apostellō ἀποστέλλω

Strong G649 · verbe · envoyer (en mission) · 132 occurrences

Envoyer quelqu'un avec une mission, en le chargeant d'agir ou de parler au nom de celui qui l'envoie. Le verbe décrit l'envoi des prophètes, du Fils par le Père, puis des disciples par Jésus, et donne son nom aux « apôtres ».

Racine et étymologie

Apostellō est formé du préverbe apo-, « à partir de, loin de », et du verbe stellō, qui signifie à l'origine « disposer, équiper, préparer » (on le retrouve dans stolē, « vêtement, équipement »). Le composé signifie d'abord « faire partir quelqu'un équipé », « expédier ». En grec classique, il s'emploie pour l'envoi d'une flotte, d'une ambassade ou d'un messager officiel.

Le verbe insiste moins sur le trajet que sur le lien entre celui qui envoie et celui qui est envoyé. L'envoyé ne part pas de sa propre initiative : il est mandaté. D'où le nom dérivé apostolos (G652), qui désignait en grec un envoi ou une expédition, et qui devient dans le Nouveau Testament le titre des Douze et de Paul : l'« apôtre », c'est l'envoyé chargé de mission. Un autre dérivé, apostolē, signifie « apostolat, mission ».

Le grec possède un verbe voisin, pempō (G3992), « envoyer », plus neutre. L'évangile de Jean emploie les deux, souvent dans des formules proches : « celui qui m'a envoyé ». La question de leur différence alimente un débat ancien entre les exégètes.

Sens et emplois

  1. Envoyer des messagers

    Le sens courant : un maître envoie ses serviteurs porter une invitation ou un ordre. Les paraboles de Jésus s'en servent pour figurer les envoyés de Dieu à son peuple.

    « Il envoya ses serviteurs appeler ceux qui étaient invités aux noces; »Mt 22.3, Segond 1910
  2. L'envoi du Fils

    Le Père envoie le Fils dans le monde, non pour le juger mais pour le sauver. Le verbe devient chez Jean et dans 1 Jean une formule de la foi.

    « Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »Jn 3.17, Segond 1910
  3. L'envoi des disciples

    Jésus choisit les Douze pour être avec lui et pour les envoyer. L'envoi est inséparable de la communion avec celui qui envoie.

    « Il en établit douze, pour les avoir avec lui, et pour les envoyer prêcher »Mc 3.14, Segond 1910
  4. L'envoyé représente l'envoyeur

    Accueillir l'envoyé, c'est accueillir celui qui l'envoie : le principe juif selon lequel l'envoyé est comme celui qui l'envoie trouve ici son application.

    « Celui qui vous reçoit me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m'a envoyé. »Mt 10.40, Segond 1910
  5. Une mission qui se transmet

    La mission du Fils devient le modèle de celle des disciples : l'Église prolonge l'envoi reçu du Père.

    « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. »Jn 20.21, Segond 1910
  6. Envoyés pour annoncer

    Paul lie l'envoi à la prédication : sans envoyés, pas de prédicateurs, et sans prédication, pas de foi.

    « Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés? »Rm 10.15, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, apostellō traduit presque toujours le verbe hébreu šālaḥ (H7971), « envoyer, laisser aller, étendre ». C'est par ce verbe que Dieu envoie Moïse auprès de Pharaon (Ex 3.10), qu'Ésaïe répond « envoie-moi » (És 6.8) et que Jérémie reçoit sa vocation (Jr 1.7). Le vocabulaire de l'envoi prophétique de l'Ancien Testament passe ainsi tout entier dans le grec apostellō.

Le judaïsme ancien a développé à partir de šālaḥ la notion de šālîaḥ, l'envoyé mandaté, dont la formule rabbinique dit qu'il « est comme celui qui l'envoie ». Beaucoup d'exégètes y voient l'arrière-plan du mot « apôtre ». Lorsque Jésus dit « je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël » (Mt 15.24), ou lorsque Malachie annonce « j'enverrai mon messager », cité en Marc 1.2, c'est la même ligne de l'envoi qui se prolonge, des prophètes au Fils, puis aux disciples.

Le débat

Apostellō a-t-il un sens plus fort que pempō, et la notion juive de šālîaḥ explique-t-elle l'apostolat chrétien ?

La distinction tranchée entre apostellō et pempō est fragile, surtout chez Jean. Mais le contexte biblique donne bien à apostellō le poids de l'envoi prophétique de šālaḥ. Quant au šālîaḥ, il éclaire le principe de représentation (Mt 10.40), même si l'on ne peut prouver qu'il soit la source directe de l'apostolat chrétien.

Portée théologique

Apostellō révèle un trait constant du Dieu de la Bible : il envoie. Il envoie Joseph devant ses frères pour sauver des vies, Moïse auprès de Pharaon, les prophètes à un peuple qui souvent les rejette. La parabole des vignerons résume cette histoire : après les serviteurs, le maître envoie enfin son fils (Mt 21.37). L'envoi du Fils n'est pas un épisode isolé, mais le sommet d'une longue fidélité de Dieu qui ne cesse de rejoindre son peuple.

L'évangile de Jean fait de cette formule le cœur de la christologie : connaître Dieu, c'est connaître « celui que tu as envoyé, Jésus-Christ » (Jn 17.3). Et l'envoi se prolonge : « comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie ». Pour la prédication, l'Église n'a donc pas une mission à côté de sa foi ; elle est par nature envoyée, avec la même fragilité que des brebis au milieu des loups, et la même assurance que celui qui envoie accompagne ses envoyés.

Chaîne : Dieu qui envoie

  1. Gn 45.5 Joseph envoyé en Égypte : « Maintenant, ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici, car c'est pour vous sauver la vie que Dieu m'a envoyé devant vous. »
  2. Ex 3.10 Moïse envoyé vers Pharaon : « Maintenant, va, je t'enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les enfants d'Israël. »
  3. Ex 4.13 Envoie qui tu voudras : « Moïse dit: Ah! Seigneur, envoie qui tu voudras envoyer. »
  4. És 6.8 Me voici, envoie-moi : « J'entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi. »
  5. Jr 1.7 La vocation de Jérémie : « Et l'Éternel me dit: Ne dis pas: Je suis un enfant. Car tu iras vers tous ceux auprès de qui je t'enverrai, et tu diras tout ce que je t'ordonnerai. »
  6. Ml 3.1 Le messager annoncé : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l'Éternel des armées. »
  7. Mt 10.16 Des brebis au milieu des loups : « Voici, je vous envoie comme des brebis au milieu des loups. Soyez donc prudents comme les serpents, et simples comme les colombes. »
  8. Lc 4.18 L'Esprit et l'envoi du Messie : « L'Esprit du Seigneur est sur moi, Parce qu'il m'a oint pour annoncer une bonne nouvelle aux pauvres; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la délivrance, Et aux aveugles le recouvrement de la vue, Pour renvoyer libres les opprimés, »
  9. Jn 3.17 Envoyé pour sauver : « Dieu, en effet, n'a pas envoyé son Fils dans le monde pour qu'il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvé par lui. »
  10. Jn 20.21 Comme le Père m'a envoyé : « Jésus leur dit de nouveau: La paix soit avec vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. »
  11. Rm 10.15 Les pieds des envoyés : « Et comment y aura-t-il des prédicateurs, s'ils ne sont pas envoyés? selon qu'il est écrit: Qu'ils sont beaux Les pieds de ceux qui annoncent la paix, De ceux qui annoncent de bonnes nouvelles! »
  12. 1 Jn 4.10 L'amour qui envoie le Fils : « Et cet amour consiste, non point en ce que nous avons aimé Dieu, mais en ce qu'il nous a aimés et a envoyé son Fils comme victime expiatoire pour nos péchés. »

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Bibliographie

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