dynamis δύναμις
Strong G1411 · nom féminin · puissance, miracle · 119 occurrences
La capacité d'agir et la force qui produit un effet. Dans le Nouveau Testament, c'est d'abord la puissance de Dieu, à l'œuvre dans les miracles de Jésus, dans l'Esprit donné à l'Église, dans l'Évangile et dans la résurrection.
Racine et étymologie
δύναμις est le nom d'action du verbe δύναμαι (G1410), « pouvoir, être capable ». Le suffixe -σις (ici -μις) forme en grec des noms qui désignent une activité ou une faculté. Le mot dit donc d'abord la capacité : ce qu'une personne ou une chose est en mesure de faire. L'origine plus lointaine du radical δυνα- reste discutée.
En grec classique, le mot couvre un champ large : la force physique, la puissance militaire (une armée), la valeur d'une monnaie, la faculté d'une plante qui guérit, et chez Aristote la « puissance » au sens philosophique, la potentialité opposée à l'acte (ἐνέργεια). Le Nouveau Testament n'emploie pas ce sens technique : il parle d'une puissance qui agit.
La famille est riche : δυνατός (G1415), « puissant, possible » ; ἀδύνατος, « impossible » (« rien n'est impossible à Dieu », Lc 1.37) ; δυνάστης, « souverain » (Lc 1.52 ; 1 Tm 6.15) ; δυναμόω, « fortifier ». Le français a emprunté plusieurs de ces mots : dynamique, dynastie, et, par l'intermédiaire d'un chimiste suédois, dynamite. Il faut se garder de relire le Nouveau Testament à partir de ce dernier : la puissance de Dieu n'y est pas explosive mais créatrice.
Sens et emplois
La puissance de Dieu
La capacité souveraine de Dieu d'agir, en particulier de donner la vie et de ressusciter. Jésus reproche aux sadducéens de l'ignorer.
« vous ne comprenez ni les Écritures, ni la puissance de Dieu. »Mt 22.29, Segond 1910
Un miracle
Au pluriel surtout, les « puissances » sont les actes de puissance, c'est-à-dire les miracles. Segond traduit alors par « miracles ».
« par les miracles, les prodiges et les signes qu'il a opérés par lui au milieu de vous, »Ac 2.22, Segond 1910
La force qui guérit
Une énergie qui émane de Jésus et opère la guérison : la femme malade la reçoit en touchant son vêtement.
« Jésus connut aussitôt en lui-même qu'une force était sortie de lui; »Mc 5.30, Segond 1910
La puissance de l'Esprit
La force donnée aux disciples par le Saint-Esprit pour être témoins. Elle est étroitement liée à l'Esprit, sans se confondre avec lui.
« Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins »Ac 1.8, Segond 1910
La puissance de l'Évangile
Chez Paul, le message lui-même est puissance de Dieu : il ne fait pas que parler du salut, il l'opère en celui qui croit.
« c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, »Rm 1.16, Segond 1910
Les puissances spirituelles
Au pluriel, des êtres ou des forces invisibles qui exercent une domination. Aucune ne peut séparer le croyant de l'amour de Dieu.
« ni les puissances, »Rm 8.38, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, δύναμις traduit plusieurs mots hébreux. Le plus fréquent est ḥayil (H2428), « force, vaillance, armée » ; d'où l'expression « l'Éternel des puissances » (κύριος τῶν δυνάμεων), qui rend souvent YHWH ṣĕbāʾôt, « l'Éternel des armées ». Le mot traduit aussi gĕbûrâ (H1369), « vaillance, exploit », kōaḥ (H3581), « force », et ʿōz (H5797), « puissance ».
Ce double héritage éclaire le Nouveau Testament. D'un côté, la puissance de Dieu est celle du guerrier divin qui délivre son peuple et du Créateur qui agit dans l'histoire. De l'autre, les « exploits » (gĕbûrôt) de Dieu chantés dans les psaumes deviennent, au pluriel, les « miracles » (δυνάμεις) de Jésus. Le prophète Zacharie avait déjà prévenu que l'œuvre de Dieu ne se fait « ni par la puissance ni par la force, mais par mon esprit » (Za 4.6) : Luc et Paul lient la δύναμις à l'Esprit. La Vulgate traduit par virtus, d'où les « vertus » des anciennes traductions.
Le débat
Les δυνάμεις de Jésus doivent-elles être lues comme des événements historiques ou comme un langage mythique à interpréter ?
- Démythologiser les miracles (Rudolf Bultmann, 1941) : Dans « Nouveau Testament et mythologie », Bultmann estime que la représentation d'un monde traversé de forces surnaturelles appartient à la vision antique du monde. Le message des récits de miracles doit être dégagé de ce cadre mythique et compris comme appel existentiel à la foi.
- Un noyau historique solide (John P. Meier, 1994) : Dans le deuxième volume d'A Marginal Jew, Meier conclut, selon les critères de l'historien, que la tradition selon laquelle Jésus a accompli des actes tenus pour des guérisons et des exorcismes remonte à Jésus lui-même ; l'historien ne peut trancher sur leur cause, mais ne peut les effacer.
Le vocabulaire lui-même oriente la lecture : les évangiles n'appellent pas d'abord ces actes « merveilles » mais « puissances », c'est-à-dire manifestations de la force de Dieu qui fait irruption avec le Royaume. Quelle que soit l'approche historique, le texte les présente comme des signes du salut en cours, inséparables de la croix et de la résurrection.
Portée théologique
Dans le Nouveau Testament, la δύναμις n'est jamais une force anonyme dont l'homme pourrait disposer : c'est la puissance de Dieu, qui crée, guérit et ressuscite. Elle se manifeste dans les miracles de Jésus, signes que le Royaume s'approche ; elle repose sur Marie à l'Annonciation ; elle est promise aux disciples avec l'Esprit pour le témoignage. Paul en fait un mot central : l'Évangile est puissance de salut, et la résurrection du Christ est l'acte de puissance par excellence, celui qui transformera aussi nos corps.
Mais Paul opère un renversement décisif : la puissance de Dieu se révèle dans la croix, que le monde tient pour folie, et elle « s'accomplit dans la faiblesse » (2 Co 12.9). Pour la prédication, c'est un garde-fou contre toute théologie de la force ou du succès. La puissance chrétienne n'est pas la capacité de dominer, mais celle de rester fidèle dans l'épreuve, soutenu par une force qui vient d'ailleurs. Connaître la puissance de la résurrection passe par la communion aux souffrances du Christ (Ph 3.10).
Chaîne : La puissance de Dieu à l'œuvre
- Ps 110.2 Le sceptre de ta puissance : « L'Éternel étendra de Sion le sceptre de ta puissance: Domine au milieu de tes ennemis! »
- Za 4.6 Non par la force, mais par l'Esprit : « Alors il reprit et me dit: C'est ici la parole que l'Éternel adresse à Zorobabel: Ce n'est ni par la puissance ni par la force, mais c'est par mon esprit, dit l'Éternel des armées. »
- Mc 5.30 Une force sortie de lui : « Jésus connut aussitôt en lui-même qu'une force était sortie de lui; et, se retournant au milieu de la foule, il dit: Qui a touché mes vêtements? »
- Mc 6.5 Aucun miracle sans foi : « Il ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il imposa les mains à quelques malades et les guérit. »
- Lc 1.35 La puissance du Très-Haut : « L'ange lui répondit: Le Saint-Esprit viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre. C'est pourquoi le saint enfant qui naîtra de toi sera appelé Fils de Dieu. »
- Lc 24.49 Revêtus de la puissance d'en haut : « Et voici, j'enverrai sur vous ce que mon Père a promis; mais vous, restez dans la ville jusqu'à ce que vous soyez revêtus de la puissance d'en haut. »
- Ac 1.8 Puissance pour témoigner : « Mais vous recevrez une puissance, le Saint-Esprit survenant sur vous, et vous serez mes témoins à Jérusalem, dans toute la Judée, dans la Samarie, et jusqu'aux extrémités de la terre. »
- Rm 1.16 L'Évangile, puissance de salut : « Car je n'ai point honte de l'Évangile: c'est une puissance de Dieu pour le salut de quiconque croit, du Juif premièrement, puis du Grec, »
- 1 Co 1.18 La croix, puissance de Dieu : « Car la prédication de la croix est une folie pour ceux qui périssent; mais pour nous qui sommes sauvés, elle est une puissance de Dieu. »
- 1 Co 15.43 Ressuscité plein de force : « il est semé méprisable, il ressuscite glorieux; il est semé infirme, il ressuscite plein de force; »
- 2 Co 12.9 La puissance dans la faiblesse : « et il m'a dit: Ma grâce te suffit, car ma puissance s'accomplit dans la faiblesse. Je me glorifierai donc bien plus volontiers de mes faiblesses, afin que la puissance de Christ repose sur moi. »
- Ph 3.10 La puissance de sa résurrection : « Afin de connaître Christ, et la puissance de sa résurrection, et la communion de ses souffrances, en devenant conforme à lui dans sa mort, »
Mots apparentés
- dynamai δύναμαι : pouvoir, être capable
- ḥayil חַיִל : force, vaillance, armée, richesse
- doxa δόξα : gloire
- pneuma πνεῦμα : souffle, esprit, Esprit
Autres mots du thème « Salut et rédemption »
- yᵉšûʿâ : salut, délivrance
- gāʾal : racheter, agir en proche parent
- pādâ : racheter, libérer contre un prix
- kipper : faire l'expiation, purifier, apaiser
- sōtēria : salut, délivrance, préservation
- apolytrōsis : rédemption, libération
- hilastērion : propitiatoire, moyen d'expiation
- dikaioō : justifier, déclarer juste, donner raison
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Deux cents ou vingt mille ? Mme Hillyard et l'orphelinat de Stockwell (Charles Spurgeon, 1866)
- Deux femmes en prière et une rue de New York : Moody rempli de l'Esprit (Dwight L. Moody, 1871)
- Face à la bande de Dundee : le courage de la jeune Mary Slessor (Mary Slessor, vers 1870)
- Isaac Newton : un système du monde qui suppose un Seigneur (Isaac Newton, 1713)
- L'épître aux Romains dans un salon : Robert Haldane et le Réveil de Genève (Robert Haldane, 1816-1817)
- L'hiver où Sarah Edwards fut saisie par l'amour du Christ (Sarah Edwards, janvier-février 1742)
- La Bible pour les laboureurs : Lefèvre d'Étaples traduit le Nouveau Testament (Jacques Lefèvre d'Étaples, 1523)
- La goutte, Menton et la cène dans une chambre d'hôtel (Charles Spurgeon, années 1880)
- La malade qui se croyait inutile : « Tel que je suis » (1834) (Charlotte Elliott, 1834)
- La prière de minuit : Martin Luther King dans sa cuisine (Martin Luther King, 27 janvier 1956)
- La tente de Los Angeles : la campagne qui révéla Billy Graham (Billy Graham, septembre-novembre 1949)
- Le dernier cantique de Charles Wesley, dicté sur son lit de mort (Charles Wesley, mars 1788)
Bibliographie
- Walter Grundmann, art. « δύναμαι, δύναμις », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 2, Grand Rapids, Eerdmans, 1964. voir sur Amazon
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Rudolf Bultmann, « Neues Testament und Mythologie », dans Offenbarung und Heilsgeschehen, Munich, 1941. voir sur Amazon
- John P. Meier, A Marginal Jew: Rethinking the Historical Jesus, vol. 2 : Mentor, Message, and Miracles, New York, Doubleday, 1994. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1962. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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