šālaḥ שָׁלַח

Strong H7971 · verbe · envoyer, laisser aller · 847 occurrences

Faire partir quelqu'un ou quelque chose loin de soi : envoyer un messager, tendre la main, laisser aller un captif, renvoyer une épouse. Appliqué à Dieu, c'est le verbe de la mission : il envoie ses prophètes, sa parole, son souffle.

Racine et étymologie

La racine š-l-ḥ exprime un mouvement qui part du sujet vers l'extérieur. Au thème simple (qal), le verbe signifie « envoyer » (un messager, une lettre) mais aussi « étendre, tendre » (la main, un bâton). Au thème intensif (piel), il prend plutôt le sens de « laisser partir, renvoyer, libérer », et parfois « chasser ». Cette double orientation, envoyer en mission ou laisser aller, traverse tous les emplois.

Le verbe est l'un des plus fréquents de la Bible hébraïque. Il abonde dans les récits historiques (Samuel, Rois) où les rois envoient messagers et armées, et dans Jérémie, où revient le reproche : Dieu a envoyé ses prophètes sans se lasser, et le peuple n'a pas écouté. Le lexique de STEPBible distingue plusieurs nuances d'emploi : partir, laisser aller, répudier, et même donner en mariage.

Plusieurs mots en dérivent : šelaḥ, « arme de jet » (ce que l'on lance), mišlōaḥ, « ce que l'on envoie » ou « ce que la main atteint », et šillûḥîm, « renvoi », qui désigne aussi la dot accompagnant une fille donnée en mariage. Le judaïsme rabbinique a forgé sur la même racine šālîaḥ, « envoyé, mandataire ».

Sens et emplois

  1. Envoyer en mission

    Le sens le plus théologique : Dieu envoie une personne porter sa parole ou accomplir sa délivrance. L'envoyé agit au nom de celui qui l'envoie.

    « Maintenant, va, je t'enverrai auprès de Pharaon »Ex 3.10, Segond 1910
  2. Étendre, tendre la main

    Le geste par lequel on avance la main vers quelque chose, pour saisir, frapper ou agir. Le mouvement est le même que pour l'envoi : quelque chose part de soi.

    « Puis Abraham étendit la main, et prit le couteau, pour égorger son fils. »Gn 22.10, Segond 1910
  3. Laisser aller, libérer

    Au piel, le verbe signifie relâcher ce que l'on retient. C'est le mot-clé de l'Exode : « laisse aller mon peuple ».

    « Laisse aller mon peuple, pour qu'il célèbre au désert une fête en mon honneur. »Ex 5.1, Segond 1910
  4. Renvoyer, répudier

    Le même verbe désigne le renvoi d'une épouse dans la législation sur le divorce, ou l'expulsion d'Adam hors du jardin (Gn 3.23).

    « il la renverra de sa maison. »Dt 24.1, Segond 1910
  5. Dieu envoie sa parole

    Ce que Dieu envoie n'est pas toujours une personne : c'est aussi sa parole, sa lumière, son souffle, qui agissent comme des messagers.

    « Il envoya sa parole et les guérit, »Ps 107.20, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend šālaḥ surtout par ἀποστέλλω, « envoyer avec une mission », et par son composé ἐξαποστέλλω, « faire partir, renvoyer ». C'est de ἀποστέλλω que vient ἀπόστολος, « l'envoyé », d'où notre mot « apôtre ». Le lien est donc direct entre les prophètes que Dieu envoie dans l'Ancien Testament et les apôtres que Jésus envoie dans le Nouveau.

Jésus applique à lui-même És 61.1 dans la synagogue de Nazareth : « Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé » (Lc 4.18). L'Évangile de Jean fait de l'envoi le cœur de son vocabulaire : le Père envoie le Fils, et le Fils envoie les disciples : « Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jn 20.21). La Vulgate traduit par « mittere », d'où « mission ».

Le débat

La figure de l'apôtre chrétien vient-elle de l'institution juive du šālîaḥ, l'envoyé qui représente pleinement celui qui l'envoie ?

La datation des textes rabbiniques invite à la prudence envers Rengstorf, mais l'idée qu'un envoyé représente celui qui l'envoie est bien plus ancienne : elle est déjà au cœur de l'emploi de šālaḥ dans les récits prophétiques. Le concept d'apôtre se comprend mieux par cette continuité biblique que par une institution unique.

Portée théologique

Le Dieu d'Israël est un Dieu qui envoie. Il ne reste pas enfermé dans son ciel : il envoie Joseph en Égypte « pour vous sauver la vie » (Gn 45.5), Moïse auprès de Pharaon, les prophètes à un peuple rebelle, et sa parole qui « ne retourne point à moi sans effet » (És 55.11). À chaque fois, l'envoyé ne vient pas de lui-même : son autorité tient tout entière à celui qui l'envoie. Moïse ne peut répondre au peuple qu'en disant : « je suis » m'a envoyé vers vous (Ex 3.14).

Le même verbe dit aussi la libération. « Laisse aller mon peuple » : envoyer et délivrer sont deux faces d'un même acte, comme le montre És 61.1, où l'envoyé vient proclamer la liberté aux captifs. Pour la prédication, cela donne une définition de la mission : être envoyé, c'est être mis en route pour que d'autres soient libérés. Jésus reprend ce texte comme programme de son ministère, puis transmet l'envoi à ses disciples. La réponse d'Ésaïe, « Me voici, envoie-moi », reste le modèle de la disponibilité du croyant.

Chaîne : Le Dieu qui envoie

  1. Gn 3.23 Renvoyé du jardin : « Et l'Éternel Dieu le chassa du jardin d'Eden, pour qu'il cultivât la terre, d'où il avait été pris. »
  2. Gn 8.8 La colombe lâchée : « Il lâcha aussi la colombe, pour voir si les eaux avaient diminué à la surface de la terre. »
  3. Gn 45.5 Joseph envoyé devant : « Maintenant, ne vous affligez pas, et ne soyez pas fâchés de m'avoir vendu pour être conduit ici, car c'est pour vous sauver la vie que Dieu m'a envoyé devant vous. »
  4. Ex 3.10 Moïse envoyé : « Maintenant, va, je t'enverrai auprès de Pharaon, et tu feras sortir d'Égypte mon peuple, les enfants d'Israël. »
  5. Ex 5.1 Laisse aller mon peuple : « Moïse et Aaron se rendirent ensuite auprès de Pharaon, et lui dirent: Ainsi parle l'Éternel, le Dieu d'Israël: Laisse aller mon peuple, pour qu'il célèbre au désert une fête en mon honneur. »
  6. Ps 107.20 La parole envoyée : « Il envoya sa parole et les guérit, Il les fit échapper de la fosse. »
  7. És 6.8 Me voici, envoie-moi : « J'entendis la voix du Seigneur, disant: Qui enverrai-je, et qui marchera pour nous? Je répondis: Me voici, envoie-moi. »
  8. És 55.11 La parole efficace : « Ainsi en est-il de ma parole, qui sort de ma bouche: Elle ne retourne point à moi sans effet, Sans avoir exécuté ma volonté Et accompli mes desseins. »
  9. És 61.1 Envoyé aux affligés : « L'esprit du Seigneur, l'Éternel, est sur moi, Car l'Éternel m'a oint pour porter de bonnes nouvelles aux malheureux; Il m'a envoyé pour guérir ceux qui ont le cœur brisé, Pour proclamer aux captifs la liberté, Et aux prisonniers la délivrance; »
  10. Jr 1.7 L'appel de Jérémie : « Et l'Éternel me dit: Ne dis pas: Je suis un enfant. Car tu iras vers tous ceux auprès de qui je t'enverrai, et tu diras tout ce que je t'ordonnerai. »
  11. Ml 3.1 Le messager annoncé : « Voici, j'enverrai mon messager; Il préparera le chemin devant moi. Et soudain entrera dans son temple le Seigneur que vous cherchez; Et le messager de l'alliance que vous désirez, voici, il vient, Dit l'Éternel des armées. »
  12. Jn 20.21 Je vous envoie : « Jésus leur dit de nouveau: La paix soit avec vous! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. »

Mots apparentés

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Bibliographie

Pour aller plus loin

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