ʾĕnôš אֱנוֹשׁ
Strong H582 · nom masculin · homme mortel, humanité · 564 occurrences
L'être humain considéré dans sa condition de créature, souvent fragile et passagère devant Dieu. Mot surtout poétique au singulier, il sert en même temps de pluriel courant au mot ʾîš : ʾănāšîm, « des hommes, les gens ».
Racine et étymologie
Le mot ʾĕnôš est apparenté à l'araméen ʾĕnāš (H606), « homme », que l'on retrouve dans l'expression bar ʾĕnāš, « fils d'homme », de Daniel 7.13, et à l'arabe ʾins, « les humains ». Son étymologie est discutée. Les dictionnaires anciens le rattachaient au verbe ʾānaš (H605), « être faible, malade, incurable » : l'homme serait par définition l'être fragile. D'autres rapprochent la racine d'un verbe arabe signifiant « être sociable, familier ». Aucune des deux hypothèses ne s'impose, et le sens doit être tiré des emplois.
Or ces emplois sont remarquablement cohérents. Au singulier, ʾĕnôš est un mot de la poésie (Job, Psaumes, Ésaïe). Il apparaît souvent en parallèle avec ben-ʾādām, « fils de l'homme », et presque toujours dans des contextes qui opposent l'homme à Dieu : sa brièveté, sa faiblesse, son impureté. Il désigne l'humain en tant qu'espèce plus que tel individu.
Le lexique STEPBible range aussi sous H582 le pluriel ʾănāšîm, qui sert de pluriel ordinaire à ʾîš, « homme » (lequel n'a pratiquement pas de pluriel propre). C'est pourquoi la grande majorité des emplois comptés sous ce numéro sont de simples « hommes », « gens », dans les récits : les hommes de Sodome, les marins de Jonas, les compagnons de David. Le nom propre Énosch, fils de Seth (Gn 4.26), porte un numéro distinct (H583).
Sens et emplois
L'homme éphémère
Le sens le plus caractéristique : l'être humain comparé à l'herbe et à la fleur, qui passent en un jour. Le mot porte l'accent sur la brièveté de la vie.
« L'homme! ses jours sont comme l'herbe, Il fleurit comme la fleur des champs. »Ps 103.15, Segond 1910
L'homme objet de l'attention de Dieu
La question « qu'est-ce que l'homme ? » souligne la petitesse humaine pour mieux s'émerveiller que Dieu s'en soucie. Job retourne la même question en plainte.
« Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui? »Ps 8.5, Segond 1910
L'homme devant la justice de Dieu
Dans le livre de Job, le mot sert à poser la question de la justice humaine : une créature peut-elle être pure devant son Créateur ?
« L'homme serait-il juste devant Dieu? »Jb 4.17, Segond 1910
Rien que des hommes
Face aux puissants et aux nations qui se croient invincibles, le psalmiste demande que Dieu leur rappelle leur condition : ils ne sont que des hommes.
« Que les peuples sachent qu'ils sont des hommes! »Ps 9.21, Segond 1910
Au pluriel : les hommes, les gens
Le pluriel ʾănāšîm est le mot courant pour un groupe d'hommes. Il prend parfois un relief théologique, comme dans la lutte de Jacob « avec Dieu et avec des hommes ».
« car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur. »Gn 32.28, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante traduit ʾĕnôš le plus souvent par anthrōpos, le mot grec ordinaire pour « être humain », qui sert aussi pour ʾādām. La nuance de fragilité propre à ʾĕnôš se perd donc en partie en grec. Le pluriel ʾănāšîm est rendu tantôt par anthrōpoi, tantôt par andres, « hommes, hommes adultes », selon que le texte vise l'humanité ou un groupe d'hommes.
Le passage le plus important pour le Nouveau Testament est le Psaume 8.5 : « Qu'est-ce que l'homme… et le fils de l'homme… ? ». L'épître aux Hébreux le cite selon la Septante (Hé 2.6-8) et l'applique à Jésus, l'homme qui a été « abaissé pour un peu de temps » avant d'être couronné de gloire. En arrière-plan se tient aussi l'araméen bar ʾĕnāš de Daniel 7.13, d'où vient le titre « Fils de l'homme » que Jésus se donne dans les Évangiles. La Vulgate emploie « homo ».
Le débat
L'expression « fils de l'homme », issue de ʾĕnôš et de l'araméen ʾĕnāš, est-elle dans la bouche de Jésus un titre messianique ou une simple manière de dire « un homme », « moi » ?
- Une tournure araméenne ordinaire (Geza Vermes, « The Use of bar nash/bar nasha in Jewish Aramaic », 1967) : Dans l'araméen judéen, bar nāšāʾ peut servir de périphrase pour parler de soi avec modestie ou gravité, comme « quelqu'un » ou « un homme comme moi ». Jésus n'aurait pas employé un titre, mais une formule de langage courant.
- Un idiome à valeur générale (Maurice Casey, Son of Man: The Interpretation and Influence of Daniel 7, 1979) : L'expression désigne d'abord l'homme en général, tout en incluant celui qui parle. Le lien avec Daniel 7 serait surtout le fruit de la relecture des premiers chrétiens.
- La figure de Daniel 7 (C. F. D. Moule, The Origin of Christology, 1977) : La forme grecque avec article, « le Fils de l'homme », renvoie à une figure connue : celui « comme un fils d'homme » de Daniel 7.13. Jésus s'identifie à ce personnage, représentant du peuple des saints, humilié puis justifié par Dieu.
Les travaux de Vermes et Casey ont montré que l'expression appartenait au langage ordinaire, ce qui explique qu'elle n'ait pas choqué les auditeurs. Mais plusieurs paroles citent clairement Daniel 7 (Mc 14.62). Jésus semble avoir choisi une expression ouverte, qui dit à la fois sa pleine humanité, celle de l'ʾĕnôš fragile, et sa mission de juge et de roi.
Portée théologique
Là où ʾādām rappelle l'origine de l'homme tiré du sol et ʾîš l'individu en relation, ʾĕnôš regarde l'humain du point de vue de sa limite. Il est l'herbe qui sèche, le souffle qui passe, le ver devant la sainteté de Dieu. La Bible n'en tire pourtant pas le mépris de l'homme : la question « qu'est-ce que l'homme ? » débouche, au Psaume 8, sur l'émerveillement que Dieu se souvienne de lui et le couronne de gloire.
Ce double regard est précieux pour la prédication. Il délivre de la peur : pourquoi craindre « l'homme mortel, pareil à l'herbe » quand Dieu console (És 51.12) ? Il délivre aussi de l'orgueil des puissants, qui doivent apprendre « qu'ils sont des hommes » (Ps 9.21). Le Nouveau Testament y ajoute l'essentiel : le Fils de Dieu a assumé cette condition fragile. L'épître aux Hébreux lit le Psaume 8 comme le portrait de Jésus, devenu pleinement ʾĕnôš pour conduire beaucoup de fils à la gloire.
Chaîne : Qu'est-ce que l'homme ?
- Gn 4.26 Énosch et l'invocation du Nom : « Seth eut aussi un fils, et il l'appela du nom d'Enosch. C'est alors que l'on commença à invoquer le nom de l'Éternel. »
- Jb 7.17 La plainte de Job : « Qu'est-ce que l'homme, pour que tu en fasses tant de cas, Pour que tu daignes prendre garde à lui, »
- Jb 25.6 Un ver devant Dieu : « Combien moins l'homme, qui n'est qu'un ver, Le fils de l'homme, qui n'est qu'un vermisseau! »
- Ps 8.5 L'émerveillement du psalmiste : « Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui? Et le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui? »
- Ps 90.3 Retour à la poussière : « Tu fais rentrer les hommes dans la poussière, Et tu dis: Fils de l'homme, retournez! »
- Ps 103.15 Comme l'herbe : « L'homme! ses jours sont comme l'herbe, Il fleurit comme la fleur des champs. »
- Ps 144.3 Pour que tu le connaisses : « Éternel, qu'est-ce que l'homme, pour que tu le connaisses? Le fils de l'homme, pour que tu prennes garde à lui? »
- És 51.12 Ne pas craindre l'homme mortel : « C'est moi, c'est moi qui vous console. Qui es-tu, pour avoir peur de l'homme mortel, Et du fils de l'homme, pareil à l'herbe? »
- Dn 7.13 Comme un fils d'homme : « Je regardai pendant mes visions nocturnes, et voici, sur les nuées des cieux arriva quelqu'un de semblable à un fils de l'homme; il s'avança vers l'ancien des jours, et on le fit approcher de lui. »
- Mc 14.62 Le Fils de l'homme sur les nuées : « Jésus répondit: Je le suis. Et vous verrez le Fils de l'homme assis à la droite de la puissance de Dieu, et venant sur les nuées du ciel. »
- Hé 2.6 Le Psaume 8 accompli en Jésus : « Or quelqu'un a rendu quelque part ce témoignage: Qu'est-ce que l'homme, pour que tu te souviennes de lui, Ou le fils de l'homme, pour que tu prennes soin de lui? »
Mots apparentés
- ʾādām אָדָם : homme, humanité ; Adam
- ʾîš אִישׁ : homme, mari, chacun
- ʾiššāh אִשָּׁה : femme, épouse
- bāśār בָּשָׂר : chair, corps, être humain
- bēn בֵּן : fils, enfant
- anthrōpos ἄνθρωπος : être humain, homme
Autres mots du thème « L'être humain »
- nefeš : être vivant, vie, âme
- rûaḥ : souffle, vent, esprit
- lēb : cœur, intérieur, intelligence
- ṣelem : image, statue, effigie
- psychè : vie, âme, personne
- pneuma : souffle, esprit, Esprit
- kardia : cœur
- sôma : corps
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et C. A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament (BDB), Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Fritz Maass, art. « ʾĕnôsh », Theological Dictionary of the Old Testament, vol. 1, Grand Rapids, Eerdmans, 1974. voir sur Amazon
- Hans Walter Wolff, Anthropologie de l'Ancien Testament, Genève, Labor et Fides, 1974. voir sur Amazon
- Maurice Casey, Son of Man: The Interpretation and Influence of Daniel 7, Londres, SPCK, 1979. voir sur Amazon
- C. F. D. Moule, The Origin of Christology, Cambridge, Cambridge University Press, 1977. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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