ethnos ἔθνος

Strong G1484 · nom neutre · nation ; au pluriel, les païens · 161 occurrences

Un groupe humain uni par la langue, les coutumes et le territoire : une nation. Au pluriel, dans la Bible grecque, le mot désigne le plus souvent les peuples autres qu'Israël, les « païens » ou « Gentils », que l'Évangile appelle désormais à entrer dans le peuple de Dieu.

Racine et étymologie

L'étymologie d'ἔθνος reste incertaine. Les Anciens le rapprochaient volontiers d'ἔθος, « coutume, usage », comme si une nation était d'abord un groupe qui partage les mêmes habitudes ; les linguistes modernes jugent ce lien possible mais non démontré. Dans la langue d'Homère, le mot désigne d'abord une troupe, une bande, un essaim : on parle d'un ethnos de guerriers, mais aussi d'oiseaux ou d'abeilles. Le sens s'est ensuite resserré vers le groupe humain organisé, le peuple ou la tribu.

En grec classique, ἔθνος reste un terme assez neutre, parfois légèrement distant : il qualifie volontiers des peuples étrangers ou non organisés en cité, par contraste avec la πόλις grecque. Cette nuance d'« autres peuples » prépare l'usage biblique, où le pluriel τὰ ἔθνη deviendra un terme technique pour les nations non israélites.

De la même famille vient l'adjectif ἐθνικός (G1482), « païen », que Matthieu emploie dans le Sermon sur la montagne et dans la discipline de l'Église (Mt 18.17), et l'adverbe ἐθνικῶς, « à la manière des païens » (Ga 2.14). Le français a hérité du mot par le vocabulaire savant : « ethnie », « ethnologie », « ethnique ». Le latin chrétien, lui, l'a rendu par gentes, d'où nos « Gentils ».

Sens et emplois

  1. Une nation, un peuple

    Au singulier, le mot désigne simplement un peuple constitué, sans jugement religieux. Les anciens de Capernaüm l'emploient même pour Israël, en plaidant la cause du centurion romain.

    « car il aime notre nation, et c'est lui qui a bâti notre synagogue. »Lc 7.5, Segond 1910
  2. Les peuples de la terre dans l'histoire

    Le mot sert à décrire le monde des peuples avec ses rivalités et ses guerres, cadre de l'annonce de la fin des temps.

    « Une nation s'élèvera contre une nation, et un royaume contre un royaume, »Mt 24.7, Segond 1910
  3. Les païens, par opposition à Israël

    Au pluriel, le sens le plus fréquent : ceux qui ne connaissent pas le Dieu d'Israël et vivent selon d'autres valeurs. Jésus les cite en contre-modèle de l'inquiétude.

    « Car toutes ces choses, ce sont les païens qui les recherchent. »Mt 6.32, Segond 1910
  4. Les nations appelées au salut

    Les païens deviennent les destinataires de l'Évangile : ce qui était une frontière devient une mission. Paul se définit comme « apôtre des païens ».

    « Je vous le dis à vous, païens: en tant que je suis apôtre des païens, je glorifie mon ministère, »Rm 11.13, Segond 1910
  5. L'Église, nation sainte

    Pierre applique à l'Église le titre que l'Exode donnait à Israël au Sinaï : un ethnos nouveau, défini non par le sang mais par l'appel de Dieu.

    « Vous, au contraire, vous êtes une race élue, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple acquis, »1 P 2.9, Segond 1910

Passerelle hébreu – grec

Dans la Septante, ἔθνος traduit avant tout l'hébreu gôy (H1471), « nation », et plus rarement ʿam (H5971), « peuple ». Or l'Ancien Testament distingue souvent les deux : Israël est le ʿam de Dieu, le peuple qui lui appartient, tandis que les gôyim sont les autres nations. Les traducteurs grecs ont reproduit cette répartition en réservant de préférence λαός à Israël et ἔθνη aux autres peuples. C'est ainsi que le pluriel ἔθνη a pris en grec biblique la couleur de « païens ».

Ce vocabulaire est passé tel quel dans le Nouveau Testament, où λαός et ἔθνη se répondent souvent dans le même verset : Siméon salue en Jésus la « lumière pour éclairer les nations, et gloire d'Israël, ton peuple » (Lc 2.32). Mais le Nouveau Testament fait bouger la frontière : Jacques déclare en Actes 15.14 que Dieu a choisi « du milieu des nations un peuple » (λαός), et Pierre appelle l'Église « nation sainte » (1 P 2.9), reprenant Exode 19.6. La Vulgate a rendu le pluriel par gentes, d'où les « Gentils » de nos traductions, que Segond alterne avec « nations » et « païens ».

Le débat

En Matthieu 28.19, « toutes les nations » désigne-t-il les seuls païens ou l'humanité entière, Israël compris ?

Le sens habituel de τὰ ἔθνη chez Matthieu donne du poids à la lecture « païens », mais l'adjectif πάντα et le parallèle de Matthieu 24.14 orientent vers une portée universelle. La lecture la plus équilibrée voit dans l'envoi final une ouverture : la mission, d'abord limitée à Israël (Mt 10.5-6), s'étend désormais à tous, sans exclure le peuple d'origine.

Portée théologique

Le mot ἔθνος porte une tension qui traverse toute la Bible : Dieu choisit un peuple particulier, mais il le choisit pour les autres. Dès la promesse faite à Abraham, la bénédiction est destinée à « toutes les familles de la terre ». Les prophètes annoncent un Serviteur qui sera « la lumière des nations ». Le Nouveau Testament voit cette promesse s'accomplir quand Juifs et païens sont réunis en un seul corps par la foi en Christ.

Pour la prédication, le mot invite à relire sa propre histoire : la plupart des chrétiens d'aujourd'hui descendent de ces « païens » que l'Écriture disait « sans espérance et sans Dieu dans le monde ». La vision de l'Apocalypse, une foule de toute nation, tribu, peuple et langue, ne gomme pas les différences culturelles : elle les rassemble autour du trône. L'universalité de l'Évangile ne fabrique pas un peuple uniforme, mais une communion de peuples.

Chaîne : Les nations dans le dessein de Dieu

  1. Gn 12.3 La promesse faite à Abram : « Je bénirai ceux qui te béniront, et je maudirai ceux qui te maudiront; et toutes les familles de la terre seront bénies en toi. »
  2. Gn 18.18 Toutes les nations bénies : « Abraham deviendra certainement une nation grande et puissante, et en lui seront bénies toutes les nations de la terre. »
  3. És 49.6 La lumière des nations : « Il dit: C'est peu que tu sois mon serviteur Pour relever les tribus de Jacob Et pour ramener les restes d'Israël: Je t'établis pour être la lumière des nations, Pour porter mon salut jusqu'aux extrémités de la terre. »
  4. Mt 28.19 L'envoi en mission : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit, »
  5. Lc 2.32 Le cantique de Siméon : « Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple. »
  6. Ac 15.14 Un peuple tiré des nations : « Simon a raconté comment Dieu a d'abord jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d'elles un peuple qui portât son nom. »
  7. Rm 15.10 Les nations se réjouissent : « Il est dit encore: Nations, réjouissez-vous avec son peuple! »
  8. Ga 3.8 L'Évangile annoncé à Abraham : « Aussi l'Écriture, prévoyant que Dieu justifierait les païens par la foi, a d'avance annoncé cette bonne nouvelle à Abraham: Toutes les nations seront bénies en toi! »
  9. Ep 2.11 Autrefois païens : « C'est pourquoi, vous autrefois païens dans la chair, appelés incirconcis par ceux qu'on appelle circoncis et qui le sont en la chair par la main de l'homme, souvenez-vous »
  10. Ap 7.9 La foule de toute nation : « Après cela, je regardai, et voici, il y avait une grande foule, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple, et de toute langue. Ils se tenaient devant le trône et devant l'agneau, revêtus de robes blanches, et des palmes dans leurs mains. »
  11. Ap 21.24 Les nations dans la cité : « Les nations marcheront à sa lumière, et les rois de la terre y apporteront leur gloire. »

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Bibliographie

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