malʾāk מַלְאָךְ
Strong H4397 · nom masculin · messager, ange · 214 occurrences
Celui qui est envoyé pour porter une parole ou accomplir une mission au nom d'un autre. Le mot désigne aussi bien les émissaires humains que les messagers célestes, et, dans l'expression « l'ange de l'Éternel », une figure mystérieuse où Dieu lui-même semble se rendre présent.
Racine et étymologie
Le nom malʾāk se rattache à une racine l-ʾ-k, « envoyer », qui n'est pas attestée comme verbe en hébreu biblique mais existe en ougaritique, en arabe et en éthiopien. Le préfixe m- forme un nom d'agent ou d'instrument : le malʾāk est littéralement « celui qu'on envoie ». Le mot ne dit donc rien de la nature de l'envoyé ; il définit une fonction.
De la même racine vient melāʾkâ, « travail, ouvrage, mission confiée », le mot employé pour le travail interdit le jour du sabbat (Gn 2.2 ; Ex 20.10) et pour l'ouvrage du sanctuaire. Le lien est éclairant : le messager est celui qui accomplit la tâche d'un autre.
Le nom propre Malachie, malʾākî, signifie « mon messager ». On ne sait pas s'il s'agit du nom du prophète ou d'un titre tiré de Malachie 3.1. Dans les textes ougaritiques, des messagers divins portent déjà les paroles des dieux, ce qui montre que le cadre de la cour céleste avec ses envoyés était familier au Proche-Orient ancien.
Sens et emplois
Messager humain
Le sens le plus simple : un émissaire envoyé par un roi, un chef ou un particulier pour transmettre un message ou négocier. Jacob envoie ainsi des messagers à son frère.
« Jacob envoya devant lui des messagers à Esaü, son frère, »Gn 32.3, Segond 1910
Prophète ou prêtre, envoyé de Dieu
Des hommes chargés de transmettre la parole divine reçoivent ce titre : le prophète Aggée, et le prêtre dont la bouche enseigne la loi.
« Parce qu'il est un envoyé de l'Éternel des armées. »Ml 2.7, Segond 1910
Être céleste au service de Dieu
Les anges forment la cour de Dieu, exécutent ses ordres et veillent sur ses fidèles. La Bible hébraïque en parle avec sobriété, sans leur donner de noms avant Daniel.
« Bénissez l'Éternel, vous ses anges, Qui êtes puissants en force, et qui exécutez ses ordres, »Ps 103.20, Segond 1910
L'ange de l'Éternel
Figure singulière qui parle tantôt de Dieu à la troisième personne, tantôt comme Dieu lui-même. Au buisson ardent, l'ange apparaît, mais c'est Dieu qui parle à Moïse.
« L'ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. »Ex 3.2, Segond 1910
Le messager attendu
Malachie annonce un messager qui préparera le chemin, puis le « messager de l'alliance ». Le Nouveau Testament applique ce texte à Jean-Baptiste.
« Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. »Ml 3.1, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit malʾāk de façon presque constante par ἄγγελος, qui en grec courant signifie lui aussi « messager ». C'est le contexte qui a spécialisé le mot : à force de désigner les envoyés célestes, ἄγγελος a donné notre « ange ». Le français perd ainsi une ambiguïté que l'hébreu et le grec conservaient : Segond doit choisir entre « messager », « envoyé » et « ange ».
Le Nouveau Testament hérite de cette ambiguïté. Quand Matthieu 11.10 cite Malachie 3.1 à propos de Jean-Baptiste, on lit ἄγγελος, traduit « messager ». Les « anges des sept Églises » en Apocalypse 2-3 ont été compris tantôt comme des êtres célestes, tantôt comme des responsables humains. La Vulgate a choisi angelus pour les êtres célestes et nuntius pour certains messagers humains.
Le débat
Qui est « l'ange de l'Éternel », qui parle tantôt de Dieu, tantôt comme Dieu ?
- Une apparition du Fils avant l'incarnation (Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, vers 155) : Justin voit dans l'ange qui parle à Abraham, Jacob et Moïse le Verbe de Dieu, distinct du Père et pourtant Dieu. Cette lecture christologique a été largement reprise par les Pères et une partie de la tradition protestante.
- Le représentant qui porte la voix de son maître (lecture fondée sur le droit des messagers) : Dans le Proche-Orient ancien, un messager parlait à la première personne au nom de celui qui l'envoyait. L'ange s'exprime donc comme Dieu parce qu'il le représente pleinement, sans être Dieu lui-même.
- Une précaution d'écriture (exégèse historico-critique) : Des scribes auraient introduit « l'ange » dans des récits où Dieu apparaissait directement, pour préserver sa transcendance. Les hésitations du texte (Gn 16.7-13 ; Jg 6.11-23) seraient la trace de cette retouche.
Le texte maintient volontairement la tension : l'ange est distinct de Dieu (il est « envoyé ») et pourtant Dieu est réellement présent en lui (Ex 23.21 dit que « mon nom est en lui »). La lecture chrétienne y voit une préfiguration de l'Envoyé par excellence ; il faut seulement éviter de projeter sur chaque texte une doctrine que l'Ancien Testament laisse ouverte.
Portée théologique
Le mot malʾāk dit d'abord une chose sur Dieu : il communique. Le Dieu de la Bible n'est pas enfermé dans son ciel ; il envoie. Agar l'esclave fugitive, Jacob en exil, Gédéon caché dans son pressoir reçoivent la visite d'un messager qui les rejoint là où ils sont. La présence angélique dit la proximité d'un Dieu qui reste pourtant saint et transcendant.
La sobriété de l'Ancien Testament est instructive. Les anges n'y sont jamais objets de culte ; ils bénissent l'Éternel et exécutent ses ordres (Ps 103.20). L'intérêt se porte sur la mission, non sur la curiosité pour le monde invisible. Le Psaume 34 en tire une consolation simple : Dieu protège ceux qui le craignent.
Enfin, le même mot s'applique aux prophètes et aux prêtres. Être « envoyé de l'Éternel » n'est pas réservé aux êtres célestes : quiconque porte fidèlement la parole de Dieu exerce ce ministère. Le Nouveau Testament récapitule cette ligne dans le Christ, l'Envoyé du Père, et dans les apôtres, envoyés à leur tour.
Chaîne : Les envoyés de Dieu
- Gn 16.7 Agar au désert : « L'ange de l'Éternel la trouva près d'une source d'eau dans le désert, près de la source qui est sur le chemin de Schur. »
- Gn 22.11 L'appel du ciel à Morija : « Alors l'ange de l'Éternel l'appela des cieux, et dit: Abraham! Abraham! Et il répondit: Me voici! »
- Gn 28.12 L'échelle de Jacob : « Il eut un songe. Et voici, une échelle était appuyée sur la terre, et son sommet touchait au ciel. Et voici, les anges de Dieu montaient et descendaient par cette échelle. »
- Ex 3.2 Le buisson ardent : « L'ange de l'Éternel lui apparut dans une flamme de feu, au milieu d'un buisson. Moïse regarda; et voici, le buisson était tout en feu, et le buisson ne se consumait point. »
- Ex 23.20 L'ange qui guide au désert : « Voici, j'envoie un ange devant toi, pour te protéger en chemin, et pour te faire arriver au lieu que j'ai préparé. »
- Jg 13.18 Un nom merveilleux : « L'ange de l'Éternel lui répondit: Pourquoi demandes-tu mon nom? Il est merveilleux. »
- Ps 34.8 L'ange qui campe autour : « L'ange de l'Éternel campe autour de ceux qui le craignent, Et il les arrache au danger. »
- És 63.9 L'ange de sa face : « Dans toutes leurs détresses ils n'ont pas été sans secours, Et l'ange qui est devant sa face les a sauvés; Il les a lui-même rachetés, dans son amour et sa miséricorde, Et constamment il les a soutenus et portés, aux anciens jours. »
- Ml 3.1 Le messager de l'alliance : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l'Éternel des armées. »
- Mt 11.10 Jean-Baptiste, le messager : « Car c'est celui dont il est écrit: Voici, j'envoie mon messager devant ta face, Pour préparer ton chemin devant toi. »
- Lc 2.9 L'ange de Noël : « Et voici, un ange du Seigneur leur apparut, et la gloire du Seigneur resplendit autour d'eux. Ils furent saisis d'une grande frayeur. »
- Hé 1.14 Des esprits au service du salut : « Ne sont-ils pas tous des esprits au service de Dieu, envoyés pour exercer un ministère en faveur de ceux qui doivent hériter du salut? »
Mots apparentés
- angelos ἄγγελος : messager, ange
- šālaḥ שָׁלַח : envoyer, laisser aller
- nābîʾ נָבִיא : prophète
- ṣābāʾ צָבָא : armée, troupe, service
- apostellō ἀποστέλλω : envoyer (en mission)
Autres mots du thème « Dieu et ses noms »
- YHWH : l'Éternel, le Seigneur
- ʾĕlōhîm : Dieu, dieux
- ʾēl : Dieu, le Dieu fort
- ʾădōnāy : Seigneur, mon Seigneur
- šadday : le Tout-Puissant
- qādôš : saint
- kāḇôd : gloire, poids, honneur
- theos : Dieu, dieu
Anecdotes pour prêcher ce mot
- L'oreiller de pierre de Béthel : Sarah Adams et « Plus près de toi » (Sarah Flower Adams, 1841)
- Le soldat qui n'a pas tiré : Sankey et le cantique du Berger (Ira Sankey, vers 1875)
- Sous les sabres des Boxers : la fuite de Jonathan Goforth (Jonathan Goforth, juillet 1900)
- « Les défaillances du ministre » : Spurgeon et la dépression (Charles Spurgeon, années 1870)
- « Merveilleusement gardés » : le dernier poème de Dietrich Bonhoeffer (Dietrich Bonhoeffer, 19 décembre 1944)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Justin Martyr, Dialogue avec Tryphon, milieu du IIe siècle. voir sur Amazon
- Gerhard Kittel (éd.), art. « ἄγγελος », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Anges ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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