ḥāṭāʾ חָטָא

Strong H2398 · verbe · pécher, manquer le but ; au piel, purifier du péché · 236 occurrences

Le verbe le plus courant de l'Ancien Testament pour dire « pécher ». Son sens concret, « manquer la cible », éclaire le péché comme un écart par rapport à ce qui est dû. Au piel, il prend le sens inverse : « ôter le péché », purifier.

Racine et étymologie

La racine ḥ-ṭ-ʾ est bien attestée dans les langues sémitiques : l'akkadien ḫaṭû signifie « faillir, commettre une faute », et l'arabe connaît un verbe apparenté au sens de « se tromper, manquer ». Le sens concret affleure dans un verset célèbre : les frondeurs benjaminites « pouvaient, en lançant une pierre avec la fronde, viser à un cheveu sans le manquer » (Jg 20.16). Ailleurs, celui « qui précipite ses pas tombe dans le péché » (Pr 19.2), c'est-à-dire manque son chemin. Le péché n'est donc pas d'abord une souillure mystérieuse, mais un raté par rapport à une norme ou à une relation.

Le verbe se répartit entre plusieurs thèmes. Au qal, le plus fréquent, il signifie « pécher, être fautif » envers quelqu'un : Joseph refuse de « pécher contre Dieu » (Gn 39.9), Juda se déclare « coupable envers toi » s'il ne ramène pas Benjamin (Gn 43.9). Au hifil, il veut dire « faire pécher », formule récurrente pour Jéroboam, à cause des péchés « qu'il a fait commettre à Israël » (1 R 14.16).

Le piel est remarquable : il a un sens privatif, « dé-pécher », c'est-à-dire ôter le péché, purifier. Le prêtre « purifiera l'autel » (Ex 29.36) ; le psalmiste demande « Purifie-moi avec l'hysope » (Ps 51.9). Au hitpaël, enfin, on « se purifie » soi-même (Nb 19.12). De la même racine viennent ḥēṭʾ (H2399), « faute », et surtout ḥaṭṭāʾt (H2403), à la fois « péché » et « sacrifice pour le péché ».

Sens et emplois

  1. Manquer, rater la cible

    Le sens physique, rare mais éclairant : ne pas atteindre le but visé. Les frondeurs d'élite de Benjamin ne manquent jamais leur coup.

    « tous ceux-là pouvaient, en lançant une pierre avec la fronde, viser à un cheveu sans le manquer. »Jg 20.16, Segond 1910
  2. Faillir envers quelqu'un

    Le verbe décrit souvent une faute dans une relation humaine ou envers Dieu : manquer à ce que l'on doit à l'autre. Joseph mesure l'adultère comme une trahison de son maître et un péché contre Dieu.

    « Comment ferais-je un aussi grand mal et pécherais-je contre Dieu? »Gn 39.9, Segond 1910
  3. Pécher involontairement

    La loi lévitique prévoit des fautes commises « par inadvertance » : on peut manquer le but sans l'avoir voulu, et la faute doit pourtant être réparée.

    « Lorsque quelqu'un péchera involontairement contre l'un des commandements de l'Éternel »Lv 4.2, Segond 1910
  4. L'aveu : « j'ai péché »

    La forme ḥāṭāʾtî, « j'ai péché », est la formule biblique de la confession, de David devant Nathan jusqu'au Psaume 51.

    « David dit à Nathan: J'ai péché contre l'Éternel! »2 S 12.13, Segond 1910
  5. Au piel : purifier du péché

    Le thème intensif renverse le sens : il s'agit d'enlever le péché, de rendre pur un objet ou une personne, souvent par le sang ou l'eau lustrale.

    « Purifie-moi avec l'hysope, et je serai pur; »Ps 51.9, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante rend ḥāṭāʾ presque toujours par ἁμαρτάνω (G264), dont le sens premier en grec classique est lui aussi « manquer le but », chez Homère pour un trait qui n'atteint pas sa cible. La correspondance est donc étonnamment exacte. Le nom ἁμαρτία, « péché », traduit de même ḥaṭṭāʾt et ḥēṭʾ. Quand le fils prodigue dit « j'ai péché contre le ciel et contre toi » (Lc 15.21), il reprend mot pour mot la confession hébraïque.

Le Nouveau Testament emploie ἁμαρτάνω 43 fois. Le sens piel « purifier » ne passe pas par ce verbe, mais par καθαρίζω, « purifier », ou par le vocabulaire de l'expiation. La Vulgate a fixé « peccare », d'où notre « pécher ». Il faut cependant se garder de réduire le mot hébreu à une étymologie : dans la plupart des 236 occurrences, le sens concret de « rater » n'est plus perçu, et le verbe signifie simplement « commettre une faute ».

Le débat

Le rite de la ḥaṭṭāʾt, lié au piel « purifier », ôte-t-il le péché de la personne ou purifie-t-il le sanctuaire ?

Milgrom a montré que le piel de ḥāṭāʾ vise souvent des objets (autel, maison, tente), ce qui interdit de réduire le rite à un pardon individuel. Mais Lévitique 4 conclut bien que « il lui sera pardonné » : la personne est concernée. La proposition de Gane, qui articule les deux, rend le mieux compte de l'ensemble.

Portée théologique

Ḥāṭāʾ donne au péché un visage relationnel : on pèche « contre » quelqu'un. David, qui a pourtant lésé Urie et Bethsabée, confesse « J'ai péché contre toi seul » (Ps 51.6) : toute faute envers le prochain atteint d'abord Dieu, garant de la relation. L'Ancien Testament ne se fait pas d'illusion sur l'homme : « il n'y a point d'homme qui ne pèche » (1 R 8.46), et l'Ecclésiaste le répète. Mais il n'en reste pas au constat.

Le même verbe qui dit la faute dit aussi son effacement. Cette réversibilité grammaticale est une bonne nouvelle : le Dieu contre qui l'on pèche est aussi celui qui « dé-pèche », qui purifie. Pour la prédication, le Psaume 51 réunit les deux faces : l'aveu nu, sans excuse, et la prière d'être lavé. Le Nouveau Testament reprendra ce mouvement dans la promesse que, si nous confessons nos péchés, Dieu nous en purifie. La confession n'est pas une humiliation stérile, mais la porte de la purification.

Chaîne : Du péché à la purification

  1. Gn 4.7 Le péché tapi à la porte : « Certainement, si tu agis bien, tu relèveras ton visage, et si tu agis mal, le péché se couche à la porte, et ses désirs se portent vers toi: mais toi, domine sur lui. »
  2. Gn 39.9 Joseph refuse de pécher : « Il n'est pas plus grand que moi dans cette maison, et il ne m'a rien interdit, excepté toi, parce que tu es sa femme. Comment ferais-je un aussi grand mal et pécherais-je contre Dieu? »
  3. Ex 32.30 Le veau d'or : « Le lendemain, Moïse dit au peuple: Vous avez commis un grand péché. Je vais maintenant monter vers l'Éternel: j'obtiendrai peut-être le pardon de votre péché. »
  4. Lv 4.2 La faute involontaire : « Parle aux enfants d'Israël, et dis: Lorsque quelqu'un péchera involontairement contre l'un des commandements de l'Éternel, en faisant des choses qui ne doivent point se faire; »
  5. 2 S 12.13 La confession de David : « David dit à Nathan: J'ai péché contre l'Éternel! Et Nathan dit à David: L'Éternel pardonne ton péché, tu ne mourras point. »
  6. 1 R 8.46 Nul homme qui ne pèche : « Quand ils pécheront contre toi, car il n'y a point d'homme qui ne pèche, quand tu seras irrité contre eux et que tu les livreras à l'ennemi, qui les emmènera captifs dans un pays ennemi, lointain ou rapproché; »
  7. Ps 51.6 Contre toi seul : « J'ai péché contre toi seul, Et j'ai fait ce qui est mal à tes yeux, En sorte que tu seras juste dans ta sentence, Sans reproche dans ton jugement. »
  8. Éz 18.4 L'âme qui pèche : « Voici, toutes les âmes sont à moi; l'âme du fils comme l'âme du père, l'une et l'autre sont à moi; l'âme qui pèche, c'est celle qui mourra. »
  9. Lc 15.21 J'ai péché contre le ciel : « Le fils lui dit: Mon père, j'ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d'être appelé ton fils. »
  10. Rm 3.23 Tous ont péché : « Car tous ont péché et sont privés de la gloire de Dieu; »
  11. 1 Jn 1.9 Purifiés de toute iniquité : « Si nous confessons nos péchés, il est fidèle et juste pour nous les pardonner, et pour nous purifier de toute iniquité. »

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Anecdotes pour prêcher ce mot

Bibliographie

Pour aller plus loin

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