ʾădāmâ אֲדָמָה

Strong H127 · nom féminin · sol, terre cultivable · 225 occurrences

Le sol que l'on travaille et qui nourrit, la terre meuble dont l'homme est tiré et à laquelle il retourne. Par extension, le territoire d'un peuple et la surface habitée de la terre.

Racine et étymologie

Le mot appartient à la racine ʾ-d-m, qui exprime en hébreu l'idée de rougeur : ʾādōm signifie « rouge », ʾōdem désigne une pierre rouge (la sardoine) et Édom, le pays voisin d'Israël, doit son nom à la couleur de ses roches et au « potage roux » de Genèse 25.30. On a souvent supposé que ʾădāmâ désignait d'abord la terre rougeâtre du Proche-Orient, mais ce rapprochement reste une hypothèse : comme souvent, le sens se lit d'abord dans les emplois.

La parenté la plus célèbre est celle qui unit ʾădāmâ et ʾādām, « l'homme, l'humanité » (H120). Genèse 2.7 joue délibérément sur les deux mots : Dieu forme le ʾādām avec la poussière de la ʾădāmâ. Le français peut imiter le jeu de mots par le couple « humain » et « humus ». Que le lien soit étymologique ou seulement sonore, le récit en tire une affirmation : l'être humain est fait de sol, il vit du sol et y retourne.

ʾădāmâ se distingue de ʾereṣ (H776), mot beaucoup plus fréquent et plus large qui désigne la terre entière, le pays ou le territoire politique. ʾădāmâ reste plus concret et plus proche du paysan : c'est la terre qu'on laboure, qui porte les récoltes, qui boit la pluie et qui peut être maudite ou bénie. Il se distingue aussi de śādeh (H7704), le champ ouvert, et de ʿāpār (H6083), la poussière.

Sens et emplois

  1. Le sol cultivé

    Le sens premier : la terre arable que l'on travaille pour en tirer sa nourriture. Caïn est littéralement « serviteur du sol », expression que Segond rend par « laboureur ».

    « Abel fut berger, et Caïn fut laboureur. »Gn 4.2, Segond 1910
  2. La matière dont l'homme est fait

    La terre comme substance : poussière du sol dans laquelle Dieu façonne l'être humain, et à laquelle celui-ci retourne à sa mort (Gn 3.19).

    « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre »Gn 2.7, Segond 1910
  3. La surface habitée du monde

    Par extension, l'ensemble de la terre habitée et de ceux qui y vivent. La promesse faite à Abraham embrasse « toutes les familles de la terre ».

    « toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »Gn 12.3, Segond 1910
  4. Un sol consacré

    Un lieu précis, rendu saint par la présence de Dieu. Le mot désigne alors le terrain même sur lequel se tient Moïse devant le buisson.

    « le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. »Ex 3.5, Segond 1910
  5. Le pays donné à Israël

    Dans le Deutéronome, la ʾădāmâ est le pays promis aux pères. Y demeurer dépend de la fidélité à l'alliance ; l'exil sera décrit comme un arrachement à ce sol (Am 7.17).

    « c'est ainsi que tu pourras demeurer dans le pays que l'Éternel a juré de donner à tes pères, Abraham, Isaac et Jacob. »Dt 30.20, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante traduit ʾădāmâ le plus souvent par γῆ, « terre », le même mot qui rend aussi ʾereṣ. La distinction hébraïque entre le sol cultivable et la terre en général s'efface donc en grec, et le jeu de mots ʾādām / ʾădāmâ disparaît : en Genèse 2.7, le grec dit simplement que Dieu prit « de la poussière de la terre » (χοῦν ἀπὸ τῆς γῆς).

Le Nouveau Testament hérite de ce vocabulaire. Paul reprend Genèse 2 lorsqu'il oppose le premier homme, « tiré de la terre, terrestre » (χοϊκός, de χοῦς, « poussière »), au second homme venu du ciel (1 Co 15.47). L'idée hébraïque de l'humain fait de sol se retrouve ainsi, sous une autre forme lexicale. En latin, la Vulgate emploie surtout terra et humus ; le lien humus / homo fait écho, par hasard heureux, au couple hébreu.

Le débat

Le lien entre ʾādām et ʾădāmâ est-il une vraie étymologie ou un jeu de mots théologique ?

Pour le sens du texte, la question de l'étymologie compte peu : le narrateur veut que le lecteur entende la parenté des deux mots. Que la racine soit commune ou non, la Genèse fait de l'humain un être tiré du sol, chargé de le servir et appelé à y retourner.

Portée théologique

La ʾădāmâ rappelle que l'être humain n'est pas un esprit tombé dans la matière : il est fait de sol, animé par le souffle de Dieu. Son humilité (humus) est inscrite dans son nom. Sa première vocation est de « servir » le sol et de le garder (Gn 2.15), et sa faute se répercute aussitôt sur la terre, qui devient dure à travailler. Le meurtre d'Abel souille le sol, qui « ouvre sa bouche » pour boire le sang. La relation entre l'homme, Dieu et la terre forme un triangle où chaque rupture affecte les deux autres.

Pour la prédication, ce mot invite à relire les promesses et les menaces de l'alliance à hauteur de champ : la pluie, les récoltes, le repos de la terre, l'exil hors du pays. Il éclaire aussi l'espérance chrétienne. Le Dieu qui « renouvelle la face de la terre » (Ps 104.30) ne sauve pas l'homme hors de la création, mais avec elle ; Paul parle d'une création qui attend d'être libérée (Rm 8.21). La résurrection du corps est la réponse au « tu retourneras dans la poussière ».

Chaîne : L'homme et le sol

  1. Gn 2.7 Façonné de la poussière du sol : « L'Éternel Dieu forma l'homme de la poussière de la terre, il souffla dans ses narines un souffle de vie et l'homme devint un être vivant. »
  2. Gn 3.17 Le sol maudit à cause de l'homme : « Il dit à l'homme: Puisque tu as écouté la voix de ta femme, et que tu as mangé de l'arbre au sujet duquel je t'avais donné cet ordre: Tu n'en mangeras point! le sol sera maudit à cause de toi. C'est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie, »
  3. Gn 4.10 Le sang d'Abel crie de la terre : « Et Dieu dit: Qu'as-tu fait? La voix du sang de ton frère crie de la terre jusqu'à moi. »
  4. Gn 5.29 Noé, consolation du travail : « Il lui donna le nom de Noé, en disant: Celui-ci nous consolera de nos fatigues et du travail pénible de nos mains, provenant de cette terre que l'Éternel a maudite. »
  5. Gn 8.21 Plus de malédiction du sol : « L'Éternel sentit une odeur agréable, et l'Éternel dit en son cœur: Je ne maudirai plus la terre, à cause de l'homme, parce que les pensées du cœur de l'homme sont mauvaises dès sa jeunesse; et je ne frapperai plus tout ce qui est vivant, comme je l'ai fait. »
  6. Gn 12.3 Bénédiction des familles de la terre : « Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
  7. Ex 3.5 Une terre sainte : « Dieu dit: N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. »
  8. 2 R 5.17 Naaman emporte de la terre : « Alors Naaman dit: Puisque tu refuses, permets que l'on donne de la terre à ton serviteur, une charge de deux mulets; car ton serviteur ne veut plus offrir à d'autres dieux ni holocauste ni sacrifice, il n'en offrira qu'à l'Éternel. »
  9. Ps 104.30 Dieu renouvelle la face du sol : « Tu envoies ton souffle: ils sont créés, Et tu renouvelles la face de la terre. »
  10. Am 7.17 L'exil loin de sa terre : « À cause de cela, voici ce que dit l'Éternel: Ta femme se prostituera dans la ville, tes fils et tes filles tomberont par l'épée, ton champ sera partagé au cordeau; et toi, tu mourras sur une terre impure, et Israël sera emmené captif loin de son pays. »
  11. Rm 8.21 La création libérée : « qu'elle aussi sera affranchie de la servitude de la corruption, pour avoir part à la liberté de la gloire des enfants de Dieu. »
  12. 1 Co 15.47 Le premier homme, tiré de la terre : « Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre; le second homme est du ciel. »

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Bibliographie

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