anēr ἀνήρ
Strong G435 · nom masculin · homme (mâle), mari · 216 occurrences
L'homme en tant qu'individu masculin, distinct de la femme et de l'enfant : un homme adulte, un mari, parfois simplement « quelqu'un ». Là où ἄνθρωπος dit l'être humain, ἀνήρ dit l'homme concret, situé, souvent l'époux.
Racine et étymologie
Le mot ἀνήρ a une déclinaison particulière : son génitif est ἀνδρός, son datif ἀνδρί, son accusatif ἄνδρα, et c'est sur ce radical ἀνδρ- que se forment tous ses dérivés. Il appartient au vieux fonds indo-européen : on le rapproche du sanskrit nar-, « homme, héros ». Dès Homère, il désigne l'homme adulte, le guerrier, le chef de famille, par opposition à la femme, à l'enfant ou au dieu.
De ce radical viennent plusieurs mots familiers. L'adjectif ἀνδρεῖος, « courageux, viril », et le nom ἀνδρεία, « courage », expriment la vertu attendue de l'homme dans la culture grecque. Le nom propre Andreas, André, l'un des premiers disciples de Jésus, signifie à peu près « viril ». Le français a hérité de ce radical dans des mots savants comme « androgyne » ou « polyandrie ».
Il faut distinguer ἀνήρ de ἄνθρωπος, qui a sa propre fiche. Ἄνθρωπος désigne l'être humain en général, homme ou femme, et souvent l'humanité devant Dieu. Ἀνήρ précise le sexe, l'âge adulte ou la relation conjugale. La distinction n'est pas absolue : il arrive qu'ἀνήρ signifie seulement « quelqu'un », surtout dans des formules comme « heureux l'homme qui… ».
Sens et emplois
Le mari, l'époux
Très souvent, ἀνήρ désigne l'homme marié par rapport à sa femme. Le grec n'a pas d'autre mot courant pour « mari ». Joseph est ainsi présenté comme l'époux de Marie.
« Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. »Mt 1.19, Segond 1910
L'homme adulte, par opposition à l'enfant
Le mot exprime la maturité. Paul oppose ses raisonnements d'enfant à ce qu'il est devenu, et l'Épître aux Éphésiens fait de cette maturité le but de toute l'Église.
« lorsque je suis devenu homme, j'ai fait disparaître ce qui était de l'enfant. »1 Co 13.11, Segond 1910
Les hommes, comptés à part des femmes
Dans les récits, ἀνήρ sert à compter les hommes adultes, selon l'usage du temps. Matthieu prend soin de préciser que les femmes et les enfants s'y ajoutent.
« Ceux qui avaient mangé étaient environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants. »Mt 14.21, Segond 1910
Formule d'adresse solennelle
Dans les discours des Actes, « hommes Israélites », « hommes frères », « hommes Galiléens » sont des formules de politesse oratoire. Le mot n'exclut pas forcément les femmes présentes : c'est l'adresse publique habituelle.
« Hommes Israélites, écoutez ces paroles! »Ac 2.22, Segond 1910
Un homme, quelqu'un
Parfois, le mot désigne simplement une personne, avec une nuance de caractère : un homme irrésolu, un homme pécheur, un homme heureux.
« Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. »Lc 5.8, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Le lexique de STEPBible note que dans la Septante ἀνήρ traduit surtout l'hébreu ʾîš (H376), souvent ʾĕnôš, et parfois ʾādām. La correspondance avec ʾîš est remarquable : comme ʾîš, ἀνήρ désigne l'homme par opposition à la femme (ʾiššāh), le mari, et aussi « chacun » dans des formules distributives. Le couple hébreu ʾîš / ʾiššāh de Genèse 2.23 est rendu en grec par ἀνήρ et γυνή, ce qui conserve la relation sinon le jeu de mots.
Plusieurs passages du Nouveau Testament reposent sur cette correspondance. « Heureux l'homme à qui le Seigneur n'impute pas son péché! » (Rm 4.8) cite le Psaume 32.2 dans la Septante, où ἀνήρ rend l'hébreu ʾādām. Et la désignation de Jésus comme « un homme » dans les discours des Actes (Ac 2.22 ; 17.31) rappelle la manière hébraïque de parler d'un messager concret de Dieu. La Vulgate distingue fidèlement « vir » (ἀνήρ) et « homo » (ἄνθρωπος), distinction que le français « homme » ne peut garder.
Le débat
En 1 Corinthiens 11.3, ἀνήρ désigne-t-il l'homme en général ou le mari ?
- L'homme et la femme en général (Lecture traditionnelle (Segond, Darby)) : Paul parlerait de l'ordre de la création entre hommes et femmes, comme il le fait ensuite en évoquant Adam et Ève (1 Co 11.8-9). Argument : la phrase commence par « tout homme », formule large, et le passage concerne le culte de toute l'assemblée.
- Le mari et sa femme (Plusieurs traductions et commentaires récents) : Puisque ἀνήρ et γυνή signifient aussi « mari » et « femme mariée », Paul viserait la relation conjugale. Argument : en Éphésiens 5.23, le même vocabulaire de chef s'applique clairement au couple ; et la question du voile concerne le statut de la femme mariée dans la société antique.
- Un sens volontairement double (Lecture contextuelle) : Pour d'autres, Paul passe de l'un à l'autre : il part de la création (homme et femme) pour éclairer une situation qui touche d'abord les épouses de Corinthe.
Le grec ne permet pas de trancher par le seul vocabulaire, car ἀνήρ couvre les deux sens. Le contexte de création (v. 8-12) plaide pour une portée générale, mais l'enjeu concret, la tenue des femmes dans le culte, regarde surtout les femmes mariées. Il est honnête de signaler l'ambiguïté plutôt que de la cacher dans la traduction.
Portée théologique
Le Nouveau Testament n'idéalise pas l'homme masculin à la manière de la culture grecque, qui faisait de l'ἀνδρεία, le courage viril, la vertu par excellence. Le premier ἀνήρ de l'Évangile, Joseph, est « un homme de bien » parce qu'il renonce à humilier Marie (Mt 1.19). Le premier cri d'un disciple devant Jésus est un aveu : « je suis un homme pécheur » (Lc 5.8). Et Jacques le rappelle sobrement : « la colère de l'homme n'accomplit pas la justice de Dieu » (Jc 1.20). La force selon Dieu se reconnaît à la justice et à l'humilité.
Le mot dit aussi l'humanité concrète de Jésus. Les Actes ne parlent pas d'une idée ou d'un esprit, mais d'« un homme » : « Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage » (Ac 2.22), et c'est par « l'homme qu'il a désigné » que Dieu jugera le monde (Ac 17.31). Le salut passe par un homme réel, situé dans une histoire.
Enfin, ἀνήρ, en tant que « mari », porte l'enseignement du Nouveau Testament sur le couple. L'ordre adressé aux maris est d'abord un ordre d'amour qui va jusqu'au don de soi : « Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle » (Ep 5.25). Paul applique même l'image à l'Église entière, fiancée « à un seul époux » (2 Co 11.2). Pour la prédication, le mot invite à présenter la masculinité chrétienne comme un service et non comme une domination, et la maturité, « l'état d'homme fait » (Ep 4.13), comme la ressemblance au Christ.
Chaîne : L'homme et l'époux selon Dieu
- Gn 2.23 L'homme et la femme : « Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. »
- Ps 1.1 Heureux l'homme : « Heureux l'homme qui ne marche pas selon le conseil des méchants, Qui ne s'arrête pas sur la voie des pécheurs, Et qui ne s'assied pas en compagnie des moqueurs, »
- Mt 1.19 Joseph, un homme de bien : « Joseph, son époux, qui était un homme de bien et qui ne voulait pas la diffamer, se proposa de rompre secrètement avec elle. »
- Lc 5.8 Un homme pécheur : « Quand il vit cela, Simon Pierre tomba aux genoux de Jésus, et dit: Seigneur, retire-toi de moi, parce que je suis un homme pécheur. »
- Lc 24.19 Un prophète puissant : « Quoi? leur dit-il. Et ils lui répondirent: Ce qui est arrivé au sujet de Jésus de Nazareth, qui était un prophète puissant en œuvres et en paroles devant Dieu et devant tout le peuple, »
- Jn 4.16 Appelle ton mari : « Va, lui dit Jésus, appelle ton mari, et viens ici. »
- Ac 2.22 Cet homme approuvé de Dieu : « Hommes Israélites, écoutez ces paroles! Jésus de Nazareth, cet homme à qui Dieu a rendu témoignage devant vous par les miracles, les prodiges et les signes qu'il a opérés par lui au milieu de vous, comme vous le savez vous-mêmes; »
- Ac 17.31 L'homme désigné pour juger : « parce qu'il a fixé un jour où il jugera le monde selon la justice, par l'homme qu'il a désigné, ce dont il a donné à tous une preuve certaine en le ressuscitant des morts... »
- Rm 4.8 Le péché non imputé : « Heureux l'homme à qui le Seigneur n'impute pas son péché! »
- 2 Co 11.2 Fiancés à un seul époux : « Car je suis jaloux de vous d'une jalousie de Dieu, parce que je vous ai fiancés à un seul époux, pour vous présenter à Christ comme une vierge pure. »
- Ep 4.13 L'état d'homme fait : « jusqu'à ce que nous soyons tous parvenus à l'unité de la foi et de la connaissance du Fils de Dieu, à l'état d'homme fait, à la mesure de la stature parfaite de Christ, »
- Ep 5.25 Maris, aimez vos femmes : « Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle, »
Mots apparentés
- anthrōpos ἄνθρωπος : être humain, homme
- ʾîš אִישׁ : homme, mari, chacun
- ʾĕnôš אֱנוֹשׁ : homme mortel, humanité
- ʾiššāh אִשָּׁה : femme, épouse
- ʾādām אָדָם : homme, humanité ; Adam
- gynē γυνή : femme, épouse
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- bāśār : chair, corps, être humain
- ṣelem : image, statue, effigie
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
- kardia : cœur
Anecdotes pour prêcher ce mot
- Le miroir de bronze : pourquoi Paul dit que nous voyons « d'une manière obscure » (Le miroir, Ier siècle)
- Le roi qui voulait des missionnaires : Eugène Casalis chez Moshoeshoe (Eugène Casalis, 1833)
- Les phares d'Eddystone : bâtir sur le rocher en pleine mer (Le phare d'Eddystone, 1698-1882)
- On arrêta les métiers à tisser : Finney à la filature de New York Mills (Charles Finney, 1826)
- Rembrandt s'est peint parmi ceux qui dressent la croix (Rembrandt van Rijn, vers 1633)
- Trente-huit ans dans la tour de Constance : la fidélité de Marie Durand (Marie Durand, 1730-1768)
- Un Voyage du pèlerin pour une fiancée : Charles et Susannah Spurgeon (Charles Spurgeon, 1854)
- « La voix des Irlandais » : l'appel missionnaire de Patrick (Patrick d'Irlande, Ve siècle)
- « Reçus comme le Christ » : l'hospitalité dans la Règle de Benoît (Benoît de Nursie, vers 540)
- « Tiens bon comme l'enclume » : le conseil d'Ignace à Polycarpe (Ignace d'Antioche, vers 110)
Bibliographie
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000, art. « ἀνήρ ». voir sur Amazon
- Gerhard Kittel (dir.), Theological Dictionary of the New Testament, vol. 1, Grand Rapids, Eerdmans, art. « ἀνήρ ». voir sur Amazon
- Moisés Silva (dir.), New International Dictionary of New Testament Theology and Exegesis (NIDNTTE), Grand Rapids, Zondervan, 2014, art. « ἀνήρ ». voir sur Amazon
- Gordon D. Fee, The First Epistle to the Corinthians, NICNT, Grand Rapids, Eerdmans, 1987. voir sur Amazon
- Xavier Léon-Dufour (dir.), Vocabulaire de théologie biblique, Paris, Cerf, art. « Homme » et « Mariage ». voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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