anthrōpos ἄνθρωπος
Strong G444 · nom masculin · être humain, homme · 549 occurrences
Le mot grec qui désigne l'être humain en tant que tel, homme ou femme, par contraste avec Dieu et avec les animaux. Le Nouveau Testament en fait un mot clé : Jésus se nomme « le Fils de l'homme », et Paul oppose le « vieil homme » à « l'homme nouveau » créé en Christ.
Racine et étymologie
L'origine d'ἄνθρωπος reste discutée. Les Anciens proposaient des étymologies savantes, par exemple « celui qui regarde vers le haut », que Platon évoque dans le Cratyle ; les linguistes modernes n'y voient qu'un jeu de mots. Les dictionnaires étymologiques du grec considèrent le terme comme ancien, peut-être formé à partir d'un élément signifiant « visage, aspect » (ὤψ), sans que la première partie du mot soit expliquée de façon sûre. Comme pour beaucoup de mots fondamentaux, c'est l'usage qui en fixe le sens.
Le point essentiel est la distinction avec ἀνήρ (G435), « homme » au sens de mâle, de mari ou de citoyen adulte. Ἄνθρωπος est le terme générique, l'équivalent du latin homo et non de vir : il englobe homme et femme, ce que Jésus souligne lorsqu'il dit d'une femme qui accouche qu'elle se réjouit « de ce qu'un homme est né dans le monde » (Jn 16.21). Le pluriel οἱ ἄνθρωποι signifie simplement « les gens ».
Du mot dérivent ἀνθρώπινος, « humain » (« aucune tentation ne vous est survenue qui n'ait été humaine », 1 Co 10.13), et le composé φιλανθρωπία, « amour des hommes », employé pour la bonté de Dieu en Tite 3.4. Le français l'a conservé dans « anthropologie », « philanthropie » ou « misanthrope ». Le Nouveau Testament l'emploie 549 fois selon l'outil de comptage du site, surtout dans les Évangiles (Matthieu 115, Luc 95).
Sens et emplois
L'être humain dans sa condition
Le sens générique : la créature humaine, fragile et dépendante. Jésus cite Deutéronome 8.3 pour rappeler que la vie humaine ne se réduit pas à sa dimension matérielle.
« L'homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »Mt 4.4, Segond 1910
L'homme, destinataire du don de Dieu
L'être humain comme celui pour qui Dieu a institué la loi et le repos. Jésus renverse une lecture qui faisait de l'homme le serviteur du rite.
« Le sabbat a été fait pour l'homme, et non l'homme pour le sabbat, »Mc 2.27, Segond 1910
« Le Fils de l'homme »
L'expression ὁ υἱὸς τοῦ ἀνθρώπου, calquée sur l'araméen, est la manière dont Jésus se désigne le plus souvent dans les Évangiles. Elle associe l'humilité de sa condition terrestre, sa souffrance et sa venue en gloire annoncée par Daniel 7.13.
« mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. »Mt 8.20, Segond 1910
Le vieil homme
Chez Paul, l'humanité telle qu'elle existe sous la domination du péché, solidaire d'Adam. Ce « vieil homme » n'est pas une partie de la personne mais toute l'existence ancienne, crucifiée avec le Christ.
« sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, »Rm 6.6, Segond 1910
L'homme nouveau
L'humanité recréée en Christ, que le croyant est appelé à « revêtir » comme un vêtement. En Éphésiens 2.15, l'expression désigne aussi le peuple unique formé de Juifs et de païens réconciliés.
« et à revêtir l'homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité. »Ep 4.24, Segond 1910
Jésus-Christ homme, médiateur
L'humanité véritable du Christ est la condition de sa médiation : c'est en tant qu'homme qu'il se tient entre Dieu et les hommes.
« Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, »1 Tm 2.5, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, ἄνθρωπος traduit principalement deux mots hébreux : ʾādām (H120), l'humanité issue de la terre, et ʾîš (H376), l'homme individuel, parfois aussi ʾĕnôš (H582), l'homme mortel. Les traducteurs ont ainsi regroupé sous un seul terme grec des nuances que l'hébreu distinguait. En Genèse 1.27, « Dieu créa l'homme à son image », c'est ʾādām que le grec rend par ἄνθρωπος : le mot porte dès lors toute la théologie de la création à l'image de Dieu.
L'expression « fils de l'homme » vient également de l'hébreu et de l'araméen : ben-ʾādām, nom par lequel Dieu interpelle constamment Ézéchiel, et bar ʾĕnāš en Daniel 7.13, où paraît « quelqu'un de semblable à un fils de l'homme » venant sur les nuées. En grec ordinaire, la tournure « le fils de l'homme » est étrange ; elle trahit son origine sémitique. Le Nouveau Testament la reçoit donc chargée à la fois du sens modeste (« un être humain », Ps 8.6) et du sens glorieux de la vision de Daniel. Paul, de son côté, développe le parallèle entre Adam et le Christ, « le premier homme » et « le second homme » (1 Co 15.47), qui repose directement sur le ʾādām de la Genèse.
Le débat
Que voulait dire Jésus en se nommant « le Fils de l'homme » : un titre messianique tiré de Daniel, ou une simple manière de dire « un homme », « moi » ?
- Une tournure araméenne pour « moi » (Geza Vermes, Jesus the Jew, 1973) : En araméen galiléen, bar nāš(ā) pouvait servir de périphrase pour parler de soi avec modestie. Jésus aurait employé l'expression sans valeur de titre ; c'est l'Église qui l'aurait ensuite relue à la lumière de Daniel 7.
- Une figure céleste distincte de Jésus (Rudolf Bultmann, Theologie des Neuen Testaments, 1948-1953) : Dans certaines paroles (Lc 12.8), Jésus semble parler du Fils de l'homme comme d'un autre, juge à venir. Bultmann y voit l'attente d'une figure apocalyptique que les premiers chrétiens ont ensuite identifiée à Jésus.
- Un titre choisi par Jésus lui-même (Oscar Cullmann, Christologie du Nouveau Testament, 1958) : Jésus a retenu ce titre parce qu'il unissait l'abaissement et la gloire et évitait les connotations politiques de « Messie ». Il l'a rattaché à la vision de Daniel et à la souffrance du Serviteur.
Les textes associent trois groupes de paroles : le Fils de l'homme sur la terre (Mt 8.20), souffrant (Mc 8.31) et venant dans la gloire (Mc 14.62). L'arrière-plan araméen signalé par Vermes explique l'ambiguïté voulue du mot, mais la cohérence de ces trois groupes, et la citation explicite de Daniel devant le sanhédrin, plaident pour un titre que Jésus a délibérément rempli de sens.
Portée théologique
Le Nouveau Testament ne pense pas l'homme isolément : il le situe toujours devant Dieu. Ἄνθρωπος dit d'abord la créature, dépendante de la parole qui sort de la bouche de Dieu (Mt 4.4), et pour laquelle Dieu a donné la loi et le sabbat (Mc 2.27). Mais il dit aussi l'humanité solidaire dans la chute : « par un seul homme le péché est entré dans le monde » (Rm 5.12). Paul pense l'histoire humaine en deux figures, Adam et le Christ, et chacun appartient à l'une ou à l'autre.
Le paradoxe central est que Dieu sauve l'homme en devenant homme. Pilate, sans le savoir, prononce une confession en présentant Jésus couronné d'épines : « Voici l'homme » (Jn 19.5). Le Fils de l'homme, humilié puis glorifié, réalise ce que le Psaume 8 disait de l'humanité couronnée de gloire. L'Épître aux Hébreux (2.6-9) lit précisément ce psaume ainsi.
Pour la vie chrétienne, l'opposition du vieil homme et de l'homme nouveau donne un langage simple et exigeant. Le baptême marque une mort et une naissance (Rm 6.6) ; la vie qui suit consiste à « revêtir » chaque jour ce qui a été reçu (Ep 4.24 ; Col 3.10). Et parce que l'homme nouveau est aussi un peuple où Juifs et païens sont réunis (Ep 2.15), la conversion personnelle est inséparable de la réconciliation entre les hommes.
Chaîne : De l'homme créé à l'homme nouveau
- Gn 1.27 L'homme à l'image de Dieu : « Dieu créa l'homme à son image, il le créa à l'image de Dieu, il créa l'homme et la femme. »
- Ps 8.6 Couronné de gloire : « Tu l'as fait de peu inférieur à Dieu, Et tu l'as couronné de gloire et de magnificence. »
- Dn 7.13 Un fils de l'homme sur les nuées : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. »
- Mt 8.20 Le Fils de l'homme sans abri : « Jésus lui répondit: Les renards ont des tanières, et les oiseaux du ciel ont des nids; mais le Fils de l'homme n'a pas où reposer sa tête. »
- Mc 8.31 Le Fils de l'homme doit souffrir : « Alors il commença à leur apprendre qu'il fallait que le Fils de l'homme souffrît beaucoup, qu'il fût rejeté par les anciens, par les principaux sacrificateurs et par les scribes, qu'il fût mis à mort, et qu'il ressuscitât trois jours après. »
- Jn 19.5 « Voici l'homme » : « Jésus sortit donc, portant la couronne d'épines et le manteau de pourpre. Et Pilate leur dit: Voici l'homme. »
- Rm 5.12 Par un seul homme : « C'est pourquoi, comme par un seul homme le péché est entré dans le monde, et par le péché la mort, et qu'ainsi la mort s'est étendue sur tous les hommes, parce que tous ont péché,... »
- Rm 6.6 Le vieil homme crucifié : « sachant que notre vieil homme a été crucifié avec lui, afin que le corps du péché fût détruit, pour que nous ne soyons plus esclaves du péché; »
- 1 Co 15.47 Le second homme est du ciel : « Le premier homme, tiré de la terre, est terrestre; le second homme est du ciel. »
- Ep 4.24 Revêtir l'homme nouveau : « et à revêtir l'homme nouveau, créé selon Dieu dans une justice et une sainteté que produit la vérité. »
- Col 3.10 Renouvelé selon l'image : « et ayant revêtu l'homme nouveau, qui se renouvelle, dans la connaissance, selon l'image de celui qui l'a créé. »
- 1 Tm 2.5 Le médiateur, Jésus-Christ homme : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme, »
Mots apparentés
- ʾādām אָדָם : homme, humanité ; Adam
- ʾîš אִישׁ : homme, mari, chacun
- huios υἱός : fils
- sarx σάρξ : chair
- psychè ψυχή : vie, âme, personne
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ṣelem : image, statue, effigie
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
- kardia : cœur
- sôma : corps
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker, A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000, art. « ἄνθρωπος ». voir sur Amazon
- Joachim Jeremias, art. « ἄνθρωπος », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1, Grand Rapids, Eerdmans, 1964. voir sur Amazon
- Geza Vermes, Jesus the Jew: A Historian's Reading of the Gospels, Londres, Collins, 1973. voir sur Amazon
- Oscar Cullmann, Christologie du Nouveau Testament, Neuchâtel, Delachaux et Niestlé, 1958. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, 1962, art. « Homme » et « Fils de l'homme ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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