ʿābad עָבַד
Strong H5647 · verbe · servir, travailler, adorer · 288 occurrences
Un seul verbe pour le travail de la terre, le service d'un maître, l'esclavage et le culte rendu à Dieu. L'hébreu ne sépare pas le labeur et l'adoration : la question est toujours de savoir qui l'on sert.
Racine et étymologie
La racine ʿ-b-d est commune à plusieurs langues sémitiques, où elle désigne le travail et la dépendance envers un maître. En hébreu biblique, le verbe ʿābad couvre un champ étonnamment large : travailler la terre, servir quelqu'un, être asservi, rendre un culte. Le sens fondamental est celui d'une activité exercée pour un autre ou en vue d'un autre : le sol que l'on cultive, le maître que l'on sert, le dieu que l'on honore.
Au qal, la forme simple, se trouvent presque tous les emplois. Les formes causatives (hiphil) signifient « faire travailler, asservir » : c'est le vocabulaire de l'oppression en Égypte. La même racine fournit deux noms majeurs. Le premier est ʿebed (H5650), « serviteur, esclave », qui désigne aussi bien le travailleur forcé que le ministre du roi ou le prophète, « serviteur de l'Éternel ». Le second est ʿăbōdāh (H5656), « travail, service », qui désigne la corvée comme la liturgie du sanctuaire.
Ce vocabulaire a laissé des traces durables : le nom propre Abdias, ʿōbadyāh, signifie « serviteur de l'Éternel », et l'arabe ʿabd, de la même famille, entre dans de nombreux noms. L'unité de la racine est le point décisif : la Bible ne connaît pas une sphère religieuse séparée du travail. Servir Dieu et cultiver le sol se disent avec le même mot.
Sens et emplois
Cultiver le sol
Le premier emploi biblique est agricole. L'homme est placé dans le jardin pour le travailler et le préserver, ce qui fait du travail une vocation antérieure à la chute.
« L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder. »Gn 2.15, Segond 1910
Servir un homme
Travailler pour un autre, en échange d'un salaire ou d'une promesse. Jacob sert Laban pour obtenir Rachel.
« Ainsi Jacob servit sept années pour Rachel: et elles furent à ses yeux comme quelques jours, parce qu'il l'aimait. »Gn 29.20, Segond 1910
Asservir, faire travailler de force
Le même verbe dit l'esclavage. En Égypte, Israël connaît le service dans sa forme la plus dure.
« Ils leur rendirent la vie amère par de rudes travaux en argile et en briques, »Ex 1.14, Segond 1910
Servir Dieu, rendre un culte
Le but de la sortie d'Égypte est formulé avec ce verbe : Israël doit passer du service de Pharaon au service de Dieu. Le sens englobe le culte et l'obéissance.
« Laisse aller mon fils, pour qu'il me serve; »Ex 4.23, Segond 1910
Le service du sanctuaire
Appliqué aux Lévites, le verbe désigne les tâches liturgiques autour de la tente de la rencontre.
« et ils seront consacrés au service de l'Éternel. »Nb 8.11, Segond 1910
Servir d'autres dieux
L'idolâtrie est un service mal adressé. Le Décalogue interdit de se prosterner devant les idoles et de les servir.
« Tu ne te prosterneras point devant elles, et tu ne les serviras point; »Ex 20.5, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante a dû faire un choix que l'hébreu ne faisait pas. Pour le service d'un homme ou l'esclavage, elle emploie δουλεύω, « être esclave, servir ». Pour le culte rendu à Dieu ou aux dieux, elle préfère λατρεύω, « rendre un culte ». Elle crée ainsi une distinction entre service profane et service religieux qui n'existait pas dans le texte hébreu, et la traduction varie parfois d'un verset à l'autre pour le même verbe.
Le Nouveau Testament hérite des deux. Jésus répond au tentateur en citant Deutéronome 6.13 : « Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul » (Mt 4.10), avec λατρεύω. Il déclare : « Nul ne peut servir deux maîtres » (Mt 6.24), avec δουλεύω. Paul appelle l'offrande du corps « un culte raisonnable » (Rm 12.1), retrouvant l'unité hébraïque entre vie concrète et adoration.
Le débat
En Genèse 2.15, l'homme est-il placé dans le jardin comme un cultivateur, ou comme un prêtre dans un sanctuaire ?
- Une vocation agricole (Claus Westermann, Genesis 1–11, 1974) : Le contexte immédiat (Gn 2.5 : « il n'y avait point d'homme pour cultiver le sol ») fait du verbe un terme de travail de la terre. Le récit donne une valeur positive au labeur humain, partie intégrante de la création.
- Une vocation sacerdotale (Gordon J. Wenham, « Sanctuary Symbolism in the Garden of Eden Story », 1986) : Le couple « servir et garder » se retrouve pour le service des Lévites au sanctuaire (Nb 3.7-8). Éden est décrit avec des traits du temple, et Adam y tient le rôle d'un gardien de lieu saint.
Les deux lectures ne s'excluent pas. Le contexte agricole est indéniable, mais l'écho avec le vocabulaire du sanctuaire est réel. Le texte suggère justement que, dans le jardin, le travail de la terre est déjà un service rendu à Dieu, ce que la racine ʿ-b-d permet de dire en un seul mot.
Portée théologique
Le récit de l'Exode peut se lire comme le passage d'un service à un autre. Israël « sert » Pharaon dans l'amertume, puis Dieu réclame son peuple « pour qu'il me serve ». La libération n'est pas l'absence de maître : c'est le changement de maître. Servir Dieu, c'est être délivré de toutes les autres servitudes. Josué place le peuple devant ce choix à Sichem : « choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir ».
Pour la prédication, l'unité du mot est une ressource précieuse. Le culte n'est pas confiné au sanctuaire ; il s'étend au travail, à la famille, à la manière d'exercer une autorité. Inversement, le travail lui-même peut devenir une idole quand il asservit. Le Psaume 100 invite à servir l'Éternel « avec joie », et l'épître aux Hébreux voit dans le sacrifice du Christ ce qui purifie la conscience « afin que vous serviez le Dieu vivant ». Le service chrétien naît de la délivrance, il ne la mérite pas.
Chaîne : Du service forcé au service libre
- Gn 2.15 Cultiver le jardin : « L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder. »
- Ex 1.14 L'esclavage en Égypte : « Ils leur rendirent la vie amère par de rudes travaux en argile et en briques, et par tous les ouvrages des champs: et c'était avec cruauté qu'ils leur imposaient toutes ces charges. »
- Ex 4.23 Laisse aller mon fils : « Je te dis: Laisse aller mon fils, pour qu'il me serve; si tu refuses de le laisser aller, voici, je ferai périr ton fils, ton premier-né. »
- Dt 6.13 Le servir lui seul : « Tu craindras l'Éternel, ton Dieu, tu le serviras, et tu jureras par son nom. »
- Jos 24.15 Le choix de Sichem : « Et si vous ne trouvez pas bon de servir l'Éternel, choisissez aujourd'hui qui vous voulez servir, ou les dieux que servaient vos pères au delà du fleuve, ou les dieux des Amoréens dans le pays desquels vous habitez. Moi et ma maison, nous servirons l'Éternel. »
- Ps 100.2 Servir avec joie : « Servez l'Éternel, avec joie, Venez avec allégresse en sa présence! »
- És 53.11 Le Serviteur juste : « À cause du travail de son âme, il rassasiera ses regards; Par sa connaissance mon serviteur juste justifiera beaucoup d'hommes, Et il se chargera de leurs iniquités. »
- Ml 3.18 Celui qui sert Dieu : « Et vous verrez de nouveau la différence Entre le juste et le méchant, Entre celui qui sert Dieu Et celui qui ne le sert pas. »
- Mt 4.10 La réponse au tentateur : « Jésus lui dit: Retire-toi, Satan! Car il est écrit: Tu adoreras le Seigneur, ton Dieu, et tu le serviras lui seul. »
- Mt 6.24 Deux maîtres : « Nul ne peut servir deux maîtres. Car, ou il haïra l'un, et aimera l'autre; ou il s'attachera à l'un, et méprisera l'autre. Vous ne pouvez servir Dieu et Mamon. »
- Rm 12.1 Un culte raisonnable : « Je vous exhorte donc, frères, par les compassions de Dieu, à offrir vos corps comme un sacrifice vivant, saint, agréable à Dieu, ce qui sera de votre part un culte raisonnable. »
- Hé 9.14 Servir le Dieu vivant : « combien plus le sang de Christ, qui, par un esprit éternel, s'est offert lui-même sans tache à Dieu, purifiera-t-il votre conscience des œuvres mortes, afin que vous serviez le Dieu vivant! »
Mots apparentés
- ʿebed עֶבֶד : serviteur, esclave
- šāmar שָׁמַר : garder, veiller, observer
- yārēʾ יָרֵא : craindre, avoir peur, révérer
- proskuneō προσκυνέω : se prosterner, adorer
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qōdeš : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- qorbān : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- ʿōlâ : holocauste, offrande qui monte
- mizbēaḥ : autel
- kōhēn : prêtre, sacrificateur
- šabbāt : sabbat, jour de repos
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Le diamant taillé : le coup de ciseau qui révéla le Cullinan (Le diamant, 1905-1908)
- Un jeune homme se donne à Dieu par écrit : l'acte de consécration d'Oberlin (Jean-Frédéric Oberlin, 1er janvier 1760)
- « Dites-leur de se tenir debout pour Jésus » : Dudley Tyng en 1858 (Dudley Tyng, avril 1858)
- « Je sais où il va » : le mariage de Philip Henry et Katherine Matthews (Philip Henry, 1660)
- « Je tombais à genoux chaque jour » : Haydn compose La Création (Joseph Haydn, 1796-1798)
- « Le sort en est jeté » : Jules César franchit le Rubicon (Jules César, janvier 49 av. J.-C.)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Art. « ʿābad », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 10. voir sur Amazon
- Claus Westermann, Genesis 1–11, Biblischer Kommentar, Neukirchen-Vluyn, Neukirchener Verlag, 1974. voir sur Amazon
- Gordon J. Wenham, Genesis 1–15, Word Biblical Commentary 1, Waco, Word Books, 1987. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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