.9 ; So 3.14) appuie cette lecture.
La lecture appositive rend mieux compte du parallélisme poétique et du lien avec d'autres figures féminines de la ville : épouse, mère, vierge. La traduction littérale « fille de Sion », consacrée par l'usage, peut être conservée, à condition de comprendre que c'est la ville elle-même qui est désignée, objet de la tendresse et de la plainte de Dieu.
Portée théologique
Le mot bat montre comment la Bible parle de Dieu et de son peuple dans le langage de la famille. Le peuple n'est pas seulement un « fils » appelé hors d'Égypte : il est aussi une « fille », que Dieu console, défend et pleure. Les Lamentations font entendre la douleur d'un père devant la blessure de sa fille ; Sophonie et Zacharie l'invitent à crier de joie parce que son roi vient à elle.
Pour la prédication, deux lignes se croisent. La première est celle des filles réelles de l'Écriture, souvent effacées des généalogies, mais dont certaines obtiennent justice, comme les filles de Tselophchad, ou reçoivent l'Esprit, selon Joël. La seconde est celle de la « fille de Sion », figure de la communauté entière qui attend son sauveur. Les évangiles relient les deux : Jésus entre dans la ville comme le roi annoncé à la fille de Sion, et il appelle « ma fille » la femme qu'il guérit.
Chaîne : Des filles d'Israël à la fille de Sion
- Gn 5.4 Des fils et des filles : « Les jours d'Adam, après la naissance de Seth, furent de huit cents ans; et il engendra des fils et des filles. »
- Nb 27.1 Les filles de Tselophchad : « Les filles de Tselophchad, fils de Hépher, fils de Galaad, fils de Makir, fils de Manassé, des familles de Manassé, fils de Joseph, et dont les noms étaient Machla, Noa, Hogla, Milca et Thirtsa, »
- Rt 3.10 « Ma fille », dit Boaz : « Et il dit: Sois bénie de l'Éternel, ma fille! Ce dernier trait témoigne encore plus en ta faveur que le premier, car tu n'as pas recherché des jeunes gens, pauvres ou riches. »
- Ps 137.8 La fille de Babylone : « Fille de Babylone, la dévastée, Heureux qui te rend la pareille, Le mal que tu nous as fait! »
- És 1.8 Une cabane dans une vigne : « Et la fille de Sion est restée Comme une cabane dans une vigne, Comme une hutte dans un champ de concombres, Comme une ville épargnée. »
- És 62.11 Ton sauveur arrive : « Voici ce que l'Éternel proclame aux extrémités de la terre: Dites à la fille de Sion: Voici, ton sauveur arrive; Voici, le salaire est avec lui, Et les rétributions le précèdent. »
- Jr 8.21 La fille de mon peuple : « Je suis brisé par la douleur de la fille de mon peuple, Je suis dans la tristesse, l'épouvante me saisit. »
- Lm 2.13 Une plaie grande comme la mer : « Que dois-je te dire? à quoi te comparer, fille de Jérusalem? Qui trouver de semblable à toi, et quelle consolation te donner, Vierge, fille de Sion? Car ta plaie est grande comme la mer: qui pourra te guérir? »
- Jl 2.28 Vos filles prophétiseront : « Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair; Vos fils et vos filles prophétiseront, Vos vieillards auront des songes, Et vos jeunes gens des visions. »
- So 3.14 Pousse des cris de joie : « Pousse des cris de joie, fille de Sion! Pousse des cris d'allégresse, Israël! Réjouis-toi et triomphe de tout ton cœur, fille de Jérusalem! »
- Za 9.9 Ton roi vient à toi : « Sois transportée d'allégresse, fille de Sion! Pousse des cris de joie, fille de Jérusalem! Voici, ton roi vient à toi; Il est juste et victorieux, Il est humble et monté sur un âne, Sur un âne, le petit d'une ânesse. »
- Mt 21.5 L'entrée à Jérusalem : « Dites à la fille de Sion: Voici, ton roi vient à toi, Plein de douceur, et monté sur un âne, Sur un ânon, le petit d'une ânesse. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ʾādām : homme, humanité ; Adam
- ṣelem : image, statue, effigie
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907, art. « בַּת ». voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Art. « bat », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 2. voir sur Amazon
- R. Laird Harris, Gleason L. Archer, Bruce K. Waltke (éd.), Theological Wordbook of the Old Testament, Chicago, Moody Press, 1980. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1962. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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