laos λαός
Strong G2992 · nom masculin · peuple · 142 occurrences
Le peuple, la foule rassemblée ; dans la Bible grecque, surtout le peuple que Dieu s'est choisi. Le Nouveau Testament l'emploie pour Israël, puis pour la communauté formée de Juifs et de païens que Dieu appelle « mon peuple ».
Racine et étymologie
Le mot λαός est très ancien : il est fréquent chez Homère, où il désigne la troupe des hommes rassemblés autour d'un chef, les guerriers d'une armée ou la population d'une cité réunie en assemblée. Son étymologie reste obscure et les rapprochements proposés ne font pas l'unanimité. Ce qui est sûr, c'est qu'il appartenait à la langue poétique et ancienne : la prose attique classique l'emploie peu et lui préfère δῆμος, le peuple comme corps politique, ou ἔθνος, la nation.
Le mot survit dans de nombreux noms propres grecs : Nicolas (Nikolaos, « victoire du peuple »), Ménélas, ou la ville de Laodicée, à laquelle s'adresse l'une des lettres de l'Apocalypse (Ap 3.14). Il a surtout donné un dérivé décisif pour l'histoire chrétienne : λαϊκός, « qui appartient au peuple », passé en latin ecclésiastique sous la forme laicus. C'est l'origine de nos mots « laïc » et « laïcité ».
Ce paradoxe mérite d'être noté : le mot qui servait dans la Bible à désigner le peuple consacré à Dieu a fini par désigner, dans l'Église, les fidèles par opposition au clergé, puis, dans la société moderne, ce qui est indépendant de la religion. Le sens biblique est plus large : tout le λαός est le peuple de Dieu, sans distinction de fonction.
Sens et emplois
La foule, la population
Chez Luc surtout, le mot désigne les gens rassemblés autour de Jésus ou au Temple. Ce « peuple » écoute, s'étonne, glorifie Dieu, et sa faveur protège un temps Jésus contre les autorités.
« car tout le peuple l'écoutait avec admiration »Lc 19.48, Segond 1910
Israël, peuple de Dieu
Le sens dominant, hérité de la Septante : Israël comme peuple que Dieu a choisi, visité et racheté. Le cantique de Zacharie en est l'expression la plus solennelle.
« Béni soit le Seigneur, le Dieu d'Israël, De ce qu'il a visité et racheté son peuple, »Lc 1.68, Segond 1910
Un peuple tiré des nations
Au concile de Jérusalem, Jacques applique le mot à des païens : Dieu se forme un peuple « du milieu » des nations. Le terme réservé à Israël s'ouvre sans perdre son sens d'alliance.
« pour choisir du milieu d'elles un peuple qui portât son nom »Ac 15.14, Segond 1910
L'Église, peuple acquis
Pierre reprend pour les croyants les titres d'Israël au Sinaï (Ex 19.5-6). Être « peuple » n'est pas un acquis naturel : c'est le fruit d'un appel et d'une miséricorde reçue.
« vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu »1 P 2.10, Segond 1910
Les peuples de la nouvelle création
Dans la vision finale, le mot passe au pluriel dans une partie de la tradition manuscrite : la formule d'alliance s'étend à l'humanité rassemblée autour de Dieu.
« Il habitera avec eux, et ils seront son peuple »Ap 21.3, Segond 1910
Passerelle hébreu – grec
Dans la Septante, λαός traduit très régulièrement l'hébreu ʿam (H5971), le peuple lié par la parenté et surtout par l'alliance, tandis que gôy (H1471), la nation au sens politique ou ethnique, est rendu de préférence par ἔθνος. Cette répartition n'est pas absolue, mais elle est assez constante pour créer un vocabulaire : au singulier, λαός tend à désigner Israël, et au pluriel τὰ ἔθνη, « les nations », les autres peuples, d'où le sens de « païens ».
La formule d'alliance « vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu » (Ex 6.7 ; Jr 31.33) passe ainsi en grec avec λαός, et le Nouveau Testament la cite telle quelle (Hé 8.10 ; Ap 21.3). L'audace de Paul et de Pierre consiste à appliquer ce mot, et la parole d'Osée « J'appellerai mon peuple celui qui n'était pas mon peuple » (Rm 9.25), à des croyants venus des nations. La Vulgate traduit par populus, d'où notre « peuple ».
Le débat
Quand le Nouveau Testament appelle l'Église « peuple de Dieu », prend-il la place d'Israël ?
- Un seul peuple de Dieu, en continuité (Nils A. Dahl, Das Volk Gottes, 1941) : L'Église primitive se comprend comme le peuple de Dieu des derniers temps, en continuité avec Israël et non comme une religion nouvelle. Les titres d'Israël lui reviennent parce qu'elle est rassemblée autour du Messie d'Israël.
- Deux peuples distincts (Charles C. Ryrie, Dispensationalism Today, 1965) : Le dispensationalisme maintient une distinction durable entre Israël et l'Église : les promesses faites à Israël comme nation ne sont pas transférées à l'Église, qui forme un ensemble propre dans le dessein de Dieu.
- Le peuple de Dieu et Israël toujours aimé (Concile Vatican II, Lumen gentium, 1964) : La constitution consacre son deuxième chapitre au « peuple de Dieu » et rappelle, avec Romains 11, que le peuple à qui furent données les alliances reste très cher à Dieu. L'Église est un peuple nouveau, sans que soit niée l'élection d'Israël.
Le vocabulaire invite à la nuance. Romains 11.1 interdit de dire que Dieu a rejeté son peuple, et Actes 15.14 parle d'un peuple pris « du milieu » des nations, non d'un peuple de substitution. Le Nouveau Testament élargit le λαός plus qu'il ne le remplace : les païens sont greffés sur l'olivier d'Israël.
Portée théologique
Le mot λαός porte toute l'histoire de l'alliance. Dans la Bible, un peuple n'est pas d'abord une ethnie ou un État : c'est un groupe que Dieu appelle, libère et prend pour lui. La formule « vous serez mon peuple, et je serai votre Dieu » traverse l'Écriture de l'Exode à l'Apocalypse. Elle dit une appartenance réciproque, qui est un don avant d'être une exigence.
Osée en montre la fragilité et la force : le peuple infidèle reçoit le nom de Lo-Ammi, « pas mon peuple », mais Dieu promet de le renommer. Paul et Pierre lisent dans ce retournement l'entrée des païens. L'Église n'est donc pas un club de gens semblables : elle est faite de gens qui « n'étaient pas un peuple » et qui le deviennent par miséricorde.
Pour la vie chrétienne, cela a deux conséquences. D'abord, la foi est communautaire : on n'est pas sauvé seul, Jésus « sauvera son peuple » (Mt 1.21). Ensuite, tout croyant fait partie du λαός : le mot qui a donné « laïc » rappelle que la dignité du peuple de Dieu précède toute distinction de ministère. Le sacerdoce royal de 1 Pierre 2.9 appartient à tous.
Chaîne : Mon peuple : de l'Exode à la nouvelle création
- Ex 6.7 Je vous prendrai pour mon peuple : « Je vous prendrai pour mon peuple, je serai votre Dieu, et vous saurez que c'est moi, l'Éternel, votre Dieu, qui vous affranchis des travaux dont vous chargent les Égyptiens. »
- Ex 19.5 Un peuple qui m'appartient : « Maintenant, si vous écoutez ma voix, et si vous gardez mon alliance, vous m'appartiendrez entre tous les peuples, car toute la terre est à moi; »
- Dt 7.6 Un peuple saint et choisi : « Car tu es un peuple saint pour l'Éternel, ton Dieu; l'Éternel, ton Dieu, t'a choisi, pour que tu fusses un peuple qui lui appartînt entre tous les peuples qui sont sur la face de la terre. »
- Os 1.9 Lo-Ammi : pas mon peuple : « Et l'Éternel dit: Donne-lui le nom de Lo-Ammi; car vous n'êtes pas mon peuple, et je ne suis pas votre Dieu. »
- Os 2.23 Tu es mon peuple ! : « Je planterai pour moi Lo-Ruchama dans le pays, et je lui ferai miséricorde; je dirai à Lo-Ammi: Tu es mon peuple! et il répondra: Mon Dieu! »
- Mt 1.21 Il sauvera son peuple : « elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés. »
- Lc 2.32 Lumière des nations, gloire d'Israël : « Lumière pour éclairer les nations, Et gloire d'Israël, ton peuple. »
- Ac 15.14 Un peuple tiré des nations : « Simon a raconté comment Dieu a d'abord jeté les regards sur les nations pour choisir du milieu d'elles un peuple qui portât son nom. »
- Rm 9.25 Paul relit Osée : « selon qu'il le dit dans Osée: J'appellerai mon peuple celui qui n'était pas mon peuple, et bien-aimée celle qui n'était pas la bien-aimée; »
- Tt 2.14 Un peuple purifié : « qui s'est donné lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de se faire un peuple qui lui appartienne, purifié par lui et zélé pour les bonnes œuvres. »
- 1 P 2.10 Autrefois pas un peuple : « vous qui autrefois n'étiez pas un peuple, et qui maintenant êtes le peuple de Dieu, vous qui n'aviez pas obtenu miséricorde, et qui maintenant avez obtenu miséricorde. »
- Ap 21.3 Dieu avec son peuple : « Et j'entendis du trône une forte voix qui disait: Voici le tabernacle de Dieu avec les hommes! Il habitera avec eux, et ils seront son peuple, et Dieu lui-même sera avec eux. »
Mots apparentés
- ʿam עַם : peuple
- gôy גּוֹי : nation
- ethnos ἔθνος : nation ; au pluriel, les païens
- ochlos ὄχλος : foule
- ekklēsia ἐκκλησία : assemblée, Église
Autres mots du thème « Alliance et fidélité »
- ḥesed : bonté fidèle
- ʾĕmet : fidélité, vérité
- raḥămîm : compassion, entrailles
- ḥēn : faveur, grâce
- berît : alliance
- ṣedāqāh : justice, droiture
- mišpāṭ : jugement, droit
- eleos : miséricorde
Anecdotes pour prêcher ce mot
- De l'avocat au prédicateur du Désert : le sacrifice de Claude Brousson (Claude Brousson, 1698)
- Face à la foule de Wednesbury : John Wesley et l'émeute de 1743 (John Wesley, 20 octobre 1743)
- Félix Neff, l'apôtre des Hautes-Alpes mort d'épuisement à 31 ans (Félix Neff, 1823-1829)
- La prière retrouvée dans les papiers de James Clerk Maxwell (James Clerk Maxwell, 1879)
- La tente de Los Angeles : la campagne qui révéla Billy Graham (Billy Graham, septembre-novembre 1949)
- Le billet de retour : pourquoi Dietrich Bonhoeffer quitta New York en 1939 (Dietrich Bonhoeffer, juin-juillet 1939)
- Quitter le presbytère par conviction : Thomas Chalmers et la Disruption (Thomas Chalmers, 18 mai 1843)
- Une lettre de Chine et une offrande de Noël : l'appel de Lottie Moon (Lottie Moon, 1887-1888)
- « Pourquoi ton Dieu ne parle-t-il pas ma langue ? » : Cameron Townsend (Cameron Townsend, vers 1918)
- « Traversons la rivière » : les dernières paroles de Stonewall Jackson (Thomas « Stonewall » Jackson, 10 mai 1863)
Bibliographie
- Hermann Strathmann, art. « λαός », Theological Dictionary of the New Testament, vol. 4. voir sur Amazon
- Walter Bauer, Frederick W. Danker et al., A Greek-English Lexicon of the New Testament and Other Early Christian Literature (BDAG), 3e éd., Chicago, University of Chicago Press, 2000. voir sur Amazon
- Nils Alstrup Dahl, Das Volk Gottes : eine Untersuchung zum Kirchenbewusstsein des Urchristentums, Oslo, 1941. voir sur Amazon
- Concile Vatican II, constitution dogmatique Lumen gentium, 1964, chapitre II. voir sur Amazon
- Charles C. Ryrie, Dispensationalism Today, Chicago, Moody Press, 1965. voir sur Amazon
Pour aller plus loin
- Bible d'étude Segond 21
- Vocabulaire de théologie biblique (X. Léon-Dufour)
- Grand dictionnaire de la Bible (Excelsis)
- Nouveau Testament interlinéaire grec-français
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