ʾēm אֵם
Strong H517 · nom féminin · mère · 220 occurrences
La mère, celle qui donne la vie, nourrit, console et instruit. Le mot désigne aussi, par image, une femme qui protège tout un peuple, une ville principale, ou le point de départ d'une route. Dieu lui-même se compare à une mère qui console.
Racine et étymologie
ʾĒm est un mot primitif, commun à presque toutes les langues sémitiques : akkadien ummu, ougaritique um, araméen ʾimmā, arabe umm. Comme « papa » et « maman » dans beaucoup de langues, il appartient sans doute au tout premier vocabulaire de l'enfant, ce qui explique sa forme courte et sa grande stabilité. On ne le rattache à aucune racine verbale sûre.
Avec un suffixe, la consonne m se redouble : ʾimmî, « ma mère », ʾimmô, « sa mère ». Le mot est presque toujours associé à ʾāḇ, « père » (H1), dans la formule « son père et sa mère », qui structure le droit familial de l'Ancien Testament. Fait remarquable, le Lévitique cite une fois la mère en premier : « Chacun de vous respectera sa mère et son père » (Lv 19.3).
L'arabe a tiré de la même base le mot umma, « communauté », et l'hébreu ʾummâ, « peuple, nation », est sans doute apparenté. Un emploi isolé surprend : en Ézéchiel 21.21, ʾēm haddereḵ, littéralement « la mère du chemin », désigne le carrefour, le point de départ d'où partent les routes. Le lexique STEPBible note ce sens à part : « point de départ, bifurcation ».
Sens et emplois
La mère qui donne la vie
Le sens premier : celle qui enfante. Ève reçoit son nom de cette vocation, qui dépasse sa propre descendance pour toucher toute l'humanité.
« Adam donna à sa femme le nom d'Eve: car elle a été la mère de tous les vivants. »Gn 3.20, Segond 1910
La mère à honorer
Dans la loi, la mère reçoit le même honneur que le père. Le commandement est lié à la promesse de vie dans le pays.
« Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays »Ex 20.12, Segond 1910
La mère qui enseigne
Dans les Proverbes, la mère transmet la sagesse au même titre que le père : son enseignement (tôrâ) ne doit pas être rejeté.
« Et ne rejette pas l'enseignement de ta mère; »Pr 1.8, Segond 1910
Une mère pour tout un peuple
Par image, la femme qui protège et relève la communauté : Débora se présente comme « une mère en Israël ». Une ville importante est aussi appelée « mère ».
« Quand je me suis levée comme une mère en Israël. »Jg 5.7, Segond 1910
Image de la consolation divine
Dieu se compare à une mère qui console son enfant. L'image n'est pas un titre, mais elle révèle une tendresse que le langage paternel ne suffit pas à dire.
« Comme un homme que sa mère console, Ainsi je vous consolerai »És 66.13, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ʾēm par μήτηρ (G3384), le mot grec ordinaire pour la mère, de la même famille que le latin mater et le français « maternel ». Le Nouveau Testament reprend fidèlement le commandement d'honorer père et mère (Ep 6.2), mais il élargit aussi la notion : Jésus désigne comme « ma mère et mes frères » ceux qui font la volonté de Dieu (Mt 12.49 ; Mc 3.35).
Deux scènes donnent au mot une portée nouvelle. Au pied de la croix, Jésus confie sa mère au disciple qu'il aimait : « Voilà ta mère » (Jn 19.27), créant une famille fondée sur lui. Et Paul, reprenant l'image prophétique de Jérusalem comme mère de ses habitants, écrit que « la Jérusalem d'en haut est libre, c'est notre mère » (Ga 4.26). La maternité, déjà employée dans l'Ancien Testament pour une ville ou une prophétesse, devient une image de l'appartenance au peuple de Dieu.
Le débat
Les images maternelles de Dieu ont-elles une portée théologique propre ?
- Une dimension réelle de la révélation (Phyllis Trible, 1978) : Dans God and the Rhetoric of Sexuality, Trible relève les métaphores maternelles de Dieu (És 66.13, la tendresse liée au sein maternel, raḥămîm) et soutient qu'elles disent quelque chose d'essentiel sur Dieu, que la tradition a négligé.
- Des comparaisons, non des titres (Lecture théologique classique) : Les textes comparent l'action de Dieu à celle d'une mère (« comme »), mais ne l'appellent jamais « mère », alors qu'il est appelé « père ». Les images enrichissent la compréhension de son amour sans modifier la manière de le nommer.
- Relire la place sociale des mères (Carol Meyers, 1988) : Dans Discovering Eve, Meyers étudie le rôle des femmes dans l'Israël agricole ancien et montre que la mère y exerçait une autorité réelle dans la maison, ce qui éclaire des expressions comme « la maison de sa mère » (Gn 24.28 ; Rt 1.8).
La lecture classique a raison sur un point de grammaire : Dieu n'est jamais nommé « mère ». Mais Trible montre que les images maternelles ne sont pas marginales, et Meyers rappelle que la mère, dans l'Israël ancien, n'était ni effacée ni muette. Ensemble, ces lectures invitent à entendre toute la richesse d'un mot qui dit à la fois la vie donnée, l'autorité et la tendresse.
Portée théologique
ʾĒm rappelle que la Bible pense l'être humain à partir de la famille. Chacun naît d'une mère, et la loi place l'honneur dû à la mère au même rang que celui dû au père, au point que le Lévitique la nomme une fois en premier. Les Proverbes en font une enseignante de sagesse, et les récits bibliques donnent aux mères un rôle décisif dans l'histoire du salut : Sara, Rébecca, la mère de Moïse, Anne, Bath-Schéba, et bien sûr Marie. Ève, « mère de tous les vivants », porte une vocation que la chute n'a pas annulée.
Le mot ouvre aussi une fenêtre sur Dieu. Le psalmiste sait que l'Éternel le recueillera même si son père et sa mère l'abandonnent, et Ésaïe compare la consolation divine à celle d'une mère. Pour la prédication, ces textes permettent de dire la tendresse de Dieu sans réduire sa paternité. Enfin, le Nouveau Testament élargit la famille : au pied de la croix, Jésus donne une mère à son disciple, et Paul voit dans la Jérusalem d'en haut la mère de tous les croyants. La maternité devient alors le signe d'une appartenance reçue, non choisie, à un peuple qui donne la vie.
Chaîne : La mère, de la création à la nouvelle famille
- Gn 2.24 Quitter père et mère : « C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et ils deviendront une seule chair. »
- Gn 3.20 La mère de tous les vivants : « Adam donna à sa femme le nom d'Eve: car elle a été la mère de tous les vivants. »
- Ex 20.12 Honore ta mère : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne. »
- Jg 5.7 Débora, mère en Israël : « Les chefs étaient sans force en Israël, sans force, Quand je me suis levée, moi, Débora, Quand je me suis levée comme une mère en Israël. »
- 1 R 3.27 Le jugement de Salomon : « Et le roi, prenant la parole, dit: Donnez à la première l'enfant qui vit, et ne le faites point mourir. C'est elle qui est sa mère. »
- Ps 27.10 Quand père et mère abandonnent : « Car mon père et ma mère m'abandonnent, Mais l'Éternel me recueillera. »
- Ps 131.2 L'enfant sevré : « Loin de là, j'ai l'âme calme et tranquille, Comme un enfant sevré qui est auprès de sa mère; J'ai l'âme comme un enfant sevré. »
- Pr 31.1 L'enseignement d'une mère : « Paroles du roi Lemuel. Sentences par lesquelles sa mère l'instruisit. »
- És 66.13 Comme une mère console : « Comme un homme que sa mère console, Ainsi je vous consolerai; Vous serez consolés dans Jérusalem. »
- Mt 12.49 Voici ma mère : « Puis, étendant la main sur ses disciples, il dit: Voici ma mère et mes frères. »
- Jn 19.27 Voilà ta mère : « Puis il dit au disciple: Voilà ta mère. Et, dès ce moment, le disciple la prit chez lui. »
- Ga 4.26 La Jérusalem d'en haut : « Mais la Jérusalem d'en haut est libre, c'est notre mère; »
Mots apparentés
- ʾāb אָב : père
- ʾiššāh אִשָּׁה : femme, épouse
- yālad יָלַד : enfanter, engendrer
- raḥămîm רַחֲמִים : compassion, entrailles
- bayit בַּיִת : maison
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ʾādām : homme, humanité ; Adam
- ṣelem : image, statue, effigie
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Kepler au secours de sa mère, accusée de sorcellerie (Johannes Kepler, 1615-1621)
- L'incendie de Serampore : William Carey voit partir en fumée des années de travail (William Carey, 11 mars 1812)
- Racheté contre un cheval : l'enfance de George Washington Carver (George Washington Carver, vers 1864)
- Ruiné en une journée : la faillite qui fit de J. C. Ryle un pasteur (J. C. Ryle, 1841)
- Une année de travail volée : l'épreuve d'Elisabeth Elliot (Elisabeth Elliot, 1953)
- « Confiez-vous en Dieu » : les dernières paroles de Jonathan Edwards (Jonathan Edwards, 22 mars 1758)
- « Gloire à Dieu pour toutes choses » : la mort de Jean Chrysostome (Jean Chrysostome, 14 septembre 407)
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver, Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1907. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler, Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament, Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Phyllis Trible, God and the Rhetoric of Sexuality, Philadelphia, Fortress Press, 1978. voir sur Amazon
- Carol Meyers, Discovering Eve: Ancient Israelite Women in Context, New York, Oxford University Press, 1988. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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