nāśāʾ נָשָׂא

Strong H5375 · verbe · lever, porter, pardonner · 652 occurrences

Lever, soulever, porter un fardeau, emporter. Appliqué à la faute, le verbe dit à la fois porter le poids de sa culpabilité et, quand c'est Dieu qui agit, enlever le péché, c'est-à-dire pardonner.

Racine et étymologie

La racine n-ś-ʾ est commune aux langues sémitiques avec le sens fondamental de « lever, porter ». En hébreu biblique, le verbe est l'un des plus fréquents (652 emplois) et l'un des plus souples. Il se conjugue surtout au qal (« lever, porter »), mais aussi au niphal (« être élevé, s'élever ») et au piel (« soutenir, exalter »). Le premier n est faible et tombe dans plusieurs formes, comme dans yiśśāʾ, « il lèvera ».

Le verbe forme de nombreuses expressions figées. On « lève les yeux » pour regarder au loin (Gn 13.10), on « lève la voix » pour pleurer ou crier, on « lève la tête » de quelqu'un pour le réhabiliter (Gn 40.13), on « lève la face » de quelqu'un pour lui faire grâce ou, péjorativement, pour faire acception de personne. Ces images corporelles donnent au mot sa force : relever, c'est rendre la dignité.

Plusieurs noms en dérivent : nāśîʾ (H5387), « prince », littéralement celui qui est élevé ; maśśāʾ (H4853), « fardeau », mais aussi « oracle » prophétique, la parole lourde que le prophète « lève » sur une nation ; śeʾēt, « élévation » (Gn 4.7). Le mot couvre ainsi la charge, l'honneur et la parole.

Sens et emplois

  1. Lever les yeux, la tête

    Le geste concret de lever le regard, souvent avant une découverte ou une décision. Le pèlerin des Psaumes lève les yeux vers les montagnes et se demande d'où viendra le secours.

    « Cantique des degrés. Je lève mes yeux vers les montagnes... D'où me viendra le secours? »Ps 121.1, Segond 1910
  2. Porter un fardeau, supporter

    Porter une charge matérielle ou une peine. Caïn déclare que son châtiment est trop lourd à porter : le verbe dit le poids de la faute qui retombe sur le coupable.

    « Caïn dit à l'Éternel: Mon châtiment est trop grand pour être supporté. »Gn 4.13, Segond 1910
  3. Emporter la faute

    Au jour des expiations, le bouc envoyé au désert « porte » les iniquités du peuple loin du camp : porter devient emporter.

    « Le bouc emportera sur lui toutes leurs iniquités dans une terre désolée; il sera chassé dans le désert. »Lv 16.22, Segond 1910
  4. Pardonner

    Quand Dieu est sujet, « lever » la faute signifie la pardonner. C'est l'un des traits du Nom révélé à Moïse.

    « qui conserve son amour jusqu'à mille générations, qui pardonne l'iniquité, la rébellion et le péché, »Ex 34.7, Segond 1910
  5. Porter à la place d'autrui

    Le Serviteur souffrant porte ce qui revenait à d'autres. Le verbe réunit ici fardeau, substitution et pardon.

    « Cependant, ce sont nos souffrances qu'il a portées, C'est de nos douleurs qu'il s'est chargé; »És 53.4, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

La Septante n'a pas de traduction unique pour nāśāʾ, tant ses emplois sont variés. Pour « lever, porter », elle emploie souvent αἴρω, « lever, enlever », ou λαμβάνω, « prendre ». Pour le sens de pardonner, elle recourt notamment à ἀφαιρέω, « ôter », ou à ἀφίημι, « laisser aller, remettre ». En Ésaïe 53, elle utilise φέρω (« porter ») et ἀναφέρω.

Le Nouveau Testament hérite directement de ces images. Jean-Baptiste désigne Jésus comme « l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde » (Jn 1.29), avec le verbe αἴρω : on entend derrière le bouc de Lévitique 16 et le Serviteur d'Ésaïe 53. La première épître de Pierre cite Ésaïe : « lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois » (1 P 2.24). La Vulgate rend le verbe par « levare », « portare » ou « tollere ».

Le débat

L'expression nāśāʾ ʿāwōn, « porter la faute », signifie-t-elle subir la punition ou être pardonné ?

Les deux premières lectures décrivent bien les emplois, mais la troisième explique pourquoi un seul verbe suffit : la faute pèse, et la question est de savoir qui la portera. Lv 16.22 et És 53.12 montrent que le pardon biblique a un prix, assumé par un autre que le coupable.

Portée théologique

Nāśāʾ offre une image très simple et très profonde du pardon : la faute est un poids. Quelqu'un doit le porter. Caïn le découvre trop lourd pour lui ; le bouc du Lévitique l'emporte au désert ; Dieu, dans la révélation de son Nom, se présente comme celui qui « porte » ou « enlève » l'iniquité. Le pardon n'est donc pas une indifférence à la faute, mais un acte où Dieu prend sur lui ce qui écrasait l'homme.

Ésaïe 53 pousse cette logique jusqu'au bout : le Serviteur porte les souffrances et les péchés « de beaucoup ». Les auteurs du Nouveau Testament y ont lu la croix, et Jean-Baptiste a résumé toute cette histoire en désignant Jésus comme l'Agneau qui ôte le péché du monde. Pour la prédication, le verbe relie aussi le pardon et la bénédiction : le même Dieu qui lève la faute « lève sa face » sur son peuple pour lui donner la paix (Nb 6.26). Être pardonné, c'est être regardé de nouveau, et pouvoir à son tour lever les yeux vers lui.

Chaîne : Celui qui porte la faute

  1. Gn 4.13 Le fardeau de Caïn : « Caïn dit à l'Éternel: Mon châtiment est trop grand pour être supporté. »
  2. Ex 34.7 Le Dieu qui pardonne : « qui conserve son amour jusqu'à mille générations, qui pardonne l'iniquité, la rébellion et le péché, mais qui ne tient point le coupable pour innocent, et qui punit l'iniquité des pères sur les enfants et sur les enfants des enfants jusqu'à la troisième et à la quatrième génération! »
  3. Lv 16.22 Le bouc emporte les fautes : « Le bouc emportera sur lui toutes leurs iniquités dans une terre désolée; il sera chassé dans le désert. »
  4. Nb 6.26 La bénédiction sacerdotale : « Que l'Éternel tourne sa face vers toi, et qu'il te donne la paix! »
  5. Ps 24.7 Portes, élevez-vous : « Portes, élevez vos linteaux; Elevez-vous, portes éternelles! Que le roi de gloire fasse son entrée! - »
  6. Ps 32.1 Heureux le pardonné : « De David. Cantique. Heureux celui à qui la transgression est remise, À qui le péché est pardonné! »
  7. Ps 121.1 Lever les yeux : « Cantique des degrés. Je lève mes yeux vers les montagnes... D'où me viendra le secours? »
  8. És 53.4 Nos souffrances qu'il a portées : « Cependant, ce sont nos souffrances qu'il a portées, C'est de nos douleurs qu'il s'est chargé; Et nous l'avons considéré comme puni, Frappé de Dieu, et humilié. »
  9. És 53.12 Il a porté les péchés : « C'est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands; Il partagera le butin avec les puissants, Parce qu'il s'est livré lui-même à la mort, Et qu'il a été mis au nombre des malfaiteurs, Parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes, Et qu'il a intercédé pour les coupables. »
  10. Jn 1.29 L'Agneau qui ôte le péché : « Le lendemain, il vit Jésus venant à lui, et il dit: Voici l'Agneau de Dieu, qui ôte le péché du monde. »
  11. 1 P 2.24 Porté sur le bois : « lui qui a porté lui-même nos péchés en son corps sur le bois, afin que morts aux péchés nous vivions pour la justice; lui par les meurtrissures duquel vous avez été guéris. »

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Bibliographie

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