lambanō λαμβάνω

Strong G2983 · verbe · prendre, recevoir · 257 occurrences

Prendre en main, saisir, mais aussi recevoir ce qui est donné. Le Nouveau Testament en fait un verbe de la foi : recevoir le Christ, recevoir l'Esprit, recevoir la grâce que l'on n'a pas produite.

Racine et étymologie

Λαμβάνω est formé sur une racine λαβ-, visible à l'aoriste ἔλαβον (« je pris, je reçus ») et au participe λαβών. Le présent ajoute un renforcement nasal (λαμ-β-άνω), procédé courant en grec pour les verbes qui expriment une action en cours. Le futur λήμψομαι et le parfait εἴληφα, que l'on rencontre en Apocalypse 5.7, montrent d'autres variations du même radical.

Le verbe a deux faces que le français sépare : l'une active, « prendre, saisir, s'emparer de » ; l'autre plus réceptive, « recevoir, accepter, obtenir ». Le grec ne les distingue pas par deux mots différents : c'est le contexte qui dit si l'on prend ou si l'on reçoit. Celui qui « prend » le pain à la Cène et celui qui « reçoit » la grâce emploient le même verbe.

De nombreux composés en dérivent : παραλαμβάνω, « recevoir une tradition, prendre avec soi » ; ἀναλαμβάνω, « enlever, élever » (dit de l'ascension) ; ἐπιλαμβάνομαι, « saisir, venir en aide » ; συλλαμβάνω, « saisir, arrêter », mais aussi « concevoir un enfant ». Le nom λῆμψις, « action de recevoir », est rare. Le verbe simple, avec 257 emplois, est l'un des plus fréquents du Nouveau Testament.

Sens et emplois

  1. Prendre en main

    Le sens concret : saisir un objet, prendre une nourriture. À la Cène, le verbe apparaît deux fois, pour le geste de Jésus et pour l'invitation faite aux disciples.

    « Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. »Mt 26.26, Segond 1910
  2. Recevoir ce que l'on demande

    Dans l'enseignement sur la prière, le verbe exprime la réponse de Dieu : celui qui demande n'arrache rien, il reçoit.

    « Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. »Mt 7.8, Segond 1910
  3. Accueillir le Christ

    Dans le prologue de Jean, « recevoir » le Verbe est synonyme de croire en son nom. La foi est décrite comme un accueil.

    « Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, »Jn 1.12, Segond 1910
  4. Recevoir l'Esprit

    Le don de l'Esprit est exprimé par ce verbe, de la parole du Ressuscité à la prédication de Pierre à la Pentecôte (Ac 2.38).

    « Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint-Esprit. »Jn 20.22, Segond 1910
  5. Tout est reçu

    Paul en tire un argument contre l'orgueil : ce que l'on a, on l'a reçu ; il n'y a donc pas de quoi se glorifier.

    « Qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu? »1 Co 4.7, Segond 1910
  6. Prendre une condition

    Le verbe peut signifier « assumer » : dans l'hymne de Philippiens, le Christ « prend » la forme de serviteur.

    « mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; »Ph 2.7, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, λαμβάνω traduit surtout l'hébreu lāqaḥ (H3947), « prendre », verbe extrêmement fréquent (965 emplois). Il rend aussi d'autres verbes hébreux, dont nāśāʾ (H5375), « lever, porter », par exemple dans l'expression « prendre » ou « lever » la face de quelqu'un, c'est-à-dire lui faire acception ou lui faire grâce.

Ce fond hébreu éclaire le Nouveau Testament. Lāqaḥ décrit déjà le geste de Dieu qui « prend » Hénoc (Gn 5.24) ou Abraham pour l'appeler, et celui de l'homme qui « prend » une épouse. L'expression grecque λαμβάνειν πρόσωπον, « faire acception de personnes » (Lc 20.21 ; Ga 2.6), est un calque de l'hébreu nāśāʾ pānîm. Le verbe grec porte donc en lui toute une palette de gestes bibliques, du plus matériel au plus relationnel. La Vulgate le rend par « accipere » ou « sumere ».

Le débat

Dans Philippiens 2.7, le Christ qui « prend » la forme de serviteur s'est-il dépouillé de quelque chose de sa divinité, ou s'est-il dépouillé en ajoutant l'humanité ?

La grammaire favorise la deuxième lecture : λαβών décrit la manière dont le dépouillement s'accomplit. La troisième rappelle à juste titre le but de Paul, qui propose ce chemin comme modèle d'humilité. Le verbe « prendre » est donc ici le mot même de l'incarnation.

Portée théologique

Le verbe λαμβάνω dit quelque chose d'essentiel sur la foi selon le Nouveau Testament : elle est d'abord réception. Jean définit les croyants comme « ceux qui l'ont reçu » et affirme que « nous avons tous reçu de sa plénitude ». L'Esprit est reçu, le pardon est reçu, la grâce est reçue. Paul en tire une conséquence pastorale très concrète : puisque tout est reçu, l'orgueil spirituel n'a aucun fondement (1 Co 4.7), et la comparaison entre croyants perd son sens.

Mais recevoir n'est pas rester passif. Jésus lie le don et la mission : « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement » (Mt 10.8), et la puissance reçue de l'Esprit fait des disciples des témoins jusqu'aux extrémités de la terre (Ac 1.8). À la Cène, le même verbe désigne le geste du Christ qui prend le pain et celui des disciples invités à le prendre. Pour la prédication, ce verbe ordinaire ouvre une spiritualité entière : la vie chrétienne commence par des mains ouvertes, et se poursuit par des mains qui donnent.

Chaîne : Recevoir ce que Dieu donne

  1. Gn 2.15 L'homme pris et placé au jardin : « L'Éternel Dieu prit l'homme, et le plaça dans le jardin d'Eden pour le cultiver et pour le garder. »
  2. Ps 24.5 Il obtiendra la bénédiction : « Il obtiendra la bénédiction de l'Éternel, La miséricorde du Dieu de son salut. »
  3. Mt 7.8 Quiconque demande reçoit : « Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. »
  4. Mt 10.8 Reçu gratuitement : « Guérissez les malades, ressuscitez les morts, purifiez les lépreux, chassez les démons. Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »
  5. Mt 26.26 Prenez, mangez : « Pendant qu'ils mangeaient, Jésus prit du pain; et, après avoir rendu grâces, il le rompit, et le donna aux disciples, en disant: Prenez, mangez, ceci est mon corps. »
  6. Jn 1.12 Ceux qui l'ont reçu : « Mais à tous ceux qui l'ont reçue, à ceux qui croient en son nom, elle a donné le pouvoir de devenir enfants de Dieu, »
  7. Jn 1.16 Grâce pour grâce : « Et nous avons tous reçu de sa plénitude, et grâce pour grâce; »
  8. Jn 20.22 Recevez le Saint-Esprit : « Après ces paroles, il souffla sur eux, et leur dit: Recevez le Saint-Esprit. »
  9. Ac 2.38 Le don de l'Esprit : « Pierre leur dit: Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ, pour le pardon de vos péchés; et vous recevrez le don du Saint-Esprit. »
  10. 1 Co 4.7 Qu'as-tu que tu n'aies reçu ? : « Car qui est-ce qui te distingue? Qu'as-tu que tu n'aies reçu? Et si tu l'as reçu, pourquoi te glorifies-tu, comme si tu ne l'avais pas reçu? »
  11. Ph 2.7 Il prit la forme de serviteur : « mais s'est dépouillé lui-même, en prenant une forme de serviteur, en devenant semblable aux hommes; »
  12. Ap 5.7 L'Agneau prend le livre : « Il vint, et il prit le livre de la main droite de celui qui était assis sur le trône. »

Mots apparentés

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Bibliographie

Pour aller plus loin

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