yārad יָרַד
Strong H3381 · verbe · descendre · 378 occurrences
Le verbe du mouvement vers le bas : descendre une pente, gagner l'Égypte, s'enfoncer vers le séjour des morts. Appliqué à Dieu, il dit sa venue vers les hommes pour voir, juger ou délivrer.
Racine et étymologie
La racine y-r-d est commune aux langues sémitiques du Nord-Ouest : on la retrouve en ougaritique et en phénicien avec le même sens de « descendre ». C'est un verbe de mouvement très concret, qui suppose toujours un point de départ plus élevé et un point d'arrivée plus bas. La géographie du pays biblique lui donne une couleur particulière : depuis les hauteurs de Juda et de Jérusalem, on « descend » vers la plaine côtière, vers la vallée du Jourdain, vers la mer ou vers l'Égypte.
Au thème simple (qal), le verbe signifie « descendre, s'abaisser, couler vers le bas ». Au causatif (hiphil), il devient « faire descendre, abaisser, renverser » : Jacob craint que ses fils fassent « descendre ses cheveux blancs avec douleur dans le séjour des morts » (Gn 42.38). Le passif du causatif (hophal) signifie « être descendu, être abattu ».
Plusieurs dérivés prolongent la racine : môrād (H4174), « descente, pente », et, selon une étymologie souvent proposée mais discutée, le nom du Jourdain, yardēn (H3383), « celui qui descend », fleuve qui plonge du mont Hermon jusqu'à la mer Morte, point le plus bas de la terre ferme. L'antonyme constant est ʿālāh (H5927), « monter » : les deux verbes forment un couple qui structure l'espace du récit biblique, de l'échelle de Jacob aux pèlerinages vers Sion.
Sens et emplois
Descendre d'un lieu à un autre
Le sens le plus courant : un déplacement géographique vers une région plus basse. L'Égypte, terre de plaine et de ressources, est le lieu où l'on « descend » en temps de famine, depuis Abram jusqu'aux fils de Jacob.
« Abram descendit en Égypte pour y séjourner, car la famine était grande dans le pays. »Gn 12.10, Segond 1910
La descente de Dieu
Le verbe décrit l'intervention de Dieu dans l'histoire. Il « descend » pour examiner (Babel), pour se révéler (Sinaï) et surtout pour délivrer son peuple opprimé. L'image ne prétend pas que Dieu se déplace dans l'espace : elle dit qu'il s'approche et s'engage.
« Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, »Ex 3.8, Segond 1910
Descendre vers la mort
Le séjour des morts (šeʾôl) est pensé comme un lieu d'en bas. « Descendre » au shéol, à la fosse ou dans la poussière est une manière ordinaire de parler de la mort, souvent avec une note de deuil.
« C'est en pleurant que je descendrai vers mon fils au séjour des morts! »Gn 37.35, Segond 1910
Faire descendre, abaisser
Au causatif, le verbe exprime la souveraineté de Dieu sur la vie et la mort. Le cantique d'Anne associe deux couples : faire mourir et faire vivre, faire descendre et faire remonter.
« Il fait descendre au séjour des morts et il en fait remonter. »1 S 2.6, Segond 1910
Une descente qui éloigne de Dieu
Dans le livre de Jonas, la répétition du verbe dessine une chute : Jonas descend à Japho, descend dans le navire, puis au fond de la cale, enfin jusqu'aux racines des montagnes. Fuir Dieu, c'est descendre toujours plus bas.
« Il descendit à Japho, et il trouva un navire qui allait à Tarsis; »Jon 1.3, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend yārad de façon presque constante par καταβαίνω (« descendre »), et le causatif par καταβιβάζω ou κατάγω. Cette régularité permet au Nouveau Testament de reprendre tout l'arrière-plan vétérotestamentaire : quand l'Évangile de Jean présente le Fils comme « celui qui est descendu du ciel » (Jn 3.13 ; 6.38), le verbe grec est καταβαίνω, et le lecteur nourri de la Bible grecque entend l'écho du Dieu qui « descend » pour délivrer en Exode 3.8.
Le couple « monter / descendre » (ἀναβαίνω / καταβαίνω) passe lui aussi tel quel : les anges qui « montent et descendent » sur l'échelle de Jacob reparaissent en Jean 1.51 au-dessus du Fils de l'homme. Paul, en Éphésiens 4.9, lit la montée du Christ comme la conséquence d'une descente préalable « dans les régions inférieures de la terre ». La Vulgate a fixé « descendere », que les traductions françaises suivent sans difficulté.
Le débat
Comment comprendre les textes où Dieu « descend » : simple image, ou véritable manifestation de sa présence ?
- Un langage à neutraliser (Targum Onqelos (traduction araméenne ancienne)) : La paraphrase araméenne du Pentateuque remplace souvent « l'Éternel descendit » par « l'Éternel se révéla ». Le but est d'éviter qu'on imagine Dieu se déplaçant comme une créature.
- Une expression de la manifestation divine (Moïse Maïmonide, Guide des égarés, I, 10 (XIIe siècle)) : Maïmonide explique que « descendre » et « monter », dits de Dieu, désignent la révélation de sa présence ou l'exercice de sa providence envers un lieu, et non un mouvement local.
- Une image narrative assumée (exégèse narrative moderne) : Le récit utilise délibérément un langage humain : Dieu « descend » voir Babel parce que la tour, qui prétendait atteindre le ciel, est en réalité si petite qu'il doit se pencher. L'ironie fait partie du message.
Les trois lectures se rejoignent sur l'essentiel : la Bible ne pense pas Dieu enfermé dans l'espace (Dieu habite les cieux et les remplit). Mais l'image n'est pas vide : elle affirme que le Dieu transcendant s'abaisse réellement vers sa création, pour juger ou pour sauver. Le Nouveau Testament en tire sa christologie de la descente du Fils.
Portée théologique
Le verbe yārad porte une part essentielle de la foi biblique : Dieu n'attend pas que l'homme monte jusqu'à lui. À Babel, les hommes voulaient bâtir une tour « dont le sommet touche au ciel » ; c'est pourtant Dieu qui doit descendre. En Égypte, le peuple ne peut se libérer seul ; Dieu « descend pour le délivrer ». Le salut biblique commence par une descente.
Le verbe dit aussi la condition humaine : l'homme descend vers la mort, vers la fosse, vers la poussière. Jonas montre que fuir Dieu est une descente sans fond, mais que Dieu peut « faire remonter vivant de la fosse ». Le cantique d'Anne en fait une confession : c'est l'Éternel qui fait descendre et remonter.
Le Nouveau Testament relie ces deux mouvements dans la personne du Christ. Celui qui est « descendu du ciel » rejoint l'homme jusque dans les régions les plus basses, la mort elle-même, pour le faire remonter avec lui. La prédication peut partir de ce contraste : là où l'homme cherche à s'élever, Dieu choisit de s'abaisser, et c'est cet abaissement qui ouvre le chemin du ciel.
Chaîne : Le Dieu qui descend
- Gn 11.5 Dieu descend voir Babel : « L'Éternel descendit pour voir la ville et la tour que bâtissaient les fils des hommes. »
- Gn 28.12 L'échelle de Jacob : « Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. »
- Gn 46.4 « Je descendrai avec toi » : « Moi-même je descendrai avec toi en Égypte, et moi-même je t'en ferai remonter; et Joseph te fermera les yeux. »
- Ex 3.8 Descendu pour délivrer : « Je suis descendu pour le délivrer de la main des Égyptiens, et pour le faire monter de ce pays dans un bon et vaste pays, dans un pays où coulent le lait et le miel, dans les lieux qu'habitent les Cananéens, les Héthiens, les Amoréens, les Phéréziens, les Héviens et les Jébusiens. »
- Ex 19.20 La descente au Sinaï : « Ainsi l'Éternel descendit sur la montagne de Sinaï, sur le sommet de la montagne; l'Éternel appela Moïse sur le sommet de la montagne. Et Moïse monta. »
- Ps 18.10 Il abaissa les cieux : « Il abaissa les cieux, et il descendit: Il y avait une épaisse nuée sous ses pieds. »
- És 64.1 Si tu déchirais les cieux ! : « Oh! si tu déchirais les cieux, et si tu descendais, Les montagnes s'ébranleraient devant toi, »
- Jon 2.6 Remonté de la fosse : « Je suis descendu jusqu'aux racines des montagnes, Les barres de la terre m'enfermaient pour toujours; Mais tu m'as fait remonter vivant de la fosse, Éternel, mon Dieu! »
- Jn 3.13 Celui qui est descendu du ciel : « Personne n'est monté au ciel, si ce n'est celui qui est descendu du ciel, le Fils de l'homme qui est dans le ciel. »
- Jn 6.38 Descendu pour faire la volonté du Père : « car je suis descendu du ciel pour faire, non ma volonté, mais la volonté de celui qui m'a envoyé. »
- Ep 4.9 Descendu, puis monté : « Or, que signifie: Il est monté, sinon qu'il est aussi descendu dans les régions inférieures de la terre? »
Mots apparentés
- ʿālāh עָלָה : monter, faire monter, offrir
- yāṣāʾ יָצָא : sortir
- šeʾôl שְׁאוֹל : séjour des morts
- šāmayim שָׁמַיִם : cieux, ciel
Autres mots du thème « Salut et rédemption »
- yᵉšûʿâ : salut, délivrance
- gāʾal : racheter, agir en proche parent
- pādâ : racheter, libérer contre un prix
- kipper : faire l'expiation, purifier, apaiser
- sōtēria : salut, délivrance, préservation
- apolytrōsis : rédemption, libération
- hilastērion : propitiatoire, moyen d'expiation
- dikaioō : justifier, déclarer juste, donner raison
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Comme un vent impétueux : David Brainerd et le réveil de Crossweeksung (David Brainerd, août 1745)
- Deux mers, un même fleuve : la mer de Galilée et la mer Morte (La mer Morte, toujours)
- L'oreiller de pierre de Béthel : Sarah Adams et « Plus près de toi » (Sarah Flower Adams, 1841)
- Le cadran solaire qui ne compte que les heures de soleil (Le cadran solaire, depuis l'Antiquité)
- Le dernier sermon de Spurgeon : « le plus magnanime des capitaines » (Charles Spurgeon, 7 juin 1891)
- Le potier et l'argile : ce que Jérémie vit dans l'atelier (Le potier, vers 600 av. J.-C. et toujours)
- Les cendres jetées dans la rivière : le procès posthume de Wycliffe (John Wycliffe, 1428)
- Un sermon par semaine pendant soixante ans : la chaire imprimée de Spurgeon (Charles Spurgeon, 1855-1917)
- Un sermon qui porta du fruit quatre-vingts ans après : John Flavel (John Flavel, XVIIe et XVIIIe siècles)
- « Au feu ! » : la nuit tragique de Surrey Gardens (Charles Spurgeon, 19 octobre 1856)
- « Dieu maudira votre repos » : Farel retient Jean Calvin à Genève (Jean Calvin, août 1536)
- « Rends aveugles les yeux qui voient » : Frère André à la frontière (Frère André, fin des années 1950)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leyde, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- G. Johannes Botterweck, Helmer Ringgren (dir.), Theological Dictionary of the Old Testament, Grand Rapids, Eerdmans, art. « yārad ». voir sur Amazon
- Moïse Maïmonide, Le Guide des égarés, première partie, chapitre 10. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1962. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
En tant que Partenaire Amazon, nous réalisons un bénéfice sur les achats remplissant les conditions requises.
Ouvrir la fiche interactive · Toutes les occurrences de yārad (H3381) dans la concordance biblique