gynē γυνή

Strong G1135 · nom féminin · femme, épouse · 214 occurrences

Le mot grec ordinaire pour « femme », qui signifie aussi « épouse » selon le contexte. Dans les Évangiles, il désigne les femmes que Jésus rencontre, guérit et appelle ; chez Paul, il intervient dans les textes sur le mariage et la vie de l'Église.

Racine et étymologie

Gynē appartient au vieux fonds indo-européen. On le rattache à une racine que l'on retrouve dans le sanskrit gnā (« femme, déesse »), dans l'irlandais ancien ben et dans l'anglais queen, par l'intermédiaire du vieil anglais cwēn. Le grec en tire aussi les mots savants que le français a empruntés : « gynécologie », « misogyne », et, dans l'Antiquité, le gynécée, la partie de la maison réservée aux femmes.

La déclinaison est irrégulière, ce qui déroute souvent le lecteur : le nominatif est gynē, mais les autres cas reposent sur un thème gynaik- (génitif gynaikos, datif gynaiki, accusatif gynaika). Le vocatif gynai, « femme ! », est fréquent dans la bouche de Jésus. Il ne faut pas l'entendre comme un terme froid ou méprisant : c'est une adresse respectueuse, que Jésus emploie pour la Cananéenne comme pour sa propre mère.

Le grec n'a pas de mot distinct pour « épouse » dans la langue courante : comme le français « femme », gynē sert aux deux sens. C'est le contexte qui tranche : un possessif (« sa femme »), un verbe comme « prendre » ou « répudier », ou la mention d'un mari (anēr). Lorsqu'aucun de ces indices n'apparaît, le choix entre « femme » et « épouse » devient une décision d'interprétation, ce qui explique certaines divergences entre traductions modernes.

Sens et emplois

  1. La femme, personne rencontrée et appelée

    Le sens le plus fréquent dans les Évangiles : une femme, mariée ou non, qui entre en scène dans le récit. Jésus parle avec la Samaritaine au puits, au mépris des usages qui le lui déconseillaient.

    « Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. »Jn 4.7, Segond 1910
  2. L'adresse « Femme ! »

    Au vocatif, une adresse respectueuse. Jésus l'emploie pour louer la foi de la Cananéenne, pour parler à sa mère à Cana et au pied de la croix, et pour Marie de Magdala au matin de Pâques.

    « Femme, ta foi est grande; qu'il te soit fait comme tu veux. »Mt 15.28, Segond 1910
  3. L'épouse

    Avec un possessif ou dans un contexte conjugal, gynē signifie « épouse ». Jésus cite Genèse 2.24 pour fonder l'indissolubilité du mariage.

    « l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair? »Mt 19.5, Segond 1910
  4. La femme dans l'histoire du salut

    Le Fils de Dieu entre dans l'humanité par une femme. Paul souligne ainsi la pleine humanité du Christ et son appartenance au peuple de la Loi.

    « Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi, »Ga 4.4, Segond 1910
  5. La femme, figure symbolique

    Dans l'Apocalypse, une femme céleste représente le peuple de Dieu qui enfante le Messie et traverse la persécution, à l'opposé de la « femme » prostituée, figure de Babylone.

    « une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. »Ap 12.1, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, gynē traduit presque toujours l'hébreu ʾiššāh, qui a exactement la même double valeur de « femme » et d'« épouse ». Le jeu de mots de Genèse 2.23 entre ʾîš (« homme ») et ʾiššāh (« femme ») ne passe pas en grec, où anēr et gynē n'ont aucun lien de forme, et le français de Segond ne le conserve pas davantage.

Cette continuité de vocabulaire est importante pour lire le Nouveau Testament : quand Jésus parle de « sa femme » en Matthieu 19, il cite le grec de la Septante, et derrière lui l'ʾiššāh de la Genèse. Quand Paul écrit que le Fils est « né d'une femme », il emploie un mot qui renvoie à toute l'histoire biblique des femmes par qui la promesse s'est transmise, depuis Ève jusqu'à Marie. La Vulgate rend gynē par mulier (femme) ou uxor (épouse), faisant donc un choix là où le grec laisse les deux sens ouverts.

Le débat

En 1 Corinthiens 11.3, « l'homme est le chef de la femme » : de quelle relation parle Paul, et le mot gynē y signifie-t-il « femme » ou « épouse » ?

Le grec ne permet pas de trancher par le seul vocabulaire : gynē a les deux sens, et kephalē est discuté. Le contexte (le voile, la prière et la prophétie dans l'assemblée) et le contrepoids de 1 Co 11.11-12, où Paul insiste sur la dépendance mutuelle, invitent à ne pas isoler le verset 3. Toute lecture honnête doit tenir ensemble l'ordre affirmé et la réciprocité affirmée.

Portée théologique

Le mot gynē n'a rien de technique, et c'est précisément ce qui le rend parlant. Dans un monde où le témoignage d'une femme pesait peu, les Évangiles multiplient les scènes où des femmes sont au premier plan : la femme qui touche le vêtement de Jésus et à qui il dit « ta foi t'a guérie », la Cananéenne dont il loue la foi, la pécheresse dont l'amour fait la leçon au pharisien, la Samaritaine qui devient messagère dans sa ville. Le matin de Pâques, ce sont des femmes qui reçoivent les premières l'annonce : « Mais l'ange prit la parole, et dit aux femmes: Pour vous, ne craignez pas » (Mt 28.5).

L'apôtre Paul, souvent lu comme sévère, est aussi celui qui écrit que le Fils est « né d'une femme » et qui fonde l'amour conjugal sur le don du Christ : « Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle » (Ep 5.25). Les textes difficiles sur l'ordre dans l'assemblée doivent être lus dans ce cadre. Pour la prédication, gynē invite à relire l'Évangile à partir des femmes qui y croient, servent et témoignent, et à recevoir les passages discutés avec la même attention au contexte que le reste de l'Écriture.

Chaîne : La femme dans le dessein de Dieu

  1. Gn 2.23 Os de mes os : « Et l'homme dit: Voici cette fois celle qui est os de mes os et chair de ma chair! on l'appellera femme, parce qu'elle a été prise de l'homme. »
  2. Gn 3.15 La postérité de la femme : « Je mettrai inimitié entre toi et la femme, entre ta postérité et sa postérité: celle-ci t'écrasera la tête, et tu lui blesseras le talon. »
  3. Pr 31.10 La femme vertueuse : « Qui peut trouver une femme vertueuse? Elle a bien plus de valeur que les perles. »
  4. Mt 15.28 La foi de la Cananéenne : « Alors Jésus lui dit: Femme, ta foi est grande; qu'il te soit fait comme tu veux. Et, à l'heure même, sa fille fut guérie. »
  5. Mt 19.5 Une seule chair : « et qu'il dit: C'est pourquoi l'homme quittera son père et sa mère, et s'attachera à sa femme, et les deux deviendront une seule chair? »
  6. Lc 1.42 Bénie entre les femmes : « Elle s'écria d'une voix forte: Tu es bénie entre les femmes, et le fruit de ton sein est béni. »
  7. Lc 7.44 La pécheresse pardonnée : « Puis, se tournant vers la femme, il dit à Simon: Vois-tu cette femme? Je suis entré dans ta maison, et tu ne m'as point donné d'eau pour laver mes pieds; mais elle, elle les a mouillés de ses larmes, et les a essuyés avec ses cheveux. »
  8. Jn 4.7 La Samaritaine : « Une femme de Samarie vint puiser de l'eau. Jésus lui dit: Donne-moi à boire. »
  9. Jn 20.15 Le premier témoin de Pâques : « Jésus lui dit: Femme, pourquoi pleures-tu? Qui cherches-tu? Elle, pensant que c'était le jardinier, lui dit: Seigneur, si c'est toi qui l'as emporté, dis-moi où tu l'as mis, et je le prendrai. »
  10. Ga 4.4 Né d'une femme : « mais, lorsque les temps ont été accomplis, Dieu a envoyé son Fils, né d'une femme, né sous la loi, »
  11. Ep 5.25 L'amour du Christ pour l'Église : « Maris, aimez vos femmes, comme Christ a aimé l'Église, et s'est livré lui-même pour elle, »
  12. Ap 12.1 La femme couronnée : « Un grand signe parut dans le ciel: une femme enveloppée du soleil, la lune sous ses pieds, et une couronne de douze étoiles sur sa tête. »

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Bibliographie

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