graphō γράφω
Strong G1125 · verbe · écrire · 190 occurrences
Écrire, mettre par écrit. Au parfait passif, « il est écrit » (gegraptai) devient la formule par laquelle Jésus et les apôtres invoquent l'autorité de l'Écriture. Les auteurs du Nouveau Testament l'emploient aussi pour dire pourquoi ils écrivent.
Racine et étymologie
Le sens premier de graphō est « gratter, érafler », puis « tracer des traits, dessiner » : le lexique d'Abbott-Smith rappelle que c'est son sens chez Homère, avant celui d'« écrire ». L'écriture ancienne consistait en effet à graver ou à inciser des signes dans la pierre, l'argile ou la cire, avant que l'encre sur papyrus ne se généralise. On retrouve cette racine en français dans « graphie », « graphique » ou « orthographe ».
La famille est abondante dans le Nouveau Testament. Le nom graphē (G1124), « écrit », désigne au singulier un passage de l'Écriture et au pluriel « les Écritures ». Gramma (G1121), « lettre, écrit », sert pour les caractères (les « grandes lettres » de Ga 6.11), pour une lettre ou une créance, et pour « la lettre » opposée à l'Esprit (2 Co 3.6). Le grammateus est le « scribe », spécialiste de l'Écriture. Les composés engraphō, « inscrire dans », et epigraphō, « inscrire dessus », complètent ce vocabulaire.
Le verbe compte 190 emplois. Il est particulièrement fréquent dans l'Apocalypse, où le voyant reçoit l'ordre d'écrire, dans l'évangile de Jean, qui réfléchit sur son propre écrit, et dans Romains, où Paul cite constamment l'Écriture.
Sens et emplois
« Il est écrit » : l'autorité de l'Écriture
Le parfait passif gegraptai, « il a été écrit et cela demeure », introduit une citation qui fait autorité. Jésus répond ainsi au tentateur, non par un argument personnel, mais par l'Écriture.
« Jésus répondit: Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »Mt 4.4, Segond 1910
Ce qui est écrit doit s'accomplir
Le participe gegrammena désigne ce que l'Écriture annonce et que l'histoire de Jésus accomplit. Le Ressuscité relit avec ses disciples toute l'Écriture à partir de lui-même.
« qu'il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes. »Lc 24.44, Segond 1910
Écrire un livre, un témoignage
Les évangélistes emploient le verbe pour présenter leur propre œuvre et son but. Jean écrit pour conduire à la foi et à la vie.
« Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. »Jn 20.31, Segond 1910
Écrire une lettre
Dans les épîtres, « je vous écris » introduit une intention pastorale : instruire, avertir, consoler.
« Mes petits enfants, je vous écris ces choses, afin que vous ne péchiez point. »1 Jn 2.1, Segond 1910
Une inscription définitive
Le parfait exprime aussi ce qui est fixé une fois pour toutes : l'écriteau de la croix que Pilate refuse de modifier, ou les noms inscrits dans le livre de vie.
« Pilate répondit: Ce que j'ai écrit, je l'ai écrit. »Jn 19.22, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, graphō traduit principalement l'hébreu kātab (H3789), « écrire », dont la racine donne aussi kətāb, « écrit », et miktāb, « écriture ». L'Ancien Testament insiste sur l'écriture comme acte d'alliance : les tables sont « écrites du doigt de Dieu » (Ex 31.18), et l'Éternel dit à Moïse : « Ecris ces paroles; car c'est conformément à ces paroles que je traite alliance avec toi et avec Israël » (Ex 34.27). L'écrit garde la parole donnée et permet de la transmettre.
Le Nouveau Testament hérite de ce sens. La formule « il est écrit » correspond à l'usage juif d'introduire une citation de l'Écriture comme une parole qui fait foi, usage bien attesté aussi dans les manuscrits de Qumrân. Le parfait grec souligne que ce qui a été écrit garde sa valeur : l'Écriture n'est pas un document du passé, mais une parole qui parle encore.
Le débat
Jean a-t-il écrit son évangile pour amener des lecteurs à la foi, ou pour affermir des croyants (Jn 20.31) ?
- Un but missionnaire (D. A. Carson, « The Purpose of the Fourth Gospel: John 20:31 Reconsidered », Journal of Biblical Literature 106, 1987) : La phrase répond à la question « qui est le Messie ? » : Jean veut montrer que le Christ attendu est Jésus. L'évangile s'adresse donc d'abord à des lecteurs non chrétiens, notamment juifs et prosélytes de la diaspora.
- Un but d'affermissement (nombreux commentateurs modernes) : Les discours d'adieu (Jn 13-17) et la théologie très élaborée supposent des lecteurs déjà croyants. Argument textuel : une partie de la tradition manuscrite, dont le Codex Vaticanus, porte le subjonctif présent (« que vous continuiez à croire »).
- Une question indécidable par la grammaire (critique textuelle et grammaticale) : Les deux leçons, présent et aoriste, sont bien attestées, et en grec du Nouveau Testament le temps du subjonctif ne suffit pas à trancher entre « commencer à croire » et « persévérer dans la foi ». Le contexte doit décider.
La variante manuscrite ne règle pas la question, comme l'a bien vu la critique grammaticale. L'évangile contient à la fois des signes destinés à susciter la foi et des enseignements pour la communauté. On peut dire qu'il a été écrit pour que le lecteur, quel qu'il soit, croie et trouve la vie : l'écrit sert la foi à toutes ses étapes.
Portée théologique
La foi biblique est une foi qui écrit. Dieu grave les tables, ordonne à Moïse d'écrire l'alliance, demande à Jérémie de mettre ses oracles dans un livre et à Habacuc d'écrire la vision « afin qu'on la lise couramment ». L'écrit protège la parole contre l'oubli et la déformation, et il permet à d'autres générations de l'entendre. Paul en tire la leçon : « tout ce qui a été écrit d'avance l'a été pour notre instruction » (Rm 15.4).
La formule « il est écrit » montre comment Jésus se situe face à l'Écriture. Au désert, il ne discute pas avec le tentateur : il s'appuie sur une parole déjà donnée. Après la résurrection, il ouvre l'intelligence des disciples à « tout ce qui est écrit de moi ». L'Écriture et le Christ s'éclairent mutuellement.
Le verbe rappelle aussi que les écrits du Nouveau Testament ont un but. Jean écrit pour que le lecteur croie et ait la vie ; la première épître de Jean, pour que les croyants ne pèchent pas ; l'Apocalypse, parce que les paroles de Dieu sont « certaines et véritables ». Pour la prédication, lire l'Écriture, c'est recevoir une parole adressée, écrite pour nous, et pas seulement étudier un document ancien.
Chaîne : La parole écrite
- Ex 31.18 Écrites du doigt de Dieu : « Lorsque l'Éternel eut achevé de parler à Moïse sur la montagne de Sinaï, il lui donna les deux tables du témoignage, tables de pierre, écrites du doigt de Dieu. »
- Ex 34.27 Écrire l'alliance : « L'Éternel dit à Moïse: Ecris ces paroles; car c'est conformément à ces paroles que je traite alliance avec toi et avec Israël. »
- Dt 6.9 Sur les poteaux de la maison : « Tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes. »
- Jr 36.2 Le rouleau de Jérémie : « Prends un livre, et tu y écriras toutes les paroles que je t'ai dites sur Israël et sur Juda, et sur toutes les nations, depuis le jour où je t'ai parlé, au temps de Josias, jusqu'à ce jour. »
- Ha 2.2 Écrire la vision : « L'Éternel m'adressa la parole, et il dit: Ecris la prophétie: Grave-la sur des tables, Afin qu'on la lise couramment. »
- Mt 4.4 Il est écrit : « Jésus répondit: Il est écrit: L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
- Lc 4.17 Jésus à Nazareth : « et on lui remit le livre du prophète Ésaïe. L'ayant déroulé, il trouva l'endroit où il était écrit: »
- Lc 24.44 Tout ce qui est écrit de moi : « Puis il leur dit: C'est là ce que je vous disais lorsque j'étais encore avec vous, qu'il fallait que s'accomplît tout ce qui est écrit de moi dans la loi de Moïse, dans les prophètes, et dans les psaumes. »
- Jn 20.31 Écrit pour que vous croyiez : « Mais ces choses ont été écrites afin que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et qu'en croyant vous ayez la vie en son nom. »
- Rm 15.4 Écrit pour notre instruction : « Or, tout ce qui a été écrit d'avance l'a été pour notre instruction, afin que, par la patience, et par la consolation que donnent les Écritures, nous possédions l'espérance. »
- Ap 21.5 Écris : je fais toutes choses nouvelles : « Et celui qui était assis sur le trône dit: Voici, je fais toutes choses nouvelles. Et il dit: Ecris; car ces paroles sont certaines et véritables. »
Mots apparentés
- graphē γραφή : écrit, Écriture
- logos λόγος : parole, compte, raison
- nomos νόμος : loi
- kāṯaḇ כָּתַב : écrire
- dābār דָּבָר : parole ; chose, affaire
Autres mots du thème « Parole, sagesse et révélation »
- tôrâ : instruction, loi
- nābîʾ : prophète
- ḥokmâ : sagesse, habileté
- euangelion : bonne nouvelle, Évangile
- alētheia : vérité
- apokalypsis : révélation, dévoilement
- sophia : sagesse
- ʾāmar : dire
Anecdotes pour prêcher ce mot
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- Le pain quotidien : le plan de lecture biblique de M'Cheyne (Robert Murray M'Cheyne, décembre 1842)
Bibliographie
- Gottlob Schrenk, art. « γράφω, γραφή, γράμμα », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1. voir sur Amazon
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- G. Abbott-Smith, A Manual Greek Lexicon of the New Testament, Édimbourg, T. & T. Clark, 1922. voir sur Amazon
- D. A. Carson, « The Purpose of the Fourth Gospel: John 20:31 Reconsidered », Journal of Biblical Literature 106, 1987. voir sur Amazon
- D. A. Carson, The Gospel according to John, Pillar New Testament Commentary, Grand Rapids, Eerdmans, 1991. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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