ballō βάλλω
Strong G906 · verbe · jeter, mettre · 122 occurrences
Verbe très concret : jeter, lancer, mais aussi mettre, verser, poser. Dans les Évangiles et l'Apocalypse, il sert souvent au langage du jugement (« jeté au feu », « jeté dehors ») tout en décrivant les gestes ordinaires de la vie.
Racine et étymologie
Le verbe βάλλω appartient au fonds le plus ancien du grec : chez Homère, il désigne le jet d'une lance ou d'une pierre et, de là, le fait d'atteindre une cible. Sa racine présente deux formes, βαλ- (ἔβαλον, aoriste « je jetai ») et βλη- (βέβληκα, parfait ; ἐβλήθην, aoriste passif « je fus jeté »), alternance qu'on retrouve dans les nombreux dérivés.
Ces dérivés sont parmi les mots les plus familiers du Nouveau Testament : ἐκβάλλω, « jeter dehors, chasser », employé pour l'expulsion des démons ; παραβολή, la « parabole », littéralement ce que l'on « jette à côté » pour comparer ; διάβολος, le « diable », celui qui « jette à travers », c'est-à-dire qui divise et calomnie ; σύμβολον, le « symbole », deux moitiés que l'on « jette ensemble ». Une seule racine relie ainsi les paraboles de Jésus et le nom de l'adversaire.
Avec le temps, le verbe s'est affaibli dans la langue courante : en grec de l'époque du Nouveau Testament, il signifie souvent simplement « mettre, placer, verser », sans idée de violence. C'est ce qui explique la variété des traductions françaises.
Sens et emplois
Jeter, lancer
Le sens fort : projeter quelque chose ou quelqu'un. Jésus renvoie les accusateurs de la femme adultère à leur propre conscience.
« Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. »Jn 8.7, Segond 1910
Mettre, verser, déposer
Le sens affaibli et quotidien : mettre du vin dans des outres, de l'argent dans le tronc du Temple.
« Plusieurs riches mettaient beaucoup. »Mc 12.41, Segond 1910
Être couché, étendu
Au parfait passif, le verbe décrit un malade « jeté » sur son lit, c'est-à-dire alité.
« dont il vit la belle-mère couchée et ayant la fièvre »Mt 8.14, Segond 1910
Semer
Jeter la semence en terre : image du Royaume qui grandit sans que le semeur sache comment.
« comme quand un homme jette de la semence en terre »Mc 4.26, Segond 1910
Jeter au jugement
Le langage du jugement final : l'arbre stérile, puis le diable lui-même, sont « jetés » au feu.
« Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre »Ap 20.10, Segond 1910
Mettre au cœur
Au figuré, placer une pensée dans l'esprit de quelqu'un. Segond rend ici par « inspirer ».
« lorsque le diable avait déjà inspiré au cœur de Judas Iscariot »Jn 13.2, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, βάλλω et ses composés traduisent plusieurs verbes hébreux. Le plus fréquent est hišlîk (de la racine šālak, H7993), « jeter, lancer » : c'est le verbe employé quand les marins jettent Jonas à la mer (Jon 1.15) ou quand le prophète Michée annonce que Dieu jettera les péchés au fond de la mer (Mi 7.19). D'autres correspondants sont nāp̄al au causatif, « faire tomber », et śîm, « poser, mettre ».
Le Nouveau Testament garde la même palette : du geste violent (jeter dehors, jeter au feu) au geste ordinaire (mettre, verser). Les deux registres se rejoignent dans l'Apocalypse, où le dragon est « précipité » du ciel (Ap 12.9), formule qui fait écho au cantique de Moïse sur Pharaon lancé dans la mer. La Vulgate traduit par « mittere », très souple lui aussi, et Segond par « jeter », « mettre » ou « précipiter » selon le contexte.
Le débat
Être « jeté dans l'étang de feu » (Ap 20.10-15) signifie-t-il un châtiment conscient sans fin, ou une destruction définitive ?
- Un châtiment éternel et conscient (Augustin, La Cité de Dieu, livre XXI) : Le texte dit que les condamnés seront « tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles ». Argument : le parallèle de Mt 25.46 entre « châtiment éternel » et « vie éternelle ».
- Une destruction définitive (John Stott, dans Essentials, avec David L. Edwards, 1988) : L'image du feu évoque plutôt l'anéantissement que la souffrance sans fin ; l'étang de feu est « la seconde mort » (Ap 20.14). Stott présente cette position avec prudence, comme une hypothèse légitime.
- Une image avant tout symbolique (exégèse attentive au genre apocalyptique) : L'Apocalypse parle en images ; l'étang de feu dit le caractère définitif de la défaite du mal, sans prétendre décrire l'état des personnes avec précision.
Le verbe βάλλω n'apporte pas la solution : il dit l'exclusion et la sentence, non leur durée. Le débat repose sur la lecture de « aux siècles des siècles » et de « seconde mort ». Toutes les positions s'accordent sur l'essentiel : le mal sera définitivement rejeté et ne régnera plus.
Portée théologique
Un verbe aussi banal que « jeter » porte une part importante du message des Évangiles. Jean-Baptiste et Jésus l'emploient pour annoncer un jugement réel : l'arbre sans fruit est jeté au feu, le sel affadi est jeté dehors. Ce langage sérieux empêche de réduire l'Évangile à une simple consolation : il y a quelque chose à perdre, et Jésus invite à « jeter loin de soi » ce qui fait tomber plutôt que d'être soi-même rejeté.
Mais le même verbe dit aussi la grâce. Michée annonce un Dieu qui jette les péchés au fond de la mer ; Jésus refuse de jeter la pierre et renvoie chacun à sa conscience ; Jean affirme que l'amour parfait « jette dehors » la crainte. Pour la prédication, ce contraste est parlant : ce que Dieu rejette finalement, ce n'est pas le pécheur repentant, mais le péché, la peur et l'adversaire lui-même, précipité et vaincu.
Chaîne : Jeté dehors, jeté au loin
- Ex 15.4 Pharaon lancé dans la mer : « Il a lancé dans la mer les chars de Pharaon et son armée; Ses combattants d'élite ont été engloutis dans la mer Rouge. »
- Jon 1.15 Jonas jeté à la mer : « Puis ils prirent Jonas, et le jetèrent dans la mer. Et la fureur de la mer s'apaisa. »
- Jon 2.3 Jeté dans l'abîme : « Tu m'as jeté dans l'abîme, dans le cœur de la mer, Et les courants d'eau m'ont environné; Toutes tes vagues et tous tes flots ont passé sur moi. »
- Mi 7.19 Les péchés au fond de la mer : « Il aura encore compassion de nous, Il mettra sous ses pieds nos iniquités; Tu jetteras au fond de la mer tous leurs péchés. »
- Mt 3.10 La cognée à la racine : « Déjà la cognée est mise à la racine des arbres: tout arbre donc qui ne produit pas de bons fruits sera coupé et jeté au feu. »
- Mt 5.29 Plutôt perdre un membre : « Si ton œil droit est pour toi une occasion de chute, arrache-le et jette-le loin de toi; car il est avantageux pour toi qu'un seul de tes membres périsse, et que ton corps entier ne soit pas jeté dans la géhenne. »
- Mt 13.47 Le filet jeté dans la mer : « Le royaume des cieux est encore semblable à un filet jeté dans la mer et ramassant des poissons de toute espèce. »
- Jn 8.7 La première pierre : « Comme ils continuaient à l'interroger, il se releva et leur dit: Que celui de vous qui est sans péché jette le premier la pierre contre elle. »
- 1 Jn 4.18 L'amour bannit la crainte : « La crainte n'est pas dans l'amour, mais l'amour parfait bannit la crainte; car la crainte suppose un châtiment, et celui qui craint n'est pas parfait dans l'amour. »
- Ap 12.9 Le dragon précipité : « Et il fut précipité, le grand dragon, le serpent ancien, appelé le diable et Satan, celui qui séduit toute la terre, il fut précipité sur la terre, et ses anges furent précipités avec lui. »
- Ap 20.10 L'étang de feu : « Et le diable, qui les séduisait, fut jeté dans l'étang de feu et de soufre, où sont la bête et le faux prophète. Et ils seront tourmentés jour et nuit, aux siècles des siècles. »
Mots apparentés
Autres mots du thème « Péché, mort et repentance »
- ḥaṭṭāʾt : péché ; sacrifice pour le péché
- ʿāwōn : iniquité, culpabilité
- pešaʿ : transgression, révolte
- šûb : revenir, se convertir
- šeʾôl : séjour des morts
- hamartia : péché
- metanoia : repentance, conversion
- sarx : chair
Anecdotes pour prêcher ce mot
- L'affaire Calas : un protestant innocent supplicié à Toulouse en 1762 (Jean Calas, 1761-1765)
- L'affaire des statues : Chrysostome prêche à une ville terrifiée (Jean Chrysostome, 387)
- L'orage de Stotternheim : le vœu qui fit de Martin Luther un moine (Martin Luther, 2 juillet 1505)
- La marée montante de Wigtown : le martyre de Margaret Wilson (Margaret Wilson, 11 mai 1685)
- Le billet sous l'oreiller : la mort de Watchman Nee en captivité (Watchman Nee, 1972)
- Le prédicateur de Buchenwald : Paul Schneider à la fenêtre de sa cellule (Paul Schneider, 1938-1939)
- Le sel qui conserve : les saleurs de poissons de Galilée (Le sel, Ier siècle et toujours)
- Les martyrs de Namugongo : de jeunes chrétiens face au bûcher (Charles Lwanga et les martyrs de l'Ouganda, 3 juin 1886)
- Pieds nus derrière la couronne d'épines : Saint Louis en 1239 (Louis IX (Saint Louis), août 1239)
- Pierre Durand, pasteur du Désert pendu à Montpellier en 1732 (Pierre Durand, 1732)
- Trente-huit ans dans la tour de Constance : la fidélité de Marie Durand (Marie Durand, 1730-1768)
- Un baptême au bord de la mer après sept ans : Robert Morrison et Cai Gao (Robert Morrison, 16 juillet 1814)
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, 2000. voir sur Amazon
- James Hope Moulton et George Milligan, The Vocabulary of the Greek Testament, London, Hodder & Stoughton, 1930. voir sur Amazon
- David L. Edwards et John Stott, Essentials: A Liberal-Evangelical Dialogue, London, Hodder & Stoughton, 1988. voir sur Amazon
- Augustin d'Hippone, La Cité de Dieu, livre XXI. voir sur Amazon
- Henry George Liddell et Robert Scott, A Greek-English Lexicon, Oxford, Clarendon Press. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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