paradidōmi παραδίδωμι
Strong G3860 · verbe · livrer, transmettre · 119 occurrences
Remettre quelque chose ou quelqu'un entre les mains d'un autre. Le verbe sert à la fois pour l'arrestation et la passion de Jésus, « livré » aux hommes, et pour la transmission fidèle de l'enseignement apostolique : ce qui est livré, c'est le Christ, et ce qui est transmis, c'est l'Évangile.
Racine et étymologie
Le verbe est un composé de δίδωμι, « donner » (G1325), et de la préposition παρά, « à côté de, auprès de ». L'idée est celle d'un don qui passe d'une main à une autre : remettre, confier, livrer. Le grec classique l'emploie déjà dans des contextes très variés : remettre une ville à l'ennemi, livrer un prisonnier au juge, confier un enfant à un maître, transmettre un savoir ou une coutume.
Cette amplitude explique le double visage du mot dans le Nouveau Testament. D'un côté, il appartient au vocabulaire judiciaire et militaire : livrer quelqu'un à une autorité, souvent pour son malheur. De l'autre, il appartient au vocabulaire de l'enseignement : transmettre ce que l'on a reçu. Le nom dérivé παράδοσις (G3862), « tradition », désigne précisément ce qui est transmis, qu'il s'agisse des traditions des anciens critiquées par Jésus (Mc 7.13) ou des instructions apostoliques (1 Co 11.2).
Le français n'a pas un seul mot pour couvrir ces emplois. Segond alterne « livrer », « remettre », « transmettre », « enseigner », « donner », « s'en remettre », et même « rendre » l'esprit en Jean 19.30. Le lecteur gagne à savoir que derrière ces mots différents se cache un seul verbe grec.
Sens et emplois
Confier, remettre un bien
Le sens le plus neutre : remettre à quelqu'un la garde ou la gestion d'une chose, comme le maître qui confie ses biens à ses serviteurs.
« appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. »Mt 25.14, Segond 1910
Livrer à une autorité
Le sens judiciaire : remettre quelqu'un à ceux qui vont le juger ou le punir. C'est le verbe de toute la passion, de l'arrestation à la crucifixion.
« Après l'avoir lié, ils l'emmenèrent, et le livrèrent à Ponce Pilate, le gouverneur. »Mt 27.2, Segond 1910
Livré par Dieu pour nous
Chez Paul, le sujet du verbe est Dieu, ou le Christ lui-même : la passion devient un don volontaire et salvateur.
« qui n'a point épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous »Rm 8.32, Segond 1910
Abandonner au jugement
Livrer quelqu'un à ses propres choix : Dieu laisse l'humanité idolâtre aller au bout de ses convoitises, ce qui constitue déjà un jugement.
« C'est pourquoi Dieu les a livrés à l'impureté »Rm 1.24, Segond 1910
Transmettre un enseignement
Le vocabulaire de la tradition : l'apôtre transmet ce qu'il a lui-même reçu, sans l'inventer. L'Évangile se reçoit et se passe de main en main.
« Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés »1 Co 15.3, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, παραδίδωμι traduit surtout l'hébreu nātan (H5414), « donner », dans l'expression « livrer entre les mains de ». C'est la formule de la guerre sainte : Dieu « livre » l'ennemi à Israël (Jos 6.2), ou bien, quand Israël est infidèle, il livre son peuple aux nations (Jg 2.14). Le verbe grec hérite ainsi d'un arrière-plan théologique fort : derrière ceux qui livrent, c'est Dieu qui agit.
Le texte décisif est Ésaïe 53. Dans la version grecque, le Serviteur souffrant est « livré » à cause de nos péchés (És 53.6 et 53.12 LXX). Les formules du Nouveau Testament, comme « livré pour nos offenses » (Rm 4.25), reprennent manifestement ce langage. Quand les évangiles répètent que le Fils de l'homme « doit être livré », ils ne décrivent pas seulement la trahison de Judas : ils lisent la passion comme l'accomplissement de l'Écriture et du dessein de Dieu.
Le débat
Judas a-t-il « trahi » Jésus, ou l'a-t-il « livré » ?
- La trahison d'un disciple (Lecture traditionnelle) : Les évangiles présentent Judas comme celui qui vend son maître pour de l'argent (Mt 26.15) ; le verbe, appliqué à lui, prend le sens fort de trahison, d'où la traduction courante « celui qui le trahit ».
- Un verbe neutre, « remettre » (William Klassen, 1996) : Dans Judas: Betrayer or Friend of Jesus?, Klassen souligne que παραδίδωμι ne signifie jamais en lui-même « trahir » en grec classique : il veut dire « remettre ». Traduire « trahir » charge le texte d'un jugement qu'il ne contient pas toujours.
- Une formule théologique plus ancienne (Wiard Popkes, 1967) : Dans Christus Traditus, Popkes montre que la formule « livré » vient d'une tradition de foi enracinée dans Ésaïe 53 : Dieu est l'acteur principal, et les acteurs humains (Judas, les prêtres, Pilate) s'inscrivent dans ce mouvement.
Le sens lexical est bien « remettre », comme le rappelle Klassen ; « trahir » vient du latin tradere et d'une interprétation du rôle de Judas. Mais les évangiles jugent clairement son acte (Mt 26.24). La lecture de Popkes éclaire l'essentiel : un même verbe relie l'acte de Judas, celui des autorités et le don du Père, pour dire que la passion n'échappe pas au dessein de Dieu.
Portée théologique
Paradidōmi met au centre de la passion une question : qui livre Jésus ? Les évangiles répondent à plusieurs niveaux. Judas le livre aux prêtres, les prêtres à Pilate, Pilate aux soldats. Mais Paul ajoute deux sujets inattendus : le Père, qui « l'a livré pour nous tous », et le Fils lui-même, qui « s'est livré pour moi ». La même action, coupable chez les hommes, devient chez Dieu un don d'amour. La croix n'est pas un accident que Dieu subirait ; elle est le lieu où il se donne.
Le verbe relie aussi la croix à la vie de l'Église. Ce que Jésus a donné, les apôtres le « transmettent » : Paul livre aux Corinthiens le récit du repas du Seigneur et le cœur de l'Évangile tels qu'il les a reçus. Pour la prédication, ce jeu de mots est fécond : le Christ livré pour nous devient le Christ transmis à nous. La tradition chrétienne, au sens biblique, n'est pas une accumulation d'usages humains, que Jésus critique, mais la remise fidèle, de main en main, de ce don reçu.
Chaîne : Livré pour nous, transmis à nous
- Jos 6.2 Dieu livre l'ennemi : « L'Éternel dit à Josué: Vois, je livre entre tes mains Jéricho et son roi, ses vaillants soldats. »
- És 53.12 Le Serviteur livré à la mort : « C'est pourquoi je lui donnerai sa part avec les grands; Il partagera le butin avec les puissants, Parce qu'il s'est livré lui-même à la mort, Et qu'il a été mis au nombre des malfaiteurs, Parce qu'il a porté les péchés de beaucoup d'hommes, Et qu'il a intercédé pour les coupables. »
- Mt 26.15 Le marché de Judas : « et dit: Que voulez-vous me donner, et je vous le livrerai? Et ils lui payèrent trente pièces d'argent. »
- Mt 27.26 Livré pour être crucifié : « Alors Pilate leur relâcha Barabbas; et, après avoir fait battre de verges Jésus, il le livra pour être crucifié. »
- Mc 9.31 L'annonce de la passion : « Car il enseignait ses disciples, et il leur dit: Le Fils de l'homme sera livré entre les mains des hommes; ils le feront mourir, et, trois jours après qu'il aura été mis à mort, il ressuscitera. »
- Lc 1.2 La tradition des témoins : « suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, »
- Jn 19.30 Il rendit l'esprit : « Quand Jésus eut pris le vinaigre, il dit: Tout est accompli. Et, baissant la tête, il rendit l'esprit. »
- Rm 4.25 Livré pour nos offenses : « lequel a été livré pour nos offenses, et est ressuscité pour notre justification. »
- Rm 8.32 Le Père n'a pas épargné son Fils : « Lui, qui n'a point épargné son propre Fils, mais qui l'a livré pour nous tous, comment ne nous donnera-t-il pas aussi toutes choses avec lui? »
- 1 Co 15.3 Le cœur de l'Évangile transmis : « Je vous ai enseigné avant tout, comme je l'avais aussi reçu, que Christ est mort pour nos péchés, selon les Écritures; »
- Ga 2.20 Il s'est livré pour moi : « J'ai été crucifié avec Christ; et si je vis, ce n'est plus moi qui vis, c'est Christ qui vit en moi; si je vis maintenant dans la chair, je vis dans la foi au Fils de Dieu, qui m'a aimé et qui s'est livré lui-même pour moi. »
- Jd 1.3 La foi transmise une fois pour toutes : « Bien-aimés, comme je désirais vivement vous écrire au sujet de notre salut commun, je me suis senti obligé de le faire afin de vous exhorter à combattre pour la foi qui a été transmise aux saints une fois pour toutes. »
Mots apparentés
- didōmi δίδωμι : donner
- nātan נָתַן : donner
- lambanō λαμβάνω : prendre, recevoir
- apolytrōsis ἀπολύτρωσις : rédemption, libération
Autres mots du thème « Salut et rédemption »
- yᵉšûʿâ : salut, délivrance
- gāʾal : racheter, agir en proche parent
- pādâ : racheter, libérer contre un prix
- kipper : faire l'expiation, purifier, apaiser
- sōtēria : salut, délivrance, préservation
- hilastērion : propitiatoire, moyen d'expiation
- dikaioō : justifier, déclarer juste, donner raison
- katallagē : réconciliation
Anecdotes pour prêcher ce mot
- L'affaire Calas : un protestant innocent supplicié à Toulouse en 1762 (Jean Calas, 1761-1765)
- La nuit intérieure d'un pasteur : la conversion d'Adolphe Monod à Naples (Adolphe Monod, 1827)
- La pente descendante : Spurgeon seul contre tous dans la controverse du « Downgrade » (Charles Spurgeon, 1887-1888)
- Le billet sous l'oreiller : la mort de Watchman Nee en captivité (Watchman Nee, 1972)
- Polycarpe et Anicet : en désaccord, mais à la même table (Polycarpe de Smyrne, vers 154)
- Rembrandt s'est peint parmi ceux qui dressent la croix (Rembrandt van Rijn, vers 1633)
- Renvoyé par sa propre Église : Jonathan Edwards quitte Northampton (Jonathan Edwards, 1750)
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- Un baptême au bord de la mer après sept ans : Robert Morrison et Cai Gao (Robert Morrison, 16 juillet 1814)
- Un vieillard devant le juge Jeffreys : le procès de Richard Baxter (Richard Baxter, mai 1685)
- Un Voyage du pèlerin pour une fiancée : Charles et Susannah Spurgeon (Charles Spurgeon, 1854)
- Une nuit sur Addison's Walk : Tolkien parle du Christ à C. S. Lewis (C. S. Lewis, 19 septembre 1931)
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature, 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Ceslas Spicq, Lexique théologique du Nouveau Testament, Paris, Cerf, 1991. voir sur Amazon
- Wiard Popkes, Christus Traditus: Eine Untersuchung zum Begriff der Dahingabe im Neuen Testament, Zürich, Zwingli Verlag, 1967. voir sur Amazon
- William Klassen, Judas: Betrayer or Friend of Jesus?, Minneapolis, Fortress Press, 1996. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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