ḥōdeš חֹדֶשׁ
Strong H2320 · nom masculin · mois ; nouvelle lune · 283 occurrences
Le mot désigne d'abord le croissant lunaire qui réapparaît, puis le jour de la nouvelle lune, enfin le mois entier qu'il inaugure. Il rythme le calendrier d'Israël, ses fêtes et son culte, et devient chez les prophètes l'image d'un temps rendu à Dieu.
Racine et étymologie
Le nom ḥōdeš appartient à la racine ḥ-d-š, « être nouveau, renouveler ». Le lien est transparent pour un lecteur hébreu : le mois commence quand la lune, après quelques nuits d'obscurité, se montre de nouveau sous la forme d'un mince croissant. Le « mois » est donc, littéralement, « le renouvellement ». La même racine donne l'adjectif ḥādāš (H2319), « nouveau », que l'on trouve dans le « cantique nouveau » des Psaumes ou la « nouvelle alliance » de Jérémie 31.31, et le verbe ḥādaš (H2318), « renouveler ».
Le mot a donc deux sens étroitement liés. Au sens restreint, ḥōdeš est le jour de la nouvelle lune, premier jour du mois, souvent célébré à côté du sabbat : « Ce n'est ni nouvelle lune ni sabbat » (2 R 4.23). Au sens large, il désigne la durée qui va d'une nouvelle lune à la suivante, soit environ vingt-neuf jours et demi. Le contexte tranche : une date comme « le dix-septième jour du mois » (Gn 7.11) suppose le sens de mois, un repas royal « à la nouvelle lune » (1 S 20.5) suppose le sens de fête.
L'hébreu biblique connaît un autre mot pour le mois, yeraḥ (H3391), apparenté à yārēaḥ, « la lune » (H3394). Il est employé avec les anciens noms cananéens des mois, comme « le mois de Bul, qui est le huitième mois » (1 R 6.38). Le terme ḥōdeš, qui met l'accent sur le recommencement plutôt que sur l'astre lui-même, est de loin le plus fréquent et s'impose dans les textes rituels et les datations des livres plus tardifs.
Sens et emplois
Le mois, unité du calendrier
La durée d'une lunaison, comptée à partir d'un premier mois. Les récits datent ainsi les événements avec précision, du déluge jusqu'aux oracles d'Aggée. Le comptage par numéros (premier mois, septième mois) est le plus courant ; les noms babyloniens comme Nisan ou Adar apparaissent dans les livres de l'exil et du retour.
« le second mois, le dix-septième jour du mois, en ce jour-là toutes les sources du grand abîme jaillirent »Gn 7.11, Segond 1910
Le premier des mois : un calendrier de libération
Au moment de la Pâque, Dieu fixe le point de départ de l'année. Le mois de la sortie d'Égypte devient le premier : le temps d'Israël est compté à partir de sa délivrance, et non à partir du cycle agricole seul.
« Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois; il sera pour vous le premier des mois de l'année. »Ex 12.2, Segond 1910
La nouvelle lune, jour de fête
Le premier jour du mois est un jour consacré, marqué par le son des trompettes et des sacrifices particuliers (Nb 28.11-15). Il a aussi une dimension familiale et sociale : Saül y réunit sa table, et l'absence de David y est remarquée.
« Voici, c'est demain la nouvelle lune, et je devrais m'asseoir avec le roi pour manger »1 S 20.5, Segond 1910
Un culte vidé de sens
Les prophètes ne condamnent pas la fête en elle-même, mais son usage par un peuple qui opprime le pauvre. La nouvelle lune devient alors le symbole d'une religion qui coexiste avec l'injustice.
« Mon âme hait vos nouvelles lunes et vos fêtes »És 1.14, Segond 1910
Le temps accompli de l'adoration
À la fin du livre d'Ésaïe, le rythme des nouvelles lunes et des sabbats ne concerne plus seulement Israël : il devient le battement d'une adoration universelle.
« À chaque nouvelle lune et à chaque sabbat, Toute chair viendra se prosterner devant moi »És 66.23, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
La Septante rend ḥōdeš de deux façons, selon le sens. Pour le mois, elle emploie μήν (G3376), le mot grec ordinaire, que l'on retrouve dans le Nouveau Testament, par exemple pour les « six mois » de la grossesse d'Élisabeth ou pour l'arbre de vie qui produit son fruit « chaque mois » (Ap 22.2). Pour la fête du premier jour, elle forge ou utilise νεομηνία, littéralement « nouveau mois », qui calque exactement la logique de l'hébreu.
Ce second mot n'apparaît qu'une fois dans le Nouveau Testament, en Colossiens 2.16, où Paul refuse que l'on juge les croyants « au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats ». La triade est celle des prophètes (Os 2.11 ; Éz 46.1), mais Paul la relit comme « l'ombre des choses à venir » dont le corps est en Christ. La Vulgate a rendu le mot par mensis et, pour la fête, par neomenia ou calendae, d'où les « calendes » du calendrier romain.
Le débat
Le calendrier biblique est-il fondé sur la lune ou sur le soleil, et ce débat touche-t-il le Nouveau Testament ?
- Un calendrier lunisolaire (Roland de Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, 1958) : Les mois suivent la lune, comme l'indique le mot ḥōdeš lui-même, et l'année est ajustée au cycle solaire et agricole par l'ajout périodique d'un mois. C'est le calendrier du Temple, que prolongera la tradition rabbinique.
- Un calendrier solaire de 364 jours (Annie Jaubert, La date de la Cène, 1957) : Le livre des Jubilés et plusieurs manuscrits de Qumrân défendent une année de 52 semaines exactes, où les fêtes tombent toujours le même jour de la semaine. Jaubert pense que Jésus a célébré la Cène selon ce calendrier, ce qui expliquerait l'écart entre les Synoptiques et Jean.
- Une pluralité de calendriers (James C. VanderKam, Calendars in the Dead Sea Scrolls, 1998) : Les textes de Qumrân montrent des systèmes concurrents et des tables qui synchronisent soleil et lune. Le calendrier fut un enjeu de controverse entre groupes juifs, ce qui invite à la prudence avant de reconstruire la chronologie de la Passion.
Le vocabulaire de l'Ancien Testament plaide pour des mois lunaires : ḥōdeš est le « renouvellement » de la lune et la fête du premier jour n'a de sens qu'ainsi. L'hypothèse de Jaubert est stimulante mais n'a pas emporté l'adhésion générale. Ce que montre le débat, c'est que la manière de compter le temps était déjà, en Israël, une question de fidélité.
Portée théologique
Le mot ḥōdeš rappelle que, dans la Bible, le temps n'est pas une ligne neutre mais une matière que Dieu donne et ordonne. Les luminaires ont été créés « pour marquer les époques » (Gn 1.14), et le premier mois d'Israël est celui de sa libération (Ex 12.2) : le calendrier lui-même confesse le salut. Chaque nouvelle lune, avec ses trompettes et ses holocaustes, remettait le peuple « en souvenir devant votre Dieu » (Nb 10.10). Le recommencement du mois devenait un recommencement de la relation.
Les prophètes montrent pourtant qu'un calendrier pieux peut couvrir une vie injuste. Les marchands d'Amos comptent les heures de la fête comme un manque à gagner (Am 8.5), et Dieu dit par Ésaïe qu'il « hait » des nouvelles lunes célébrées par des mains pleines de sang. La fête n'est pas abolie, elle est jugée. La vision finale d'Ésaïe la rend à sa vocation : toute chair viendra adorer à chaque nouvelle lune.
Pour le lecteur chrétien, Colossiens 2.16 invite à une double attitude. La nouvelle lune n'est plus une obligation qui permettrait de juger les autres, car elle était l'ombre de ce que le Christ accomplit. Mais l'intuition qu'elle portait demeure : sanctifier le temps, en offrir régulièrement le commencement à Dieu, et croire que sa fidélité se renouvelle comme la lune après la nuit.
Chaîne : Le temps sanctifié par les nouvelles lunes
- Gn 1.14 Les luminaires marquent les époques : « Dieu dit: Qu'il y ait des luminaires dans l'étendue du ciel, pour séparer le jour d'avec la nuit; que ce soient des signes pour marquer les époques, les jours et les années; »
- Ex 12.2 Le premier des mois : « Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois; il sera pour vous le premier des mois de l'année. »
- Nb 10.10 Les trompettes du premier jour : « Dans vos jours de joie, dans vos fêtes, et à vos nouvelles lunes, vous sonnerez des trompettes, en offrant vos holocaustes et vos sacrifices d'actions de grâces, et elles vous mettront en souvenir devant votre Dieu. Je suis l'Éternel, votre Dieu. »
- 1 S 20.5 La table du roi : « Et David lui répondit: Voici, c'est demain la nouvelle lune, et je devrais m'asseoir avec le roi pour manger; laisse-moi aller, et je me cacherai dans les champs jusqu'au soir du troisième jour. »
- 2 R 4.23 Un jour pour visiter le prophète : « Et il dit: Pourquoi veux-tu aller aujourd'hui vers lui? Ce n'est ni nouvelle lune ni sabbat. Elle répondit: Tout va bien. »
- És 1.13 Des fêtes que Dieu rejette : « Cessez d'apporter de vaines offrandes: J'ai en horreur l'encens, Les nouvelles lunes, les sabbats et les assemblées; Je ne puis voir le crime s'associer aux solennités. »
- És 66.23 Toute chair viendra adorer : « À chaque nouvelle lune et à chaque sabbat, Toute chair viendra se prosterner devant moi, dit l'Éternel. »
- Éz 46.1 La porte ouverte du Temple : « Ainsi parle le Seigneur, l'Éternel: La porte du parvis intérieur, du côté de l'orient, restera fermée les six jours ouvriers; mais elle sera ouverte le jour du sabbat, elle sera aussi ouverte le jour de la nouvelle lune. »
- Os 2.11 La joie qui cesse : « Je ferai cesser toute sa joie, ses fêtes, ses nouvelles lunes, ses sabbats et toutes ses solennités. »
- Am 8.5 L'impatience des marchands : « Vous dites: Quand la nouvelle lune sera-t-elle passée, Afin que nous vendions du blé? Quand finira le sabbat, afin que nous ouvrions les greniers? Nous diminuerons l'épha, nous augmenterons le prix, Nous falsifierons les balances pour tromper; »
- Col 2.16 L'ombre et le corps : « Que personne donc ne vous juge au sujet du manger ou du boire, ou au sujet d'une fête, d'une nouvelle lune, ou des sabbats: »
- Ap 22.2 Un fruit chaque mois : « Au milieu de la place de la ville et sur les deux bords du fleuve, il y avait un arbre de vie, produisant douze fois des fruits, rendant son fruit chaque mois, et dont les feuilles servaient à la guérison des nations. »
Mots apparentés
- šabbāt שַׁבָּת : sabbat, jour de repos
- šānāh שָׁנָה : année
- yôm יוֹם : jour
- ʿōlâ עֹלָה : holocauste, offrande qui monte
- rōʾš רֹאשׁ : tête, chef, sommet, commencement
- môʿēd מוֹעֵד : rendez-vous, temps fixé, fête
Autres mots du thème « Culte et sainteté »
- qōdeš : sainteté, chose sainte, sanctuaire
- qorbān : offrande, ce qu'on apporte à Dieu
- mizbēaḥ : autel
- kōhēn : prêtre, sacrificateur
- hālal : louer, célébrer ; se glorifier
- hagios : saint ; au pluriel, les saints
- naos : sanctuaire, temple (demeure de Dieu)
- proskuneō : se prosterner, adorer
Bibliographie
- Francis Brown, S. R. Driver et Charles A. Briggs, A Hebrew and English Lexicon of the Old Testament, Oxford, Clarendon Press, 1906. voir sur Amazon
- Ludwig Koehler et Walter Baumgartner, The Hebrew and Aramaic Lexicon of the Old Testament (HALOT), Leiden, Brill, 1994-2000. voir sur Amazon
- Roland de Vaux, Les Institutions de l'Ancien Testament, 2 vol., Paris, Cerf, 1958-1960. voir sur Amazon
- Annie Jaubert, La date de la Cène : calendrier biblique et liturgie chrétienne, Paris, Gabalda, 1957. voir sur Amazon
- James C. VanderKam, Calendars in the Dead Sea Scrolls: Measuring Time, Londres, Routledge, 1998. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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