nomos νόμος
Strong G3551 · nom masculin · loi · 193 occurrences
La loi, et d'abord la Loi de Moïse, la Torah donnée à Israël. Chez Paul, le mot désigne aussi un principe ou une force qui gouverne la vie : « la loi du péché », « la loi de l'Esprit ».
Racine et étymologie
Nomos vient du verbe νέμω, « distribuer, attribuer, faire paître ». Le mot désigne d'abord ce qui est attribué à chacun, la part reçue, puis l'usage reconnu, la coutume, et enfin la loi au sens politique. Dans la cité grecque classique, le nomos est la loi commune qui fonde la vie civique, que l'on oppose parfois à la nature (physis) dans les débats des sophistes.
La même famille donne nomizō, « tenir pour habituel, penser », nomikos, « légiste, docteur de la loi », titre que les évangiles appliquent aux spécialistes de la Torah (Lc 10.25), et nomothetēs, « législateur » (Jc 4.12). Le composé anomia, « absence de loi, iniquité », dit le contraire : vivre comme s'il n'y avait pas de loi.
Le Nouveau Testament compte 193 emplois de nomos, très inégalement répartis : l'épître aux Romains en concentre 74, et Galates 32. Les évangiles de Marc ne l'emploient pas. Cette répartition dit à elle seule que la question de la loi est au cœur de la pensée de Paul, en particulier là où il explique comment Juifs et non-Juifs sont ensemble justifiés devant Dieu.
Sens et emplois
La Loi de Moïse
Le sens le plus fréquent : l'ensemble des commandements donnés au Sinaï, et par extension les cinq livres de Moïse. Jean oppose le don de la loi par Moïse à la venue de la grâce et de la vérité en Jésus-Christ.
« car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. »Jn 1.17, Segond 1910
L'Écriture entière
Dans l'expression « la loi et les prophètes », ou « la loi de Moïse, les prophètes et les psaumes », nomos désigne la première partie de l'Écriture et, avec les autres, tout l'Ancien Testament.
« Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. »Mt 5.17, Segond 1910
La loi qui révèle le péché
Paul affirme que la loi est bonne, mais qu'elle ne peut pas justifier : elle fait connaître la faute sans donner la force de l'éviter.
« c'est par la loi que vient la connaissance du péché. »Rm 3.20, Segond 1910
Un principe qui gouverne
Paul joue sur le mot : il parle d'une « loi » du péché à l'œuvre dans ses membres, et d'une « loi de l'esprit de vie » qui libère. Nomos désigne alors une puissance ou une règle de fonctionnement.
« En effet, la loi de l'esprit de vie en Jésus-Christ m'a affranchi de la loi du péché et de la mort. »Rm 8.2, Segond 1910
La loi accomplie dans l'amour
Le Nouveau Testament parle encore positivement d'une « loi de Christ », d'une « loi de la liberté » : la volonté de Dieu vécue dans l'amour du prochain.
« Portez les fardeaux les uns des autres, et vous accomplirez ainsi la loi de Christ. »Ga 6.2, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, nomos traduit avant tout l'hébreu tôrāh (H8451), et parfois ḥuqqāh, « ordonnance ». Or tôrāh signifie d'abord « instruction, enseignement » : le mot vient d'une racine qui veut dire « montrer, enseigner », et il s'applique aussi bien à l'enseignement d'une mère (Pr 1.8) qu'à la révélation donnée au Sinaï.
En choisissant nomos, les traducteurs ont donné à la Torah une couleur plus juridique, celle de la loi civique grecque. Ce choix a eu des effets durables : la Vulgate a suivi avec « lex », et nos traductions parlent de « la loi » là où l'hébreu dit « l'instruction ». Pour bien lire Paul, il faut se souvenir que derrière son nomos se tient la tôrāh, c'est-à-dire le don par lequel Dieu a instruit son peuple dans le cadre de l'alliance, et non un simple code pénal.
Le débat
Lorsque Paul affirme que personne n'est justifié « par les œuvres de la loi », que rejette-t-il exactement ?
- Le salut par le mérite (Martin Luther, Commentaire de l'épître aux Galates, 1535) : Paul combat l'idée que l'homme puisse gagner sa justice devant Dieu en accomplissant des commandements. La loi accuse et conduit au Christ ; la foi seule reçoit la justice offerte.
- Un judaïsme de la grâce (E. P. Sanders, Paul and Palestinian Judaism, 1977) : Le judaïsme ancien n'était pas une religion du mérite : l'alliance était donnée par grâce, et l'obéissance servait à y demeurer. Paul ne lui reproche donc pas le légalisme, mais de ne pas être le Christ.
- Les marqueurs d'identité (James D. G. Dunn, « The New Perspective on Paul », 1983) : Les « œuvres de la loi » visent surtout la circoncision, les règles alimentaires et le sabbat, qui séparaient Juifs et non-Juifs. Paul refuse que ces marqueurs conditionnent l'appartenance au peuple de Dieu.
La « nouvelle perspective » a corrigé une caricature du judaïsme et rappelé que Galates traite d'abord de l'accueil des non-Juifs. Mais Romains 3.20 et 7.7 montrent aussi que la loi, si sainte soit-elle, révèle le péché sans pouvoir le vaincre. Les deux lectures éclairent chacune une part du dossier : la loi ne délimite plus le peuple de Dieu, et elle ne justifie personne.
Portée théologique
Le Nouveau Testament tient ensemble deux affirmations qui paraissent contraires. D'un côté, Jésus n'est pas venu abolir la loi, et Paul déclare : « La loi donc est sainte, et le commandement est saint, juste et bon » (Rm 7.12). De l'autre, « nul ne sera justifié devant lui par les œuvres de la loi » (Rm 3.20), et « Christ est la fin de la loi » (Rm 10.4). La clé est dans le rôle de la loi : elle dit la volonté de Dieu, mais elle ne transforme pas le cœur. Elle a été, selon l'image de Galates 3.24, un « pédagogue », l'esclave qui accompagnait l'enfant jusqu'au maître.
Pour la prédication, cela évite deux impasses. Le légalisme fait de la loi un moyen de se rendre acceptable à Dieu ; le mépris de la loi oublie qu'elle exprime ce qui est juste. La réponse du Nouveau Testament est l'amour : « l'amour est donc l'accomplissement de la loi » (Rm 13.10). Le croyant n'est plus sous la loi comme sous un régime de condamnation, mais il accomplit « la loi de Christ » en portant les fardeaux des autres. C'est la promesse de Jérémie 31.33 réalisée : une loi écrite non plus sur la pierre, mais dans le cœur.
Chaîne : De la Torah à la loi de Christ
- Ex 24.12 Les tables et la loi : « L'Éternel dit à Moïse: Monte vers moi sur la montagne, et reste là; je te donnerai des tables de pierre, la loi et les ordonnances que j'ai écrites pour leur instruction. »
- Dt 31.9 Moïse écrit la loi : « Moïse écrivit cette loi, et il la remit aux sacrificateurs, fils de Lévi, qui portaient l'arche de l'alliance de l'Éternel, et à tous les anciens d'Israël. »
- Ps 1.2 La méditer jour et nuit : « Mais qui trouve son plaisir dans la loi de l'Éternel, Et qui la médite jour et nuit! »
- Jr 31.33 La loi écrite dans le cœur : « Mais voici l'alliance que je ferai avec la maison d'Israël, Après ces jours-là, dit l'Éternel: Je mettrai ma loi au dedans d'eux, Je l'écrirai dans leur cœur; Et je serai leur Dieu, Et ils seront mon peuple. »
- Mt 5.17 Non pas abolir, mais accomplir : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. »
- Mt 22.40 Les deux commandements : « De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. »
- Jn 1.17 Moïse et Jésus-Christ : « car la loi a été donnée par Moïse, la grâce et la vérité sont venues par Jésus-Christ. »
- Rm 7.12 La loi est sainte : « La loi donc est sainte, et le commandement est saint, juste et bon. »
- Rm 10.4 Christ, fin de la loi : « car Christ est la fin de la loi, pour la justification de tous ceux qui croient. »
- Ga 3.24 Le pédagogue : « Ainsi la loi a été comme un pédagogue pour nous conduire à Christ, afin que nous fussions justifiés par la foi. »
- Jc 1.25 La loi de la liberté : « Mais celui qui aura plongé les regards dans la loi parfaite, la loi de la liberté, et qui aura persévéré, n'étant pas un auditeur oublieux, mais se mettant à l'œuvre, celui-là sera heureux dans son activité. »
Mots apparentés
- tôrâ תּוֹרָה : instruction, loi
- anomia ἀνομία : iniquité, mépris de la loi
- dikaioō δικαιόω : justifier, déclarer juste, donner raison
- pistis πίστις : foi, confiance, fidélité
- diathēkē διαθήκη : alliance, testament
- graphō γράφω : écrire
- ergon ἔργον : œuvre, travail, action
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ḥesed : bonté fidèle
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- berît : alliance
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Au chevet d'un collègue mourant : la seconde conversion de Henry Lyte (Henry Francis Lyte, 1818)
- Baptisés par les meurtriers de leur père : les enfants de Nate Saint (Nate Saint, 1965)
- L'homme dans la neige : la parabole vécue de Sadhu Sundar Singh (Sadhu Sundar Singh, début du XXe siècle)
- La natte et la robe chinoise : Hudson Taylor se fait Chinois avec les Chinois (Hudson Taylor, août 1855)
- Le cantique retrouvé dans la malle : Philip Bliss et Ashtabula (Philip Bliss, 29 décembre 1876)
- Le cœur étrangement réchauffé : John Wesley à Aldersgate Street (John Wesley, 24 mai 1738)
- Le dernier sermon de Brixham : Henry Lyte et « Reste avec nous » (Henry Francis Lyte, 4 septembre 1847)
- Le miroir de bronze : pourquoi Paul dit que nous voyons « d'une manière obscure » (Le miroir, Ier siècle)
- Le pont de Brooklyn et ses milliers de fils : la force des liens unis (Le pont suspendu, 1869-1883)
- Le voyageur et le onzième commandement : Rutherford et l'évêque Ussher (Samuel Rutherford, vers 1630)
- Un cantique vaudois chanté dans le monde entier : « À toi la gloire » (Edmond Budry, 1884)
- Un député prêt à purger sa peine : Charles Colson en prison (Charles Colson, 1974-1976)
Bibliographie
- Walter Gutbrod, art. « νόμος », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 4. voir sur Amazon
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- E. P. Sanders, Paul and Palestinian Judaism, Londres, SCM Press, 1977. voir sur Amazon
- James D. G. Dunn, « The New Perspective on Paul », Bulletin of the John Rylands Library 65, 1983. voir sur Amazon
- Stephen Westerholm, Perspectives Old and New on Paul, Grand Rapids, Eerdmans, 2004. voir sur Amazon
- Martin Luther, Commentaire de l'épître aux Galates (cours de 1531, publié en 1535). voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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